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Dans le silence du confinement, une étoile est née à Montreuil. Comédienne devenue muse de la musique, le talent de Manon Gilbert a fleuri sous les projecteurs et dans les transformations mêmes de son corps. Après avoir été finaliste de l’émission The Artist sur France 2, sorti un premier projet Gronde (Coup de cœur Charles Cros 2023), la rappeuse Petite Gueule, à la fougue et l’authenticité communicatives, est devenue maman. S’inspirant de ce qu’elle vit pour écrire et composer, elle réalise son deuxième album, L’étreinte.

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Le lien de coïncidence

Dans son premier projet Gronde, Petite Gueule annonce en chanson, l’ambition de continuer à écrire. L’étreinte musicale qu’elle découvre dans son confinement se transforme, des années plus tard, à l’intérieur d’elle comme une peur qu’il faut transmettre sans tabou, avec beaucoup de passion et d’amour. De ces anciens titres, elle les voit à présent comme une mémoire à revisiter, toujours dans son intention d’authenticité pure face à ses émotions, qu’elle accouche en musique : « J’ai remarqué en répétant que les dernières paroles de Gronde parlait d’étreinte. Les paroles ‘Écrire la suite’ est lié dans le sens où j’ai voulu laisser une fin ouverte, c’était un point d’orgue de mon inspiration à venir. J’utilise le mot étreinte sans savoir qu’il allait devenir le titre de mon deuxième album »Aujourd’hui, Manon nous livre un texte puissant sur l’accouchement en featuring avec le groupe d’électro-tango Tangomotán. Ensemble, ils parviennent à exprimer toute la violence, la peur et l’émotion que ce moment représente. Viscéral, sa fougue héréditaire, descendante directe de sa figure maternelle, change au fil du temps ; sa maturité est perceptible dans des paroles qu’elles voudraient, à présent, refondre : « Mon impression est que nous sommes une génération de femmes qui ont dû régler les traumatismes d’une lignée. Cette chanson m’a aidée à comprendre toute la complexité du lien entre une mère et son enfant. Elle m’a permis de construire un échange plus serein avec la mienne aussi. Pendant longtemps, je ne l’ai pas rechanté et si c’était à refaire, je n’écrirais pas ce morceau de la même manière »Désormais, Petite Gueule sait « ce que c’est d’être une maman » et ce lien, épidermique, est une source d’inspiration profonde pour elle. Cette énergie transmise d’une femme à l’autre est à l’origine de son rap : « Il y a une sorte de colère en moi et d’agressivité qui est justement quelque chose d’assez viscéral. Le rap est une musique qui me permet de transcender ça et de le sublimer ».

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Croissant de lune bientôt pleine 

Dans toutes ses interrogations autour d’un corps qui change, la grossesse vécue pendant les trois premiers mois en pleine tournée, Manon apparaît comme un modèle de femme qui prouve que vivre un art tout en assumant des responsabilités est possible. Dans cet album dédié à l’amour qu’elle porte à sa fille Mina, elle transmet aussi la force d’une génération qui se veut libre d’être fidèle à son identité animale tout en réalisant ses rêves : « C’est difficile quand tu es artiste de se dire que tu vas réussir à être maman en même temps. J’avais beaucoup de peur liée à ça. Cet album est aussi pour dire que c’est possible, que toute la vie ne change pas et que l’on peut rester soi-même. La grande question actuelle est de savoir s’il y a la carrière ou l’enfant. Ce n’est pas l’un ou l’autre, c’est les deux »Entourée d’une équipe féminine et bienveillante, sa conscience subtile a évolué en même temps que ses propres limites scéniques. 45 concerts pendant sa grossesse : « C’est son intermittence dans le ventre. C’était super et je sens aujourd’hui qu’elle réagit à la musique. Avoir été dans le vent et le fait d’avoir ressenti les vibrations, cela a créer une connexion ». 

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©Justine Schmitt

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Avocate de son image

Les battements du cœur de Mina, sauvegardés comme souvenir parental, ont ensuite constitué la première vague de son morceau L’étreinte. L’écriture a pris du temps : il a fallu du recul, parfois long, pour raconter toute cette mutation psychologique et physique : « Je me suis mise à écrire au bout de mes cinq mois de grossesse. J’avais besoin de comprendre ce qu’il m’arrivait. Avant l’accouchement, j’ai eu six jours de contractions. À un moment, l’inspiration fut instinctive pour le raconter. Branchée à la machine, quelque chose défile. J’ai pris ce son pour nous mais aussi car je savais que j’allais certainement m’en servir »Le réalisme de ces deux cœurs battants, elle le raconte dans les paroles qu’elle chante au piano, Le ruban. Artiste sanguinolente, ce titre n’est pas sans rappeler celui de son premier projet Moi j’crois aux fées. Dans un anonymat total pendant les premières semaines, Pompon est composé dans le secret : « La grossesse n’était pas encore annoncé et il fallait composer une chanson qui rime avec pantalon lors d’un atelier d’écriture »Progressivement, l’album prend vie, comme sa fille, en parallèle d’une inspiration qui « rayonne en t’attendant ».

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Le choix des instruments pour Bola et L’étreinte ?

« Avec les cordes, il y a tout de suite quelque chose de très émouvant. Bola est uniquement des sons de contrebasse et le monitoring des contractions. J’avais envie que ça rappelle l’intérieur d’un ventre, quelque chose de très terrien et de très enveloppant. C’est rond, mais au même temps, ça déchire le cœur. » C’est dans ses teintes musicales, que la collaboration avec Tangomotán est apparue comme une évidence. D’un langage commun pour la fusion du rap et de l’électro-tango, les deux identités se rejoignent pour construire la mélodie que chaque maman se remémore comme instant de vie : « Il y a le côté puissant, tendu et en même temps lyrique qui s’allie au sublime avec les cordes. C’est une beauté dont le rap s’empare pour rajouter une hargne d’urgence. Nous avons composé le morceau ensemble. Il y a du bandonéon, du violon, clavier, de la contrebasse et de l’électro. Tout ».

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La continuité à trois 

Direction artistique improvisée, Manon a su transmettre son héritage musical familial, dont son père fut le précepteur. Protecteur de son talent, elle chante toute la lumière d’un amour familial qu’elle construit de ses propres mains, avec son compagnon et sa fille. Souvenirs photographiques, ils en deviennent l’identité visuelle. Justine Schmitt a su capturer la sensibilité et tout le poids moral de porter sa famille, dans une douceur qui ne dénonce aucun sacrifice, car il n’en existe pas dans cette histoire : « C’étaient d’abord des photos pour le souvenir de ce corps. À un moment dans le shooting, on a pris un quart d’heure pour faire quelques clichés en mode Petite Gueule parce que l’on ne sait jamais. Quand on regarde la couverture, on a vraiment ces deux univers : Petite Gueule et la maternité. La photographie du bas, on l’a fait seule, à deux et à trois avec Mina. Elle est miniature dans l’album, c’est le petit clin d’œil ».

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L’étreinte est disponible via Adone Productions. En tournée et à Paris le 18/05 (XIème), le 22/05 (Manufacture), le 28/05 (XIème), le 20/06 (Conservatoire Charles Münch) et le 03/11/2026 (L’Européen).

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Texte Andréa Martins

Photo de couverture Justine Schmitt

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