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CRÉDITS MODE DIGITAL COVER
Montemarco porte un top et pantalon LOUIS GABRIEL NOUCHI, une ceinture YOLÈTE,
des chaussures APICCAPS et des bijoux personnels.
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SÉRIE MODE
CRÉDITS SÉRIE MODE
Photographe Constance Giacomoni
Styliste Barbara Boucard – MUA & Hairstylist Mario Arriagada G.
RHYTHM. LIVE SESSION
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CRÉDITS MODE LIVE SESSION
Montemarco porte un top et pantalon LOUIS GABRIEL NOUCHI, une ceinture YOLÈTE,
des chaussures APICCAPS et des bijoux personnels.
CRÉDITS LIVE SESSION
Réalisation Henrik Jessen & Mathias Fondaneche
Direction artistique Henrik Jessen & Modzik Connect! – Assistante Ruby Knott
Assistant plateau & lumière Léna Le Bescond & Emma Tilly – Assistante cheffe de projet Athénaïs Texier-Le
Tendre – Montage Emma Tilly – Ingénieur du son Arthur Kern (FLAM MUSIC)
Réseaux sociaux Lila Cohen – Fashion director & styliste Barbara Boucard
Hair & Makeup Mario Arriagada G. – Production Agence Modzik Connect!
Remerciements label Universal Music
L’INTERVIEW
À la veille de sa première grande date aux Étoiles, Montemarco revient sur ce qui a façonné sa musique : le manque de modèles, le doute, l’écriture venue tard, et la nécessité de faire des chansons un lieu où sa sensibilité puisse enfin prendre toute sa place.
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Un concert comme révélation
Cette première date en head line, c’est aussi la première fois qu’il prépare « un live aussi longtemps », la première fois qu’il peut mettre autant d’éléments dans le processus créatif, la première fois aussi qu’il a le sentiment de proposer un concert vraiment à son image. Jusqu’ici, les premières parties imposaient des formats trop courts : impossible, dans ces conditions, de montrer tout ce qu’il avait « dans la tête ». Cette fois, la scène a été pensée autrement. Ils seront trois. Il y aura davantage de matière sonore, plus de relief, plus de nuances. Et surtout, explique-t-il, il a enfin autour de lui des musiciens en qui il a « grave confiance », ce qui change tout : la façon de jouer, de respirer dans les morceaux. Ce live, il ne le présente pas seulement comme une date importante, mais comme le moment où le public va voir quelque chose de beaucoup plus fidèle à ce qu’il veut réellement raconter
Cette intensité éclaire aussi son EP, 1, 2, 3, où cohabitent Monstre, Poupée, Trop tard, Qui je suis ou encore Perdu. Montemarco raconte qu’il avait « une quinzaine de morceaux » parmi lesquels choisir, mais qu’il ne voulait surtout pas faire un disque uniforme. Ce qu’il cherchait, ce n’était pas simplement à réunir ses chansons préférées : il voulait « parler de plein de choses », faire exister plusieurs facettes de lui-même et plusieurs sujets à l’intérieur d’un même projet. Il cite l’identité, la santé mentale, l’amour, la solitude. Certains morceaux ont été écrits seul, au piano, dans sa chambre ; d’autres sont nés plus tard, en studio, au moment où il a fallu réfléchir à la cohérence d’ensemble. Ce qui l’intéressait, c’était d’éviter plusieurs chansons qui diraient au fond la même chose. Il le formule presque comme une règle de composition : mieux vaut approfondir des thèmes variés que répéter plusieurs fois le même récit. Dans cette construction, l’EP apparaît comme une manière d’ordonner ses questionnements, de donner une forme à ce qu’il avait besoin de défendre.
Devenir musicien
Chez lui, la musique n’a pourtant jamais ressemblé à une évidence. Le chant, dit-il, a toujours existé : sa mère raconte qu’il chantait déjà à 3 ou 4 ans. Mais grandir dans « un petit village du sud » ne lui donnait pas beaucoup de prises pour imaginer une vie musicale. Autour de lui, il y avait ce qui se faisait concrètement : le foot, le judo, les activités vers lesquelles les enfants se dirigent parce qu’elles sont visibles, disponibles, incarnées par d’autres. Il pratique « une dizaine d’années de judo, cumulé avec du foot, du basket, un truc très sportif, qui finalement est quand même un peu resté. Le foot, moins, mais basket et judo, c’est resté très longtemps ».
