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C’est à la recherche de son enfant intérieur que OSO nous embarque dans INNER_CHILD, paru le 5 mai. Cet EP prolonge LE MALENTENDU sorti en 2025. On plonge avec l’artiste dans son monde, comme Alice tombe dans le trou en suivant le lapin pressé.
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Au cours de ce voyage, on se remet en question. On éprouve de la nostalgie mais on en sort renforcé, plus en paix avec soi-même. OSO est une artiste dont les plus fidèles compagnons ont longtemps été les doutes et les tourments. Mais elle est parvenue à s’en défaire. La rappeuse, qui ne s’interdit pas de chantonner, raconte ce parcours en musique et se fait guide pour celles et ceux qui ont encore du chemin à faire pour s’accepter comme ils sont.
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OSO devait renouer avec son enfant intérieur, qu’elle a trop souvent perdu ou mis de côté, afin de se retrouver elle-même. Certaines influences et de mauvais choix l’ont amenée à malmener la petite Léa. Déceptions amoureuses ou amicales, santé mentale fragile, piège du cannabis… Elle en esquisse les récits de manière pudique dans sa musique : « Je suis en morceaux, j’suis en kit. Je voulais retrouver mon kid. Je l’ai perdu j’fumais la green, trop pressée de gâcher ma vie » (NO SENSE).
Sa passion pour la musique l’a poussée à tordre le bras au destin. Contre l’avis de son entourage, elle a quitté sa vie lyonnaise pour emménager à Paris il y a trois ans, priorisant la musique. Ce ne fut pas sans douleur puisqu’elle s’est retrouvée isolée et a dû se reconstituer un cercle social. Ce qu’on n’apprend pas dans ses morceaux, elle l’a confié durant son premier concert parisien fin avril. Sur la scène de la Boule Noire, elle nous a émus avec ses morceaux acoustiques ou fait sauter sur les instrus électros taillées pour les night clubs de son ami et compositeur 99. Une alternance entre deux extrêmes qu’elle manie avec goût.
Dans le monde d’OSO, les émotions et péripéties de la vie sont transformées en sons. Les battements de son cœur deviennent des kicks de batterie qui font vibrer nos tympans. Ses hésitations, des glitchs dans sa voix. Ses péripéties sentimentales sculptent les chemins qu’on arpente en l’écoutant. Quand elle se replonge avec mélancolie dans son enfance, ça donne le beau À l’abri du vent et ses synthés aiguës qui touchent en plein cœur. OSO rappe à voix basse et calme, comme toujours : « Papa m’disait que j’avais un truc en plus. Moi j’veux un truc en moins ». Quelque chose pèse sur son cœur, empêche la lumière d’arriver jusqu’à elle. « J’en ai passé du temps à remonter la pente ». On comprend qu’OSO revient de loin. Mais elle a fait assez de chemin pour nous conter le voyage. Quand la vie devient trop lourde à porter, qu’elle est blasée de l’existence ou de son mec, que « tout devient un problème » ça donne le planant et entraînant FLM DE OUF.
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Avec son instru aux influences hyperpop, NO SENSE est un hymne pour celles et ceux qui ont du mal à trouver du sens dans notre monde. Ceux qui refusent de faire comme si tout était normal. OSO préfère se réfugier dans son monde plutôt que de se plier à des règles qui ne lui conviennent pas. C’est aussi un morceau qui évoque ses déceptions depuis qu’elle s’est faite remarquer dans la musique et qu’elle a croisé des personnes aux comportements douteux. Car OSO n’est plus une débutante : sa carrière fête ses cinq ans cette année. Elle a collaboré avec des artistes expérimentés du milieu du rap. En 2023, elle était invitée sur la 23 MEGASPHERE, mixtape rassemblant des talents émergents organisée par Mario Roudil, réalisateur et vidéaste très convoité. Celestino, Damlif et le beatmaker Toboë, artistes affiliés à la prestigieuse 75ème session, l’ont conviée sur Comme une balle en 2024. Elle a surtout gagné de l’exposition lorsque Dinos a samplé le refrain de Il le fallait pour l’utiliser dans son morceau VIRAL, la créditant en featuring.
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En approchant de la fin du projet, on comprend qu’OSO reprend le contrôle sur son existence, même si des moments de tristesse et d’interrogations persistent. Sur FOREVER et son instru survoltée, on se réjouit avec elle et on célèbre. On se surprend vite à chanter en cœur son refrain doux-amer : « Dans mon monde forever / J’suis triste, j’fais des cœurs / D’vant mon ordinateur ! ». Elle est parvenue à trouver une paix d’esprit en comprenant ce qui était bon pour elle – s’écouter et se consacrer à sa passion – et en identifiant ses vrais alliés. À partir de là, elle est immunisée : « Qui m’veut du bien ? Qui m’veut du mal ? Ça m’est égal ! Je sais qui m’aime, maintenant tout l’reste ça m’est égal ». FOREVER est excellent car OSO a su compenser l’instrumentale chargée par une partie vocale simple et efficace. Less is more. Pas de grandes envolées lyriques, de flows complexes ou de surinterprétation. La rappeuse y est contenue mais sa topline d’une efficacité déroutante nous accroche et ne nous lâche plus.
« Sans que j’me connaisse, j’étais plus moi-même ». Avec le morceau final, PLUS MOI-MÊME, OSO conclut : elle s’est enfin trouvée. C’est le soulagement : « J’crois que la vie commence ! » se réjouit-elle. On partage ce sentiment avec elle, comme durant le dernier chapitre d’un roman ou d’une série, lorsque notre héros touche enfin à son but. Est-ce parce qu’elle a réussi à retrouver son enfant intérieur ? Et ça, c’est grâce à la musique ? On dirait qu’en s’accrochant à ses rêves, OSO a réussi à leur donner vie. Surtout quand on la voit célébrer sur scène avec un public conquis. C’est un discours qui peut paraître bateau, de devoir s’accrocher à ses rêves pour vivre heureux. Mais quand quelqu’un en témoigne et vous plonge dans ses expériences avec sa musique, on se prend à y croire et ça réchauffe le cœur. OSO sort la tête de l’eau, prend une grande respiration. La vie commence et on sent en nous un peu plus de courage pour poursuivre nos rêves.
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LE MALENTENDU (+) INNER_CHILD est disponible via OSO.
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Texte Antoine Clairefond Le Rapporteur
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