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Zé porte une chemise EDWIN, des lunettes LONGCHAMP et un collier AKILLIS.
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SÉRIE MODE
CRÉDITS SÉRIE MODE
Photographe Henrik Jessen – Assistante photographe Eloy
Styliste Barbara Boucard – MUA & Hairstylist Karine Marsac
RHYTHM. LIVE SESSION
CRÉDITS MODE LIVE SESSION
Zé porte une chemise et un pantalon MM6, des basket ASICS,
un collier et une bague AKILLIS et une montre FOSSIL.
CRÉDITS LIVE SESSION
Réalisation Henrik Jessen & Mathias Fondaneche
Direction artistique Henrik Jessen & Modzik Connect! – Assistant plateau & lumière Eloy Velaine
Montage Mathias Fondaneche – Ingénieur du son Arthur (MOTIF Prod) –
Assistante cheffe de projet Lila Cohen – Fashion director & styliste Barbara Boucard –
Hair & Makeup Karine Marsac – Production Agence Modzik Connect! – Anatole Amavi
Remerciements label BELIEVE- Bellanopolis
L’INTERVIEW
Nos live sessions Rhythm by Modzik, lancées en 2021, ont attiré des millions de spectateurs sur YouTube. Aujourd’hui, nous avons le plaisir d’inaugurer le format Rhythm LOUD : des performances live qui mettent à l’honneur des artistes du Rap et du R&B. Pour lancer le bal, quoi de mieux qu’un talent brut comme Zé ? Avant même ses 18 ans, il s’est fait remarquer à la force de son talent au sein d’une scène rap pourtant saturée de propositions. Nous sommes parmi les premiers à l’avoir interviewé alors qu’il venait de sortir son premier projet, L’Assemblée, en mars. Présentation d’un phénomène au potentiel énorme.
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En 2025, la vie de Zé est soudainement bouleversée par la musique
Si les débuts musicaux de Zé étaient adaptés à l’écran, on trouverait le scénario peu crédible, trop facile. Un adolescent de Sarcelles se met au rap à 16 ans avec deux copains pour tromper la galère. Après quelques mois, l’un d’eux abandonne, signant la fin du groupe avant que son histoire ait pu commencer. « On avait sorti un seul clip. On avait fait quoi… 2000 vues ? Mais c’était un truc de fou pour nous ! » nous raconte celui qui se fait surnommer Zé. « Ce nom c’est en hommage à mon grand-père cap verdien, un personnage qui a marqué ma vie. Il s’appelait José et au Cap-Vert les José sont surnommés Zé ». Après seulement un an de rap, le destin lui réservait des choses folles qu’il ignorait encore. Après la séparation de son groupe, il a songé à abandonner la musique. Mais l’un de ses grands-frères, qui a détecté chez lui un potentiel, l’a poussé à persévérer. « Pendant des vacances au bled (NDLR, au Congo) pour réparer la maison de ma grand-mère, mon frère m’a dit d’écrire un texte en entier, il m’a pas lâché. Une fois rentré en France, il m’a dit : viens, on va au studio ! J’ai posé mon texte et ça a donné Matinal. Au début, je n’allais même pas poster de vidéo mais mon frère m’a dit de mettre un extrait sur TikTok après l’enregistrement ». Rapidement, une communauté grandissante s’impatiente de découvrir le morceau complet. Quelques semaines après sa sortie, Matinal cumule des millions de vues. Un an plus tard, son clip a été visionné par onze millions de personnes, un score qui rendrait jaloux les stars du rap actuelles.
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Un succès à la fois surprenant et logique
Ce succès immédiat n’est pas un hasard. « Très jeune, j’ai baigné dans la musique. Mon père écoutait de la musique du Cap-Vert, comme Bana et Césaria Évora. Ma mère écoutait des artistes congolais comme Papa Wemba ou Werrason. Ma mère chantait à l’église et avec mes frères et sœurs on est passés par la chorale à un jeune âge. Ma mère voulait qu’on ait ce trait musical et artistique. Elle nous a inscrit chacun à un instrument différent. Moi, j’ai fait du piano. Elle nous a initié très tôt et je la remercie pour ça. Ça m’a beaucoup aidé. Encore aujourd’hui j’utilise des choses apprises à l’époque, pour le rythme notamment ». En dehors de la sphère familiale, Zé a vécu toute sa vie dans une terre de Rap. « À Sarcelles, le rap est partout. Et mes grands-frères en écoutaient beaucoup. Mais j’ai aussi eu une petite période variété quand j’étais en primaire ! Je suis tombé sur un morceau de Bertrand Belin et Camélia Jordana que j’ai adoré. Ce sont des artistes qui m’ont beaucoup marqué ». Mais pour être rappeur, il ne suffit pas d’apprécier et de comprendre la musique. Il faut des textes ! Zé avait des prédispositions de ce côté-là. « Une de mes grand-mères était professeure de français au Congo. Ma mère était donc très assidue sur l’écriture, l’orthographe. À l’ancienne, en dictée j’avais que des 10 sur 10. Sinon c’était la petite tape sur les doigts ! » raconte-t-il amusé. Non seulement il respecte la langue mais il a plaisir à jouer avec. « J’ai toujours aimé imaginer des histoires, que ce soit à l’école pour les rédactions ou chez moi en me faisant des films, en m’imaginant dans la peau d’un personnage. Ce qui fait qu’actuellement je n’ai pas de difficulté pour écrire un texte, c’est quelque chose qui est en moi depuis longtemps ».