La musique, elle, restait hors champ. Puis il y a eu cette scène très simple : une cousine commence le piano vers 13 ou 14 ans, et soudain une idée surgit : « Ah, en fait, on peut faire du piano ». Il raconte ce moment comme un basculement décisif. Avant cela, personne autour de lui ne jouait, donc la possibilité même ne lui apparaissait pas. Quand on ne voit personne faire une chose, on pense moins spontanément à la faire soi-même. Là encore, la question de la représentation, déjà, se glisse sous la surface.
Longtemps, Montemarco s’est senti plus légitime dans l’interprétation que dans la création. Les reprises, il en faisait depuis des années ; il avait eu le temps d’apprendre, de progresser, de recevoir des retours. Écrire ses propres chansons, en revanche, lui semblait beaucoup plus vertigineux. Il parle très franchement d’un « manque de confiance » ancien, installé profondément, presque structurel : la sensation de n’avoir « pas grand-chose à raconter », ou l’idée que d’autres sauraient forcément mieux le faire. Il dit s’être mis à écrire « assez récemment », et ce caractère encore neuf de la composition explique selon lui la quantité de doutes qui l’accompagne. Mais quelque chose a changé. Aujourd’hui, il affirme préférer écrire que reprendre. Ce qui le passionne désormais, c’est de trouver « la bonne mélodie pour le bon texte, le bon mot pour la bonne image », bref la forme exacte qui permet de transmettre un message. Dans cette précision, on mesure combien l’écriture lui a permis non seulement de prendre la parole, mais aussi de la choisir.
Avant la musique pleinement assumée, il y a eu les études, et avec elles un refuge très net. Agrégé de mathématiques, Montemarco décrit cette période comme l’endroit où il savait qu’il pouvait réussir. Les études, dit-il en substance, représentaient le domaine dans lequel il se sentait « capable », celui où il avait moins peur aussi d’être exposé dans ses fragilités. Là où la musique remuait trop de doutes, les mathématiques lui offraient un cadre lisible : il y avait du travail, des résultats, quelque chose de rassurant dans la progression. Avec le recul, il relie ce choix à un désir ancien de montrer qu’il savait faire et pouvait faire bien. Il ne parle pas de cette trajectoire comme d’un renoncement, mais plutôt comme d’un détour nécessaire. Il lui a fallu du temps, semble-t-il, pour accepter d’aller vers un espace où la compétence ne protège pas de tout, où il faut aussi consentir à se montrer dans ce qu’on ne maîtrise pas tout à fait encore.
Grandir sans modèle
Cette question de la maîtrise rejoint un autre manque plus ancien : celui de la représentation. Adolescent, Montemarco raconte avoir grandi avec le sentiment très net de se sentir seul. Il parle de cette impression d’être « à côté de la plaque », presque « l’alien », celui qui sent qu’il ne ressemble pas aux autres et qui, pour cette raison même, préférerait ne pas être vu. Au collège, il dit qu’il essayait de passer inaperçu, de « se faire tout petit », comme si la discrétion pouvait amortir l’écart. Au lycée, il commence davantage à s’exprimer, mais l’isolement demeure : il se souvient avoir été l’un des seuls garçons ouvertement gays de son établissement. Ce qu’il décrit n’est pas seulement la solitude sociale d’un adolescent différent ; c’est aussi l’impossibilité de se reconnaître quelque part, de mettre des mots sur ce qu’on vit sans avoir l’impression d’inventer sa propre étrangeté. À l’entendre, ce manque de représentation travaille encore son rapport à la musique parce qu’il sait ce que cela change, à 12 ou 13 ans, de ne voir nulle part quelqu’un qui vous ressemble.
Le premier déclic passe par une fiction, et il en parle avec précision : la série Glee. C’est en regardant la série qu’il voit pour la première fois des personnages gays au lycée auxquels il peut réellement s’identifier. Ce qu’il garde en mémoire dit tout : lorsqu’il a voulu se confier à une amie, il ne lui a pas annoncé frontalement qui il était ; il lui a simplement dit : « Je suis comme Kurt ». Toute la puissance de la représentation est là. Elle donne une image, une possibilité de se nommer. Aujourd’hui, Montemarco ne brandit pas la queerness comme un étendard. Elle n’est pas un « sujet » plaqué sur la musique : elle fait partie du regard depuis lequel il écrit. « Mon regard sur les choses a été énormément influencé par le regard que j’ai eu sur moi très jeune, en étant conscient de ma différence, ça m’a apporté un regard qui était différent sur moi, sur les autres, et tout ça, ça a mené à ce que ma manière de penser découle de ces années de différence. » S’il compose certaines chansons, c’est aussi, dit-il, pour offrir à d’autres ce qu’il n’a pas eu : des récits, des émotions, peut-être même simplement une présence possible, quelque chose qui dise à l’adolescent isolé d’un collège de campagne qu’il n’est pas seul, qu’il n’a rien inventé de sa différence.
