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On retrouve Blu Samu dans l’espace artistes de We Love Green. Elle arrive en courant, encore traversée par l’énergie de son passage sur scène, laissant derrière elle une conversation sous la tente aux coussins moelleux où chacun cherche un peu d’ombre et de fraîcheur. Souriante, disponible, profondément simple dans sa manière d’être, elle parle sans distance. Un peu plus tôt, elle ouvrait la journée avec un set généreux, fidèle à ce qu’elle dégage : une énergie lumineuse, que le public a tout de suite saisie, avant de la lui rendre.
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Blu Samu affiche un large sourire. « Merci, j’étais très très contente », confie-t-elle d’emblée. Le public, dit-elle, était « très donnant », ce qui a rendu le moment particulièrement fort. Jouer sur cette scène était aussi impressionnant, d’autant plus en ouvrant presque la journée. Alors, pour tenir face à la pression, elle a sa méthode : « Faut sourire pour pas avoir trop peur aussi », dit-elle en riant. « Toujours rentrer avec un grand sourire et juste dire : vas-y, on y va. »
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Des plans grands comme la vie
Quand on l’interroge sur cette phrase d’Adeus, son dernier single « I have big plans for myself », Blu Samu répond d’abord loin des ambitions de carrière attendues. Ses « big plans », ce sont une maison « avec deux étages, vraiment mignonne, un peu un petit château, mais pas énorme non plus, avec un petit jardin ». Elle s’imagine y vivre avec ses proches : « j’habite dans une communauté avec mes potes parce qu’on est tous des créatifs et qu’on a gagné assez de sous pour acheter de la terre ensemble ». Dans cette vision idéale, ils « créent juste plein d’art », le partagent avec le monde et vivent de manière « self-sufficient ».
Avant de préciser, presque surprise elle-même : « Ah, tu pensais dans ma carrière ? » Bien sûr, elle veut que « la carrière continue à grandir », mais elle explique surtout qu’elle se sent déjà « tellement riche » dans sa vie, « avec [ses] buds », avec « [leur] liberté dans la créativité », que la suite lui semble presque naturelle. « Moi, je vais tout le temps continuer à créer », résume-t-elle. Une manière de rappeler que, chez elle, l’élan artistique dépasse largement la seule logique de réussite.
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Bruxelles, le vrai point de départ
Dans son parcours, le collectif 7-7 a compté. « Les garçons m’ont un peu aidée à commencer dans la carrière musicale », raconte-t-elle. À l’époque, installée à Anvers, elle avait « plein d’idées », « plein d’envie », mais pas encore les moyens ni les productions pour avancer comme elle le souhaitait. L’un des membres l’a vue performer et l’a invitée à venir à Bruxelles, où un studio était installé dans leur lieu de vie. Aujourd’hui encore, même si chacun développe ses projets, « on est tous encore en contact ». Mais c’est bien Bruxelles qui semble avoir été le vrai point de départ. Partie d’Anvers avec l’impression que « tout arrivait à Bruxelles », elle confirme aujourd’hui : « Depuis que je suis à Bruxelles, je trouve que tout arrive à Bruxelles et c’est trop bien ». Et elle le dit sans détour : « Moi, je suis très, très heureuse à Bruxelles ».
Si elle est arrivée en Belgique via Anvers, ce n’était pas un choix personnel. « C’est ma mère qui est partie à Anvers », explique-t-elle. Elle l’y a rejointe à l’âge de six ans. Mais avec le recul, Blu Samu le dit franchement : elle n’aurait pas choisi Anvers. « Direct, du début, on skippe toute la partie Anvers là et on est directement où on doit être », lance-t-elle, en parlant de Bruxelles.
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Créer à l’intuition
Sur Adeus, justement, elle flirte avec le fado. Blu Samu, elle, refuse d’en faire une construction trop théorique. « J’aimerais trop avoir une réponse hyper belle », sourit-elle, « mais j’ai aucune idée ». Pour elle, tout est venu très simplement : « J’ai entendu les notes que Sam [Tiba] avait jouées et je me suis dit : ‘ah ouais, c’est ça qu’il faut faire dessus’. Et j’ai juste chanté ». Ce n’est qu’après coup qu’elle a identifié cette parenté : « Je me suis rendu compte après. J’étais là : ‘ça sent en fait fado là. Ok, cool, stylé’ ». Mais, insiste-t-elle, « ce n’était pas un truc conscient ».
Car Blu Samu fonctionne à l’intuition. « Quand je crée, je n’ai pas trop l’idée. Je ne sais pas en avance trop ce qui va… » Elle se décrit comme « une petite antenne » : elle attend, capte, puis crée. « Après, ça se dévoile un peu pour moi aussi », explique-t-elle. « Donc parfois, je suis aussi dans le noir comme vous. » Cette manière de travailler, elle la partage pleinement avec Sam Tiba, avec qui l’entente semble évidente. « Je l’adore. Il est trop fort. Il est incroyable », dit-elle. « Nous, on a trop matché musicalement. Il me comprend trop bien. » Même quand elle lui décrit des sensations très abstraites : « je voudrais trop une chanson, genre je suis au fond de l’océan et y’a toute la pression d’eau, c’est lourd et en même temps c’est aussi silencieux », il parvient à traduire ses images. « Créer avec Sam, c’est juste trop chouette. »
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Le mouvement comme philosophie
Cette liberté, on la retrouve aussi dans son apparence. Blu Samu aime changer. « J’ai coupé mes cheveux », raconte-t-elle simplement. « J’aime bien changer de look. » Pour elle, cela fait partie de sa manière d’être au monde : « essayer des trucs différents ». Côté vêtements, elle dit rester très attachée aux friperies, tout en s’autorisant quelques découvertes plus pointues, comme Façon Jacmin ou Gabi by Gabster, une créatrice belgo-portugaise dont elle a déjà porté les pièces sur scène. Le jour de l’interview, sa tenue de scène venait d’Acne Studios, grâce à « un petit prêt ». Elle en rit : elle les aime « beaucoup », les trouve « très stylés », mais précise aussitôt que, quand elle achète elle-même, « c’est économie ».
Ses tatouages racontent, eux aussi, une philosophie de vie. Celui qu’on aperçoit sur scène, une femme qui danse, symbolise « la femme qui est toujours en mouvement » et rappelle « de rester toujours en mouvement pour ne pas rester bloquée ou stagnante dans sa vie ». « Le mouvement, c’est la vie », résume-t-elle. Plus largement, chacun de ses tatouages correspond à « des phases » de son existence, à des moments qui « ont trop laissé une marque » sur elle. Elle les envisage comme autant de souvenirs à garder « pour toujours ». Avec le temps, elle imagine son corps comme une archive vivante, « comme une histoire », qu’elle pourrait un jour raconter à ses enfants ou à ses petits-enfants.
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Toujours capter ce qui vient
Pour la suite, Blu Samu reste fidèle à sa méthode : « comme toujours, je suis avec ma petite antenne ». Elle crée « beaucoup de musique » et se donne une nouvelle mission : « intégrer encore plus les sons ensemble ». Après avoir mêlé « plein de chants » dans un album, elle veut maintenant pousser encore plus loin cette recherche à l’intérieur même d’un morceau. Et, au fond, son programme tient en quelques mots simples : « continuer à faire de la musique, continuer à faire des scènes ».
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(K)NOT est disponible via Animal63. En tournée.
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Texte Lionel-Fabrice Chassaing
Image de couverture @blusamu/Droits réservés
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