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À l’occasion de la sortie du second volet d’Oasis, Lala &ce revient sur son rapport à la création, son exigence artistique et son envie de partager davantage. Entre musique, cinéma, mode et nouveaux projets, la rappeuse dessine le portrait d’une artiste en mouvement, qui évolue désormais avec plus de liberté que de certitudes.

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« C’est un mariage. On a toutes les deux dit oui. » Assise sur une banquette, tout en détente, Lala &ce résume en une phrase le lien qui l’unit à la musique. Pas une histoire de destin, encore moins de hasard. Plutôt une relation construite avec le temps, au fil des choix, des doutes et d’une envie, intacte, de créer.

Mais avec Oasis et son second volet, l’artiste semble avoir trouvé un nouvel équilibre, une façon de se réinventer : « Avant, j’étais hyper perfectionniste : à attendre, à me dire que ce n’est pas encore assez bien. Maintenant, j’ai juste envie de partager et d’être généreuse : j’ai plein de sons en stock qui sont de qualité, mais que je ne sors pas forcément ». Et ce changement ne tient pas d’ailleurs seulement au rythme des sorties ; il raconte aussi une autre manière de faire : « Avant, c’était des titres par-ci, par-là, et boum, on les mettait ensemble. Là, j’arrive à construire un fil rouge ».

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« Je voulais faire deux parties. »

Ainsi le premier chapitre d’Oasis explore une matière plus dense, plus directe, portée par une vraie volonté de s’affirmer. Le second, elle le raconte ainsi : « Je pars d’un truc très dark, avec des morceaux un peu statement, comme Symphonie ou 100 moi, pour aller vers quelque chose de plus summer, plus réjouissant… », résume-t-elle. Le disque prend alors une tournure plus solaire, plus légère, comme elle et sa paire de lunette de soleil, relevé sur son front, ainsi que son maillot jaune pétant, de ce jour-là, qui relève son air rieur et joyeux.

Une histoire que le titre du disque, Oasis, résume parfaitement : « C’est un endroit dans le désert, un endroit réconfortant dans un environnement difficile : comme un petit refuge ». Et qu’y trouve-t-on dans cet Oasis ? Elle prend le temps d’y réfléchir avant de répondre : « Il faut de l’eau, de la bonne musique, des animaux,… il y a d’autres gens aussi, tu ne peux pas être seule, je pense, mais des gens avec une bonne énergie, positive, créative. Peut-être aussi mon amour ? » Cette image du refuge, on la retrouve jusque sur la pochette de l’album, où elle apparaît dans l’eau, au coucher du soleil.

Contrairement à d’autres de ces albums construits autour de références cinématographiques ou littéraires, Oasis a suivi une tout autre méthode. « C’était plus spontanée. Je me suis entourée d’un nouveau producteur à chaque fois : dix titres, dix producteurs différents. Je voulais qu’il y ait un peu de tout, tout en gardant un même fil rouge de bonheur. »

Et si l’album se veut aussi « good vibes », ça n’a pas toujours été le cas de tous ces morceaux, qui racontent, parfois, certaines choses plus sombres, comme son rapport au regard des autres. À la sortie de 100 moi, beaucoup y ont vu une réponse aux nombreuses critiques dont elle pouvait faire l’objet : le morceau affirmait clairement sa position. Pourtant, elle refuse de prétendre que le regard extérieur ne l’atteint plus : « Être artiste, c’est accepter d’être observée, interprétée, parfois enfermée dans une image qui ne correspond pas toujours à la réalité ». Si ce titre lui a permis de poser ce constat, elle ne considère pas le sujet comme encore définitivement réglé.

 

Oasis 2 – Album cover.

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Être à l’heure de son époque.

Au fil de la conversation revient un autre commentaire qu’elle entend souvent : celui d’une artiste « en avance sur son temps ». Beaucoup y verraient un compliment, mais Lala &ce préfère nous répondre par sourire et une formule aussi parlante que amusante : « Être en avance, ce n’est pas être à l’heure ». Être pionnière peut sembler flatteur, mais cela signifie aussi que la reconnaissance arrive parfois plus tard que prévu. Désormais, l’artiste préfère être pleinement ancrée dans son époque plutôt que d’avoir raison avant tout le monde.

