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Disponible depuis ce vendredi, MA CLAQUE marque un virage pour KALIKA : un album plus nerveux, plus abrasif, où la pop se tend jusqu’à casser. Entre colère, fatigue et besoin d’explosion, l’artiste y érige ses failles en prise de position. Dans cet entretien, elle se livre sans filtre sur trois axes clés : la genèse du projet, son rejet des normes de l’industrie et l’affirmation d’une identité artistique et politique plus radicale et vraie que jamais.

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@VassoVu

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KALIKA frappe très fort avec son tout nouveau projet, MA CLAQUE. Plus frontal, plus nerveux que Adieu les monstres, ce deuxième album transpire une pop sous tension, traversée par la fatigue, la colère et un vrai besoin de tout envoyer valser. Dès CRAZY, le ton est donné. « Faudrait être jolie, mimi, smart / Toujours dispo sans prendre trop d’place » : la chanteuse démonte les injonctions avec une ironie sèche, limite désabusée. Derrière les synthés style Crystal Castles des années 2010, ça grince déjà.

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Le disque oscille entre euphorie et implosion. Les prods de Demon V injectent une énergie club constante, mais jamais gratuite : ici, on danse pour tenir debout. JTM en est le parfait exemple, hymne queer et bordélique où « casser des guitares pour le fun » devient une manière de survivre autant que de célébrer. Même logique dans MONSTER TOUS LES JOURS, où la tristesse se dilue dans la fête : « Je bois du monster tous les jours / Pour essayer de pas m’effondrer ».

Ce qui marque avec ce disque, c’est la manière dont KALIKA transforme ses failles en matière artistique. KO ÉMOTIONNEL capte la violence latente de l’époque : comparaison permanente, pression esthétique, spirales mentales. Le tout avec une justesse presque clinique. « Sur le tel j’me compare aux autres / Au bord d’la crise de nerfs » : difficile de faire plus direct.

Mais MA CLAQUE ne se contente pas d’un mal-être générationnel. L’album s’attaque aussi aux rapports de pouvoir et aux contradictions intimes. Sur COMME LES GARÇONS, la chanteuse retourne le regard sur elle-même, reconnaissant ses propres ambivalences : « J’crois qu’j’suis comme les garçons que je clash dans mes chansons ». Une lucidité rare, loin de tout discours simpliste.

Dans PRINCESSE LATEX et PVTE GOTHIQUE, elle démonte les fantasmes projetés sur les femmes « alternatives », oscille entre dénonciation de la fétichisation et rejet. « J’suis ni à sauver, ni à salir » balance-t-elle, refusant toute récupération. Même logique de reprise de pouvoir, mais plus violente, plus politique.

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Le cœur du disque reste pourtant ses morceaux les plus à vif. J’AI PLEURÉ est sans doute le moment le plus dur : un récit d’agression sexuelle racontée sans mise à distance, où la répétition est dure à entendre, mais bien nécessaire. À l’autre bout du spectre, MAGIQUE apporte une respiration avant le prochain coup. Avec Bianca Costa, elle revient à un fantasme d’évasion, celui d’une pop star qui naît d’un téléphone et de presque rien.

Enfin, UN OREVOIR et SOFIA creusent l’intime familial, entre héritage abîmé et tentative de réparation. KALIKA y gagne en nuance, sans jamais adoucir son propos. Au fond, MA CLAQUE porte bien son nom. C’est un disque qui ne lisse pas, qui préfère la friction à la séduction. Une pop abrasive, explosive et habitée. Parfaite à partager en live mais ancrée dans quelque chose de profondément personnel.

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Pourquoi ce titre, MA CLAQUE ? C’est une claque pour toi, pour les autres, ou les deux ?

C’est une période où j’en avais vraiment ma claque, au sens premier du terme. C’est aussi au moment où j’ai écrit le morceau MA CLAQUE que j’ai senti que quelque chose était en train de basculer, à la fois musicalement et dans ma manière de parler de ma musique. Avant, j’étais encore dans une logique de résilience, de « voir le verre à moitié plein ». Là, c’est beaucoup plus frontal. C’est vraiment dire les choses : « j’en ai ma claque, vous m’avez saoulée ». Il y a une énergie très punk dans ça.

 

Est-ce que tu as changé ta manière d’écrire ou de produire sur ce projet ?

