/
NEWS !
/
/
Le 30 septembre 2016 Solange sortait A Seat at the Table, dix ans plus tard, joyeux anniversaire et retour sur cet album qui a plus que marqué. A Seat at the Table n’est pas un album pensé pour les charts. Il ne cherche ni à séduire ni à faire consensus. Il existe, simplement. Dix ans plus tard, on mesure à quel point cette démarche constituait déjà un geste radical.
Un album qui ne parle pas d’amour… mais de survie
Le R&B a longtemps été une musique tournée vers l’autre. Le cœur du genre, c’était souvent la personne en face, celle à qui on adresse un message. Solange change la dynamique. Dans le projet, la relation principale, c’est soi-même. Dans Cranes in the Sky, par exemple, ce n’est pas une histoire d’amour mais plutôt celle de quelqu’un qui cherche à fuir la réalité, SA réalité. Des distractions pour ne pas regarder en face ce qui fait mal. Boire, sortir, travailler ou voyager. Comme s’il fallait remplir le vide sans jamais le nommer. C’est l’histoire d’une douleur qui a appris à se taire.
/
/
Don’t Touch My Hair pose une limite. Pas besoin de crier quand tout est déjà compris. Mais tout est toujours pour elle, pour son bien-être ou pour comprendre son mal-être.
/
Le R&B comme espace mental
Au moment où le R&B des années 2010 devient de plus en plus numérique et surtout influencé par la trap et le maximalisme, Solange mets à la place des boucles, des textures qui respirent. Les morceaux ressemblent à des états émotionnels, pas vraiment des chansons. On est plus proche de l’héritage de Sly Stone, d’Erykah Badu ou de Sun Ra que du R&B mainstream de l’époque. Un psychédélisme noir. Et surtout, les interludes. Des voix, des fragments et des souvenirs. Master P, Tina Knowles, Matthew Knowles. On n’écoute plus un album, on est à table avec eux et tout change à partir de là.
/
/
Parler de la douleur sans la montrer
Alors que beaucoup d’œuvres racontent le traumatisme noir par le prisme de la violence, Solange choisit d’explorer ses traces : la fatigue, l’usure et les silences qu’il laisse derrière lui. Dans Weary, elle constate. C’est cette simplicité qui fait tout aussi mal que n’importe quel cri. L’album documente ce que ça fait d’être noir. Sans mise en scène juste avec des sensations et des émotions.
/
/
Un album qui a déplacé le R&B
Avec A Seat at the Table, quelque chose s’ouvre. Le R&B n’est plus obligé d’être aussi démonstratif. Il peut être lent et minimaliste. Cette priorité donnée à l’émotion plutôt qu’à la technique se retrouve aujourd’hui dans de nombreux projets estampillés R&B alternatif. Les sonorités sont plus ambient, les voix plus vulnérables. Dix ans après, cette œuvre reste d’actualité, précisément parce que les réalités qu’elle décrit n’ont pas disparu. Toujours la fatigue, la surcharge et ce besoin de se protéger intérieurement. A Seat at the Table restera à jamais ce safe place qui n’essaie pas de guérir tout mais qui accompagne, qui rappelle qu’on peut être doux sans être faible et surtout que s’aimer soi-même, ce n’est pas un concept. C’est un travail, comme tout le reste.
/
/
Texte Charles-Henry Efole
Image en couverture A Seat at the Table Cover Solange
/
/
