WELCOME CREATEUR : UNFOR, créer ce qui n’existe pas encore
Derrière UNFOR, il y a une idée simple : rendre chaque détail impossible à oublier. Avec Unfortunately Unforgettable, elle développe depuis Paris un univers où le bijou dépasse sa fonction pour devenir un élément d’expérimentation, une transformation du corps. Né presque par accident, le projet s’est construit comme une extension de sa vision : créer des objets qui n’existent pas encore, où le détail ne complète pas le look, il le définit.
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Qu’est-ce qu’Unfor et Unfortunately Unforgettable ?
UNFOR c’est moi et Unfortunately Unforgettable, c’est plus que moi. Quand j’étais au collège et que je parlais très très mal anglais, je trouvais ça beau la combinaison des deux mots « Unfortunately » et « Unforgettable », mais je ne savais pas ce que ça voulait dire. Quand j’ai ouvert mon premier compte Instagram, ça ne passait pas dans la barre pour le pseudo. Du coup j’ai réduit jusqu’à avoir UNFOR et ça n’a jamais bougé. Et au final c’est une bonne chose parce que maintenant à chaque fois que je crée un projet, ça me permet de le créer comme une extension de ce mot là. On a eu une Unfortunately Unforgettable qui est ma marque et maintenant. Il y a eu Unforgiving qui est ma dernière collection. Je peux déjà vous dire que le prochain projet s’appellera Unforetellable. Je trouve ça bien que ce soit présenté comme ça, parce que, comme je le disais, ce que je crée dépasse ma propre personne. Donc le montrer comme une extension de qui je suis, pour moi, ça a du sens.
Comment est né Unfortunately Unforgettable ?
De cette pièce-là.
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Quand je travaillais sur ma collection de fin d’études en design de mode, je commençais tout juste à expérimenter l’impression 3D, mais de loin. J’avais imaginé un méga harnais en cuir pour lequel j’avais aussi modélisé les anneaux. Comme je n’avais pas d’imprimante 3D, j’avais envoyé les fichiers à un service d’impression. Sauf qu’en récupérant le prototype, je me suis rendu compte que j’avais oublié de convertir les mètres en centimètres (rires). Donc c’était arrivé tout petit et de là je me suis dit « bah, qu’est-ce que j’en fais de ce truc-là ? » Parce que tu sais comment c’est quand t’es étudiant : le moindre centime que tu dépenses, il faut qu’il serve vraiment à quelque chose. Et je me suis dit « vas-y ! », je vais en faire une paire de boucles d’oreilles. Quand j’ai fini mes études et que je suis arrivé à Paris, j’ai continué ce projet de boucles d’oreilles. À la base, c’était juste des impressions résine bombées en argent. Et puis ça a fait son chemin tranquillement, après j’ai développé plusieurs produits et voilà, c’est parti d’une erreur d’impression.
Les bijoux ou les vêtements ?
Les bijoux. Et peut-être un jour les vêtements, je l’espère.
Tes marques préférées, designer préféré ?
Iris Van Herpen, Rick Owens, Mugler. Parts of Four en bijoux aussi, Comme Des Garçons, j’aime beaucoup. Et plus récemment, Yves Saint-Laurent, la marque.
Si tu devais en choisir une dans tout ça ?
Mugler, ça a été ma toute première inspiration. Mais maintenant, la marque n’est plus du tout la même qu’avant. Rick Owens, je pourrais m’habiller que chez lui et Iris Van Herpen, c’est la marque qui m’inspire le plus au niveau du design. Trois préférés pour trois raisons différentes.
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Une situation parfaite pour porter l’un de tes bijoux ?
À votre office job s’il vous plaît ! (Rires.) Il faut démocratiser le fait d’exprimer sa personnalité dans le milieu professionnel. Donc ouais, sur votre lieu de travail, il faut normaliser ça. Le piercing c’est chic en fait.
Comment tu redéfinis les limites de la réalité à travers ton univers ?