Oui, grave. Les deux ont beaucoup changé. Sur cet album, la production est venue avant le texte, alors qu’avant c’était l’inverse. Avant, j’écrivais plein de petites histoires, puis je cherchais l’habillage. Là, j’avais envie de faire quelque chose de plus musical, de plus porté par une énergie, un mood, plutôt que par des récits. Avec Demon V, on a bossé comme ça : du son, du son, du son, sans réfléchir, sans se demander ce que ça allait devenir. Je voulais trouver mon son à moi, sans être influencée par ce qui se fait à la mode. On était un peu coupés du monde, moi je n’étais plus du tout à Paris, j’étais beaucoup à Avignon parce que j’ai un pied là-bas. J’y suis allée pour travailler, faire des mélodies, des voix, sans partir tout de suite sur les textes. Et en fait, le premier truc qui est venu, c’est « j’en ai ma claque ». Ce n’est pas vraiment une phrase de chanson, c’est presque un mantra. Ça peut s’appliquer à plein de choses, à ce qui se passe dans le monde comme aux galères du quotidien.

 

Pourquoi PVTE GOTHIQUE est une chanson importante pour toi ?

Parce que c’est une insulte que j’ai vraiment reçue au début de ma carrière, mot pour mot, de la part d’un producteur avec qui je travaillais à mes débuts. J’étais très jeune, je me faisais démonter par des commentaires d’hommes tout le temps. J’avais déjà ce style, même si c’était un peu différent, et il m’a dit que les gens n’aimeraient pas ce que je faisais parce que je ressemblais à une « pute gothique ». Sur le moment, ça m’a vraiment touchée. Avec le recul, je pense que ça a aussi influencé mon premier album, qui était sans doute un peu plus lissé, un peu plus « mignon ». Dans ce nouvel album, j’essaie au contraire de ne plus mettre de filtre. Je ne veux plus cacher la violence, ni dans mes vêtements, ni dans ma manière d’être, ni dans ma musique. Quand tu arrives dans cette industrie en tant que femme, on te fait vite comprendre que tu n’as pas le droit d’être dark, d’être en colère, d’être violente. Tu peux être engagée, mais sans déranger. Tu dois être douce, mignonne, acceptable. Moi, ça ne me va pas. Cet album, c’est vraiment l’endroit où je me dis : j’en ai plus rien à foutre, j’ai envie de faire le truc que j’ai envie de faire, de dire les choses comme je veux les dire, sans concession.

 

Tu parlais aussi d’un système très formaté en France…

Oui, clairement. En France, quand tu simplifies ton propos, que tu le rends plus lisible et que tu rentres dans une case, ça marche mieux. Il y a vraiment un truc très fort entre le mainstream et la niche, mais il n’y a pas beaucoup de vraie scène alternative. En Angleterre, aux États-Unis, ou même dans certains pays de l’Est, il y a de grosses scènes underground, ou au moins une pop alternative plus affirmée. En France, quand on parle de pop alternative, c’est souvent juste de la pop un peu moins lisse, mais rien qui dérange vraiment. Même moi, avant, ce que je faisais était déjà considéré comme ultra alternatif, alors que pour moi c’était juste de la pop. Là encore, ça peut pousser à faire de mauvais choix, parce qu’on se dit qu’il faut rentrer dans une case pour que ça fonctionne. Mais en fait, il faut parfois s’en foutre, parce que c’est justement ce qui peut t’ouvrir d’autres portes.

 

Tu fais la première partie de Slayyyter en Europe : t’es prête ? Qu’est-ce que tu veux que le public retienne de toi ce soir-là ?

Je suis surtout hyper excitée et curieuse. Je ne me pose pas trop de questions, j’ai surtout envie de voir comment le public va réagir. Ce qui me choque encore, c’est que c’est elle qui m’ait choisie. J’étais vraiment surprise, parce que je sais qu’elle a dû recevoir énormément de demandes. Là, je sors justement de résidence de tournée, on a préparé le nouveau show, et ça va être beaucoup plus radical, beaucoup moins pop, beaucoup plus club. On sera seulement deux sur scène, mais avec une énergie très vénère. Il n’y aura aucun moment calme. J’ai hâte de voir ça avec son public, parce qu’elle aussi fait une musique très intense. Et puis, en ce moment, sur les réseaux, sur mes dernières sorties, tout le monde me disait « ah, c’est la star française », donc au même moment où je reçois cette proposition, je me dis qu’il y a quand même une cohérence. Même si on fait des choses différentes, on est sur le même spectre : une pop violente, hybride, très électronique. Il y a quelque chose de très juste dans ce lien.

 

La scène pop internationale influence ta manière de créer ?

Complètement. Que je le veuille ou non, j’écoute énormément de musique internationale, de pop internationale, mais aussi d’électro et de choses qui ne sont pas forcément des chansons au sens classique. En ce moment, je réécoute beaucoup Sleigh Bells, un vieux groupe que j’adore. J’écoute aussi beaucoup des duos, j’aime trop ça. Il y a quelque chose de spécial dans les duos. J’écoute aussi des trucs comme Soulwax, et LCD Soundsystem, qui est un peu dans la nappe de fond de ma vie depuis des années. J’ai un respect énorme pour les artistes qui arrivent à faire des morceaux intemporels. C’est beaucoup plus dur, je trouve, que d’être juste « dans le moment ». Faire quelque chose qui traverse les époques, c’est hyper fort.