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Musique sous tension
Zé a de la musique dans les veines, des mots plein la tête et un vécu calibré pour le rap. Comme il le dit dans Khedira, morceau qu’il a interprété pour Modzik : « J’raconte ma vie sur une prod. qui n’est pas docile ». Zé n’a pas besoin de s’inventer beaucoup d’histoires pour savoir quoi rapper. Il a grandi dans une ville emblématique de la banlieue française, l’une des premières à avoir connu les « grands ensembles ». Sarcelles fut le berceau de plusieurs pères fondateurs du rap français : Passi et Stomy Bugsy du Ministère A.M.E.R. notamment. C’est une ville où la majorité des habitants ont immigré en France ou ont des parents qui avaient immigré, induisant une grande diversité culturelle. Mais les habitants y souffrent d’un taux de pauvreté plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale, encore aujourd’hui. Entre les petits trafics de drogue qu’il relate dans ses morceaux et les confrontations avec la police, Zé a vu de près beaucoup plus de violence que les autres ados de son âge à travers la France. Pas étonnant qu’il raconte dans Khedira avoir le « cœur sous vide » comme un pochon de drogue : écrasé, sans air pour respirer. Si vous suivez le foot depuis des années, vous aurez reconnu le nom du joueur allemand Sami Khedira, ancien de la Juventus de Turin, club de cœur de Zé. Le jeune rappeur est un sportif accompli. « J’ai fait du rugby, du foot, du basket, de la natation, de la boxe anglaise. Sarcelles c’est vraiment une ville où tu peux t’épanouir physiquement. Le sport c’était un moyen de me défouler. J’aurais pu percer au rugby, mais tu connais : les ligaments croisés ! » rigole-t-il pendant notre échange.
Dans ce morceau comme dans une bonne partie de son projet L’Assemblée, l’ambiance est à la fois mélancolique et nerveuse, inquiétante. Comme si un conflit pouvait surgir à tout instant. Ça correspond bien au quotidien que Zé dépeint. Surtout depuis qu’il s’est lancé dans la musique. « Un succès soudain comme ça, tu peux mal le vivre. Faut réussir à gérer la situation, le regard des gens autour de toi qui change d’un coup. Tu peux partir en vrille en passant d’anonyme à quelqu’un d’identifié sur les réseaux. Faut garder la tête sur les épaules. Heureusement qu’il y a mon équipe autour de moi, ma famille et mes frérots. Le succès, ça peut aussi créer de la jalousie, des gens qui ne veulent pas te voir réussir ». Il le raconte dans le morceau qui conclut l’EP, Let Go : « La cité entière a les yeux sur moi. Plus d’dix ans d’amitié sournoise, ils savent que polémiquer sur moi ».
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En 2026, Zé cherche son rythme de croisière pour avancer vers un futur prometteur
Comme on le constate dans sa session Rhythm LOUD, Zé a beaucoup de cordes vocales à son arc. Il a une amplitude de voix qui lui permet de susciter des émotions variées au cours d’un même morceau. Un sens fin de la mélodie : il trouve des toplines entêtantes, atout clé pour marquer la mémoire des auditeurs. Il varie les flows, c’est-à-dire les rythmes de son rap, avec une aisance déconcertante. Enfin, sa plume lui permet de proposer des textes à la fois durs et mélancoliques, honnêtes et touchants. C’est pourquoi un grand nom du milieu du rap, DJ Bellek, l’a convaincu de signer dans son écurie : Morning Glory Music. L’ancien DJ de Booba, qui produit des gros noms du rap comme Nessbeal et Landy ou des talents plus méconnus comme Decimo, a pris Zé sous son aile. Il lui a fait bénéficier de son expérience musicale pour lancer sa carrière sur de bons rails. Ils ont confectionné L’Assemblée ensemble, une « carte d’identité » qui a permis à Zé de mieux définir son style. « On a fait beaucoup de sons pour travailler sur mon identité musicale, faire ressortir ma patte personnelle. Il fallait que je trouve mon style, je n’avais fait que quelques morceaux donc je suis encore un rookie ! Mais au fil du temps on a trouvé les prods et les BPM (NDLR, battements par minute) qui m’allaient le mieux. Même si je n’ai pas un style spécifique, je peux rapper sur plusieurs types d’instrus ». L’Assemblée est une belle carte de visite mais la suite devrait arriver prochainement et dévoiler comment ce diamant brut se taille petit à petit vers sa forme finale. À côté des sessions studio, le jeune homme calme et souriant nous a confié son rêve : « Mon objectif ce serait de remplir une salle, de ramener toute L’Assemblée (NDLR, le nom qu’il donne à sa communauté de supporters) dans une salle et qu’on s’éclate ensemble ! Ce serait mon plus grand accomplissement. Parce que tu vois les gens qui t’écoutent, qui aiment ta musique. Et quand des gens payent pour te voir sur scène, là tu sais que tu es vraiment installé dans le monde de la musique ».
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Texte Antoine Clairefond – Le Rapporteur
Image de couverture extraite du clip de Catamaran
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