En me compliquant la vie avec mes artisans (rires). C’est tout le temps un milliard d’allers-retours parce que j’ai envie de sortir des trucs, on me dit « Techniquement c’est pas possible ». Puis je leur dis « Si c’est possible s’il vous plaît on essaie au moins » (rires). Et c’est du bon tirage de cheveux du côté de tout le monde, mais c’est comme ça que, petit à petit, j’essaie de créer des choses qui n’existent pas encore. De développer de nouveaux concepts.
Ta collaboration de rêve ?
Rick Owens parce que j’aime sa vision du monde et la manière qu’il a de s’exprimer. Et pour moi on ne comprend pas mieux la vision et la manière de penser de quelqu’un qu’en faisant de l’art avec.
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C’est quoi ton processus créatif pour créer un bijou ?
En général, les idées arrivent surtout le matin. Je me réveille et je passe deux heures sans allumer mon téléphone, juste à rester dans mes pensées, et c’est souvent à ce moment-là que les idées viennent. Et je me nourris constamment au quotidien, en me construisant une sorte de bibliothèque mentale de formes et de techniques. Ensuite, quand une idée surgit, tout fonctionne par associations. Après je vais en faire des croquis rapidement pour voir techniquement comment ça se fait, esthétiquement à quoi j’ai envie que ça ressemble. Je retravaille les courbes une à une, une fois que l’idée est posée sur papier. Et après je modélise ça en 3D. Une fois que c’est modélisé, je vais faire des impressions test avec la résine qui va être transparente pour voir même comment à l’intérieur ça se présente etc. Une fois que les impressions en résine sont validées, je vais les imprimer en résine castable qui est une résine spécifique qui passe en fonderie. Je les amène en fonderie. On me les rend en argent, je les polis à la main et une fois que le polissage est fait et que j’ai fait les finitions, c’est le moment de le mettre dans le packaging. Le packaging, c’est aussi une partie des bijoux sur lesquels je travaille que je modélise et que j’imprime.
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C’était comment ta première rencontre avec Rick Owens ?
En vrai, c’était épique dans ma tête, mais dans la vraie vie, je ne savais plus comment je m’appelais (rires). À la base, ça n’était même pas censé arriver. C’était lors du dernier défilé Matières Fécales, et je n’étais même pas invité au départ : j’accompagnais simplement un ami qui, lui, avait été invité. Au final par la force des événements, on m’a laissé rentrer en me disant « Vas-y, mets-toi dans le public, fais-toi discrète etc ». Tu parles… j’avais des plateformes de 25 cm. En matière de discrétion, on n’y était pas du tout (rires). Le défilé a commencé, les lumières se sont allumées et je me suis retrouvée en face de Rick Owens, mais à l’autre bout de la pièce. Et je regarde le show qui était mais vraiment phénoménal. Je n’avais pas les mots, et vers la fin du show, j’essaie de me diriger vers là où il était en me disant « J’ai des bijoux sur moi et j’apprécie tellement son travail, je vais essayer de lui en donner. Enfin j’ai envie de discuter avec lui ». Je me rapproche de lui. Et là, il y a un mouvement de foule et on se retrouve tous dans les backstages. Et je le perds de vue parce que tu sais, il y a des photographes. Je me rends compte qu’il est tout au fond des backstages où sont les modèles, les maquilleurs etc. Donc même quand tu es en backstage, tu n’es normalement pas censé y avoir accès. Et là, parmi les maquilleuses, je reconnais une de mes copines qui travaillait sur le set et qui, du coup, me laisse passer. Je tremblais, je n’étais plus dans mon corps. Donc j’arrive, je viens le voir je lui