 

Tu participes souvent à des événements queer. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Déjà, les queer m’ont adorée dès le début, et je ne sais même pas vraiment pourquoi. Ça a commencé avec les drag queens, notamment dès mon premier son, L’été est mort. À l’époque, je n’avais pas du tout mesuré comment l’industrie et les médias allaient réagir. Je ne pensais pas que certaines choses pouvaient choquer à ce point. Sur un morceau, j’avais une phrase comme « doigts dans les fesses », et certains médias ont eu des réactions complètement disproportionnées. J’ai été choquée, parce que pour moi ce n’était pas vulgaire, c’était juste cru. J’ai toujours essayé d’être crue sans être vulgaire. Si tu dis des choses fortes pour illustrer quelque chose d’important, ce n’est pas la même chose que de faire du vulgaire pour faire du vulgaire. Les drag queens ont commencé à reprendre mes morceaux naturellement, sans que je force quoi que ce soit, et ça s’est fait très spontanément. Le public queer m’a beaucoup donné, il m’a validée, encouragée, et il m’a aussi permis d’assumer davantage qui je suis. Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il encourage les gens qui sortent des cases, les personnalités fortes, les propositions un peu différentes. C’est un public très soutenant, très vivant, et ça me touche énormément.

 

Si quelqu’un devait écouter une seule chanson de toi pour te comprendre, ce serait laquelle ?

Je dirais PVTE GOTHIQUE. Mais en vrai, sur ce nouvel album, j’ai l’impression que chaque morceau me ressemble beaucoup, donc c’est difficile de n’en choisir qu’un. MA CLAQUE, CRAZYJTMKO ÉMOTIONNEL aussi, ce sont tous des morceaux très moi. Mais si je dois en garder trois, je dirais PVTE GOTHIQUEKO ÉMOTIONNEL et, dans les anciens, L’été est mort.

 

Un créateur ou une créatrice avec qui tu rêves de collaborer ?

En vrai, j’ai l’impression que je collabore déjà avec des créatrices que j’adore, donc c’est compliqué de choisir. Je travaille déjà avec Solène Lescouët, qui est une amie et que je trouve incroyable. J’ai l’impression qu’elle est un peu la nouvelle Vivienne Westwood. Si on parle de rêve plus large, j’aimerais trop être égérie pour Matière Fécale. Ce serait stylé. Ou alors pour Jean-Paul Gaultier, franchement, je me verrais trop bien là-dedans. Il y a un truc chez eux qui me parle, ce mélange entre le bizarre et le populaire. Et puis à l’époque, il y avait Catherine Ringer, donc je trouve qu’elle y a aussi quelque chose qui peut me correspondre physiquement, dans l’allure, dans l’énergie. J’ai l’impression qu’elle aime bien les personnalités un peu à part, et ça me parle beaucoup.

 

Après MA CLAQUE, comment tu envisages ton futur artistique ?

Je suis très dans le présent, pour être honnête. Ces derniers mois, ça a été n’importe quoi : quand j’ai annoncé l’album et dévoilé la pochette, il n’était même pas fini. Quand j’ai donné la date, l’album n’était pas terminé non plus. Je viens seulement de le finir il y a un mois. Donc j’ai été obligée d’être à fond dans l’instant, dans le concret. Ce dernier mois, j’ai enchaîné les images, les visuels, les clips, les shootings, les éditos, la promo. Et là, ces trois derniers jours, j’étais déjà sur le live, sur le concert. Du coup, je pense surtout à la tournée, aux concerts, au présent très proche. Je suis un peu matrixée par ça, parce qu’on a très peu de temps et que j’ai envie que ce soit bien fait. Mais si je pense plus loin, j’espère que ça deviendra international. J’ai un peu cette intuition-là, je ne sais pas trop pourquoi. Sur cet album, en tout cas, je trouve qu’il y a quelque chose de plus musical, de plus fort dans la matière sonore, qui peut mieux dépasser la langue. Et même dans l’image, dans le positionnement, je ne cherche pas à faire une pop française « propre ». J’ai envie de quelque chose de plus large. J’aimerais trop faire une tournée en Asie, par exemple. Et puis surtout, j’ai envie que le live ressemble vraiment à ce que j’imagine : un mélange entre la fête foraine, le cirque et le club, avec ce côté un peu halluciné, comme si on était dans la tête d’un clown tueur au milieu d’une fête foraine.

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Texte Tiphaine Riant

Image de couverture @kalikamusique

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