Si la musique reste son premier langage, elle n’a jamais eu envie qu’il soit le seul. Ces dernières années, elle s’est aventurée ailleurs, d’abord avec Les Immortels, une comédie musicale imaginée pour la Fondation Pinault, puis au cinéma dans Chien 51. Des détours qu’elle décrit comme nécessaire à ses yeux : « Parfois, la musique, ça peut te fermer, te mettre des œillères dans ta créativité, parce que c’est un peu redondant au studio. Quand tu sais faire, au bout d’un moment, ça devient un peu toujours la même chose. J’aime bien varier ». Peu d’artistes osent se réinventer avec autant d’aisance, sans jamais perdre le fil de qui elles sont, témoignant du talent de la jeune rappeuse.

Et l’expérience ne s’arrêtera pas là. Un nouveau projet est déjà en préparation. Elle en dit peu, si ce n’est qu’il prolongera l’élan des Immortels. Théâtre, musique, mise en scène… tout reste encore confidentiel. Puis elle glisse, avec un sourire : « Les Immortels, c’était un peu le brouillon ». Comme si la suite était déjà en train de s’écrire…

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« Lets’go les girls ! »

Dans une ambiance cosy et détendue, la conversation s’élargit naturellement à la place des femmes dans le rap. La veille de notre rencontre, elle regardait justement un freestyle, organisé par Orelsan et réunissant plusieurs rappeuses. « Quand j’ai commencé, je pense qu’on n’était même pas assez pour une vidéo similaire. Et elles avaient toutes un niveau de fou, chacune avec son univers, son délire : ça fait plaisir à voir. Ça se sent que ça bouge : les meufs n’ont plus peur de se montrer comme elles sont. Il n’y a pas qu’une façon d’être une femme, comme il aurait pu y en avoir avant. »

Cette liberté d’être soi traverse tout son parcours, car bien avant la musique, elle s’exprimait déjà à travers la mode. Enfant, elle portait des « larges baggy comme les Ricains » sans vraiment se soucier du regard des autres. Elle en rit aujourd’hui : « Quitte à passer pour une meuf un peu bizarre, au moins on comprenait dans quel délire j’étais ».

Aujourd’hui encore, la mode occupe une place à part dans son quotidien : « J’ai fait pas mal de campagnes pour des marques. C’est un milieu que j’adore, qui permet de s’exprimer autrement, visuellement ». Chez elle, le vêtement n’est jamais qu’esthétique : c’est une manière de dire qui elle est.

Une question de l’image qui revient nécessairement lorsqu’on évoque les réseaux sociaux. À une époque où les artistes sont invités à documenter leur quotidien en permanence, afin notamment de booster leur audience, Lala &ce reconnaît qu’il est devenu difficile de se détacher complètement de ces plateformes. Pour autant, elle refuse de produire du contenu pour le simple fait de les alimenter. Elle préfère imaginer des formats qui prolongent sa musique plutôt que de raconter son quotidien. Les live sessions publiées ces derniers mois, enregistrées avec ses musiciens, en sont l’exemple le plus évident. Une autre manière d’être présente, sans perdre le sens de ce qu’elle fait : « Il faut trouver des moyens qui nous plaisent ». À l’écouter, une idée revient sans cesse : trouver le bon équilibre. Créer davantage sans céder à la précipitation. Être visible sans s’exposer inutilement.

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Crédit : Jonathan Steuer

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Nourrir l’âme.

Lorsque la conversation quitte le terrain du travail et qu’on lui demande ce qui la rend heureuse, sa réponse est immédiate : « Manger ! J’aime trop manger. Envoyez-moi un resto, j’y vais à fond ». » Les voyages la font vibrer tout autant. Elle s’envole bientôt pour l’Asie : « Je pense que découvrir d’autres cultures, c’est un peu classique, mais ça nourrit vraiment l’âme ».

Le repos sera pourtant de courte durée. Dès la rentrée, un nouveau projet musical verra le jour. « Dans un autre délire », glisse-t-elle sans en dire davantage. D’autres projets scéniques suivront également, comme elle nous le laissait sous-entendre plus haut. Peut-être même des prochains concerts…

En se quittant, une impression demeure : celle d’une artiste restée aussi exigeante qu’au premier jour, devenue toutefois bien plus généreuse, et qui n’a jamais triché avec ce qu’elle est. Son rapport à la musique n’a pas changé ; il s’est assoupli. Comme dans un mariage qui dure, la promesse est restée la même, mais la manière de la faire vivre a évolué.

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Oasis / Oasis 2 sont disponibles via SPKTALQR/Sony Music.

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Texte Léna Le Bescond

Image de couverture Fifou

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