Écrire ce qui manque
C’est dans cette perspective qu’il faut entendre Le roi choisit la dame, morceau né, explique-t-il, d’un vécu qu’il trouvait trop peu raconté : le fait, pour beaucoup d’hommes gays, de tomber amoureux d’un garçon hétéro. Il le dit sans grand apparat théorique : ce n’est pas forcément un sujet « grave », mais c’est une expérience extrêmement courante, marquante, et il voulait qu’elle existe dans une chanson. Avec Qui je suis, la thématique est plus familiale. Le morceau naît au moment où il comprend que, pour la première fois, il ne pourra pas redescendre chez ses parents pour plusieurs anniversaires importants. Dans cette série d’absences, il reçoit de plein fouet ce que signifie partir. Non seulement faire sa vie ailleurs, mais rater des moments intimes, des présences. Il raconte qu’en vieillissant, il voit davantage la vulnérabilité de ses parents, et que l’éloignement rend cela plus aigu encore. Qui je suis porte cette tension très simple et très forte : il y a la nécessité du départ, mais aussi la douleur concrète de ce qu’il coûte. Chez lui, la pop n’adoucit pas ces contradictions ; elle leur donne une forme où elles peuvent coexister.
Une esthétique de l’alignement
Musicalement, Montemarco revendique cette coexistence des contraires. Son point de départ reste souvent le piano-voix, des morceaux écrits seul dans une chambre, mais il raconte aussi à quel point Poupée a déplacé son univers en y faisant entrer quelque chose de plus électronique, de plus dansant. Le morceau lui a ouvert une porte : celle d’une pop capable de faire bouger sans perdre la charge émotionnelle du texte. Il tenait cependant à ne pas sacrifier la balade. Il voulait, dit-il, qu’il y ait des morceaux où l’on danse et d’autres où l’on pleure, des chansons plus produites et d’autres plus nues. Là encore, la logique est celle de l’éventail. Il parle aussi beaucoup des conditions de création. Les premières expériences de studio ont parfois été violentes, parce qu’il en est ressorti « dévalorisé », avec le sentiment que sa sensibilité n’était pas comprise. Puis il a rencontré d’autres équipes, d’autres façons de faire, des personnes capables non pas d’écraser son idée mais de l’emmener plus loin. Quand cela arrive, explique-t-il, tout devient plus simple : il n’est plus question de se défendre, mais de construire à plusieurs un espace commun où le morceau peut prendre toute son ampleur.
Cette recherche d’alignement se prolonge dans l’image. Le bandana, l’orange, le goût des silhouettes marquées : rien, chez lui, n’est pensé comme une décoration ajoutée après coup. Il raconte que le bandana était au départ surtout un détail esthétique, presque un hasard de style, avant de devenir peu à peu une signature. Plus largement, la mode a constitué l’un de ses premiers langages. Bien avant de pouvoir verbaliser clairement ce qu’il était, il le faisait déjà passer par ses vêtements. Adolescent, il découpait, transformait, bricolait, cherchait d’autres formes, d’autres volumes, d’autres façons d’apparaître. Ses vêtements parlaient souvent pour lui avant qu’il sache lui-même exactement ce qu’ils exprimaient. Puis, cette créativité s’est mise en sourdine au moment des études, comme si une partie de lui s’était rangée avec le reste. Aujourd’hui, elle revient avec la musique. Le projet Montemarco se compose alors à partir de ces lignes qui se répondent : le son, l’image, la couleur, le mouvement et la vulnérabilité. En l’écoutant, on comprend que tout procède de la même tentative : rendre visible, enfin, quelque chose qu’il a longtemps tenu à distance ou qu’il n’avait pas encore les moyens ou la force de formuler.
Chez Montemarco, rien ne donne l’impression d’une apparition facile ou d’une assurance fabriquée. Tout semble s’être construit à travers des détours, du temps et des hésitations assumées. C’est d’ailleurs ce qui rend sa parole si dense : il intègre ses doutes à ce qu’il raconte, sans les lisser. À la veille de cette grande date, il dit simplement qu’on va enfin voir davantage ce qu’il a « dans la tête ». Cette phrase pourrait résumer l’ensemble de son projet. Faire des manques des chansons. Donner une forme à ce qui, longtemps, n’avait ni mots ni place. Et avancer ainsi, non pas malgré la sensibilité, mais avec elle, jusqu’à en faire le centre même de sa proposition artistique.
Texte Lionel-Fabrice Chassaing
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