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Avant même de penser la mode comme un système, Basile Pelletier la vit comme un prolongement de ses relations, de ses images et de ses obsessions. Photographe, étudiant en cinéma et cofondateur de la marque Humanitas, il développe un univers sensible où l’intime dialogue avec la mise en scène.

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Peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours ?

Je m’appelle Basile. J’ai commencé assez tôt, au collège, en faisant des images avec mes amis. On faisait aussi de la musique ensemble, ça m’a poussé à créer. Puis au lycée, je récupère les appareils argentiques de mon grand-père, et là, je commence à photographier tout le temps : mes proches, mon quotidien, tout ce qui m’entoure. Après le bac, j’intègre École Kourtrajmé, dans la section image dirigée par JR. Ça m’ouvre à l’art contemporain, à la manière dont il se construit et se montre. On expose notamment à la Galleria Continua ou au Centquatre à Paris. J’expérimente beaucoup : photo, installation… En parallèle, je cofonde la marque Humanitas avec mon ami Antoine (Markovic, NDLA). On crée à la fois des vêtements et des campagnes. On a notamment développé des projets à Budapest ou à Venise, toujours avec une forte influence cinématographique. Aujourd’hui, je suis aussi en fac de cinéma, où j’explore davantage les théories de l’image. Je suis parti six mois à Taïwan en Erasmus, où j’ai réalisé une série intitulée Un temps pour vivre, inspirée de mon mémoire sur le nouveau cinéma taïwanais. Ce travail a été exposé à la Villa Noailles, après avoir reçu le prix American Vintage en 2024.

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Un temps pour vivre – Basile Pelletier

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Dans ton travail, il y a une forte dimension intime. Qu’est-ce que tu cherches à capter ?

J’ai commencé en photographiant mes amis, donc forcément, ça parle beaucoup d’amitié, de relations, de ma propre vie. Je travaille très rarement avec des modèles professionnels. Avec Camille Amandine, avec qui j’expose, il y a une vraie dimension intime : on se connaît depuis l’enfance, on photographie notre cercle proche, souvent dans des lieux chargés de souvenirs, comme sa maison en Bretagne. On se photographie mutuellement, parfois même nus, mais sans aucune volonté de sexualiser les corps. C’est plutôt une recherche de pureté, de simplicité. Les vêtements peuvent parfois être un artifice. Le nu permet d’atteindre quelque chose de plus brut, plus vrai.

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Basile Pelletier

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Tes images naviguent entre réalité et fiction. Comment construis-tu cette frontière ?

J’aime raconter des histoires, mais aussi mélanger documentaire et mise en scène. Dans mes expositions, certaines images sont prises sur le vif , presque comme des souvenirs de vacances et d’autres sont construites. Ce flou m’intéresse beaucoup. Il crée un doute chez le spectateur, une ambiguïté sur ce qui est réel ou non.

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Qu’est-ce qui déclenche une image chez toi ?

Parfois, c’est très spontané : je vois mes amis, un lieu, une lumière et je capture le moment. Il y a toujours cette envie de figer le temps. J’ai une vraie peur de grandir, de voir les choses disparaître. Mais je suis aussi très influencé par le cinéma. Par exemple, après avoir vu Au hasard Balthazar de Robert Bresson, j’ai eu envie de travailler avec un âne. Les films, les décors, les gens qui m’entourent, tout devient source d’image.

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Humanitas, ça signifie quoi pour toi ?

Humanitas vient du latin, à l’origine du mot humanisme. Ça évoque la culture, la civilisation, mais aussi la bienveillance. Ce n’est pas forcément un concept que j’essaie de théoriser à tout prix, mais c’est présent dans notre manière de créer. On s’inspire de ce que l’humain produit, de sa capacité à créer de la beauté, à provoquer des émotions. Dans nos défilés, par exemple, on fait défiler nos amis. Il y a cette envie d’incarner les vêtements, de garder quelque chose de libre et d’humain.

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Humanitas, c’est une marque ou un projet artistique ?

C’est un équilibre entre les deux. Bien sûr, avec mon ami Antoine Markovic, cofondateur, nous souhaitons entrer dans l’industrie, vendre des vêtements, mais on veut garder une liberté créative forte, dans les campagnes, les défilés, les formats. Le fait de travailler avec nos proches, de ne pas être enfermés dans des codes trop stricts, ça nourrit cette liberté.

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Humanitas AW26, Look 8 – Dana, photographed by @ninedavid

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Créer aujourd’hui, est-ce une forme de résistance ?

Oui, forcément. Dans un monde où l’IA et les images sont omniprésentes, créer, c’est faire des choix : qu’est-ce qu’on montre, qu’est-ce qu’on dit, quelle émotion on provoque ? L’art reste essentiel. Sans ça, le monde serait beaucoup plus triste.

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Un conseil pour les jeunes créatifs ?

S’entourer. Pour moi, c’est essentiel. Mes amis sont une vraie force, on s’entraide énormément. Et même si je n’y arrive pas toujours moi-même, je conseillerais aussi de trouver un médium et de s’y consacrer vraiment. Explorer en profondeur, sur la durée. C’est comme ça qu’on développe quelque chose de fort.

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Basile Pelletier, 2025

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Texte Hanaé Mamoun

Image de couverture Basile Pelletier 

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