dis « J’ai un cadeau pour toi, voilà, ça c’est mes bijoux, moi je fais ça ». Donc il me dit « Waouh, franchement j’adore les designs » j’avais ramené les packaging en forme de visage aussi. Et de là il me dit : « Super, tu peux me les enfiler » (rires). J’étais toute seule, j’avais mille trucs dans les mains. Il y en a un, il faut mettre de la colle à faux-cils pour le mettre. Et l’autre, il fallait carrément que je lui mette dans le nez… donc ma première interaction avec toi, c’est littéralement de mettre mes doigts dans ton nez (rires). C’est pas possible, tu vois. Mais bon, on y arrive et vraiment j’étais tellement contente, tellement émue. Et puis il me disait qu’il aimait beaucoup mon travail à tel point que j’oublie de faire des photos, c’est lui qui prend mon téléphone et qui me dit : « Vas-y, prends des photos, c’est important ». Ensuite, il y a eu une interview qui était juste à côté donc c’est lui-même qui va voir la personne qui était en train de faire l’interview en se présentant, en me présentant et en présentant les bijoux. Après, j’étais juste : « waouh attends, il vient vraiment de se passer ça ». Avec l’expérience qu’il a eue, et même la manière dont il s’est construit là-dedans, je pense qu’il sait à quel point l’image est importante. De prendre des photos en permanence, etc. C’est aussi en ça que ça m’a beaucoup marqué. Sa pureté, il en déborde. Je veux dire… il y a des gens chez qui tu peux voir dans leurs yeux qu’ils sont vraiment purs et bienveillants et lui… ça se voit tout de suite, vraiment. Une bienveillance folle.
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Le dernier défilé qui t’a marqué ?
Le dernier défilé de Matières Fécales. Le sens du détail, les messages qu’ils arrivent à faire passer tout en restant vraiment très haute couture, c’est chic, c’est élégant, c’est hyper détaillé. Ce qui m’a marqué, ce sont les gants avec l’intérieur rouge pour parler justement des gens qui ont du sang sur les mains, j’avais trouvé ça, mais ultra bien tourné, hyper élégant. Ils arrivent à dénoncer, tout en restant super beau. En même temps, pour le coup, Matières Fécales ça fait partie aussi d’une de mes premières inspirations dans ma vie. Quand j’étais plus jeune, le fait de les voir s’exprimer aussi librement sur Instagram m’a permis, moi aussi, de trouver ma propre manière de m’exprimer. Tu sais, quand tu viens d’un tout petit bled en campagne c’est compliqué d’exister en tant que tel. Et voir des personnes qui se réinventaient autant au quotidien en donnant du love à tout le monde et en créant des choses qui sont absolument somptueuses, en plus d’une forte inspiration, cela m’a donné aussi une énorme force pendant mon adolescence. Donc, les voir maintenant faire des pièces qui sont aussi hallucinantes, ça fait un truc.
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Le premier défilé qui t’a marqué ?
Alors, du coup, Thierry Mugler… Les Insectes qui datent de 97 si je ne dis pas de bêtises, c’est ma première approche de la mode, j’ai dû voir ça quand je devais avoir 12 ans. Et c’est ce qui m’a donné envie de faire des vêtements dans un premier temps, et puis plus largement du design. En fait, c’est encore toujours en lien avec la transformation du corps, le fait qu’il arrivait à reshape le corps des gens pour en faire des créatures, des choses qui n’existaient pas. J’ai toujours trouvé ça hyper impressionnant et très beau. Même dans toutes ces approches, ça a toujours été des choses très spectaculaires, osées, c’était jamais du plat. Franchement, ce défilé-là je pense que ça a lancé toute ma créativité.
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Quelles sont tes références visuelles principales ?
Il y a l’univers du BDSM qui m’inspire beaucoup d’une manière esthétique. Que ce soit dans les matières, les brillances, la contrainte, je trouve ça vraiment beau. Évidemment, tout ce qui va toucher à l’imagerie médicale, le domaine du scientifique, la vie microscopique, etc. Parce que les patterns que tu peux voir à l’échelle microscopique, ce sont des patterns que tu peux voir à une échelle plus grande et à une échelle gigantesque, c’est toujours des choses mathématiques qui se répètent et qui s’emboîtent et s’enclenchent. Tu peux le voir sur du vivant comme des choses plus inertes et je trouve ça super inspirant en termes de recherche de formes. Avec Matières Fécales, les Club Kids ont été une grande inspiration. C’était un mouvement à New York, avec Leigh Bowery par exemple, une personnalité très importante de ce milieu-là. Son esthétique et surtout sa manière de penser la mode comme une expression de soi a eu un grand impact sur le mouvement. Les Club Kids, c’est un mouvement culturel. Comment dire ? C’était un peu les clubbers de cette époque-là, mais plus du milieu techno alternatif, goth aussi. Ils s’exprimaient énormément à travers leur style par des looks que tu peux pas porter vraiment dans la vraie vie. Le fait qu’ils se retrouvent dans ces soirées était vraiment, pour eux, une manière de s’exprimer. Ça passait beaucoup par le make-up, la coiffure… C’était beaucoup d’expérimentations et très inspirant graphiquement parlant. En même temps, comme ça faisait aussi partie du milieu LGBT, tu te doutes bien que derrière chaque look, il y avait aussi un combat. C’était très fort, surtout pour l’époque.
Qu’est-ce qui rend un look inoubliable aujourd’hui ?
Quand tu arrives à créer une dissonance dans ton look, que ce soit sur la forme d’une silhouette, que ce soit au niveau des matières, de la lumière ou je ne sais pas… par exemple, ça peut être un accessoire. Tu décides de porter une tenue très simple, toute noire et tu portes THE accessoire. Ça peut changer un look en entier. Ce que je trouve vachement intéressant quand tu composes un look, c’est de faire une dissonance entre deux styles qui ne sont pas forcément supposés être ensemble. Mon accord préféré va être de mixer des choses qui vont être plutôt corporate avec des looks plus gothiques, rock, grunge et l’association des deux. Le fait de voir ces éléments réunis, alors qu’on n’en a pas l’habitude, crée forcément un contraste qui fait réfléchir les gens : « Comment ça se fait que ça soit ensemble tout ça, pourquoi tout ça est associé ? » Je pense que c’est comme ça que tu arrives à garder quelque chose dans les mémoires.
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Une musique qui te représente ?
C’est super dur comme question ! Je dirais pour la vibe Graveyard Queen de Zombie Ghost Train, c’est un mélange de goth et de rockabilly. C’est très pin-up. Très good vibe, on adore.
Quelle est ta vision future sur la place du bijou facial ?
Franchement, je ne peux pas savoir. Autant ça peut rester quelque chose de très niche comme ça peut se démocratiser au même titre qu’un piercing. Et encore, même le piercing est quelque chose qui reste niche. Je ne sais pas trop… on verra comment ça évolue. Mais déjà, je constate que depuis que j’ai commencé, il y a eu une évolution. Quand je présentais mes pièces au tout début, il y avait beaucoup de questionnements dans le regard des gens genre « pourquoi j’irais mettre ça dans mon nez ? ». Et en l’espace d’un an, les gens n’ont plus de problèmes avec ça et ils trouvent ça beaucoup plus cool et intéressant qu’il y a encore quelques mois.
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Un message pour les jeunes créatifs ?
Il y a une chose qui est sûre et fiable dans ce monde : c’est que tous les efforts et le temps que tu investis dans un projet finissent forcément par te revenir d’une manière ou d’une autre. Je trouve que ça ne sert à rien d’aller perdre son temps dans des soirées, des relations humaines ou à se questionner sur « qu’est-ce que la société voudrait que tu sois ». Franchement, juste fais les choses qui te font vibrer parce que tu auras forcément un retour là-dessus d’une manière ou d’une autre. Il y a pas mal de choses qui peuvent être futiles, mais tes ambitions tu pourras toujours compter dessus.
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Texte Maël Delanoë
Image de couverture @unfor_
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