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Une vingtaine d’années d’expérience sur les épaules, l’américaine ne montre aucun signe d’essoufflement dans ce neuvième album aux envolées folk et doom. Chelsea Wolfe, née sous le signe du Scorpion dans l’État californien en 1983, a su s’imposer comme la voix de tête de la scène dark pop, inspirant les nouvelles générations d’un Americana hanté, d’Ethel Cain en passant par le metal angélique de Saint Avangeline et l’ambient de Midwife.
Déjà à la sortie de son premier disque, The Grime and the Glow (2010), la chanteuse débarque en grande pompe dans l’industrie. Arborant le même long habit noir sur fond de paysage désolé que l’on retrouvera dans ses prochains albums (Hiss Spun, Birth of Violence et The Dark), Chelsea Wolfe introduit déjà les prémices de ce qu’on reconnaîtra comme sa signature : une production lourde, surchargée, accompagnant une voix qui voltige entre soupirs graves, envolées lyriques et cris glaçants.
C’est par la suite avec les textes fondateurs que sont le gothic rock Pain Is Beauty (2013), et Hiss Spun (2017) qu’elle se hisse au rang de grande prêtresse de la doom-folk aux côtés d’Emma Ruth Rundle et Anna Von Hausswolf. Après son virage trip-hop darkwave très réussi dans She Reaches Out To She Reaches Out To She, pic de sa discographie, Chelsea Wolfe retourne à ses racines rock dans The Dark.
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Une composition en clair obscur
On y retrouve la Californienne en pleine exploration de la noirceur, celle de son âme, mais aussi celle du monde et de la vie. Fidèle à elle-même, l’artiste nous offre un nouveau disque tout aussi brumeux que les précédents, puissant dans sa vulnérabilité exposée au monde. Cette fois-ci cependant, elle ne cherche pas à éloigner les ténèbres de son esprit, mais les laisse la guider ; de victime elle passe à entité « qui se laisse entraîner dans la forêt » comme elle l’explique dans le morceau éponyme.
L’album se révèle, à l’instar de sa couverture, en chiaroscuro. Il monte crescendo au fil des chansons, l’obscurité opposée à la lumière, les basses épaisses aux chants éthérés. Death is Not the End en est l’exemple le plus parlant : démarrant en douceur, une voix presque chuchotée sur de l’acoustique, le morceau explose en milieu de route, ses vocalises se font plus puissantes, atteignant jusqu’au hurlement, sur une instrumentation doom-sludge retentissante. Pourtant l’album laisse, ironiquement, une impression en demi-teinte.
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Une réévaluation chancelante
Si la production de ce disque recèle d’une richesse et d’une complexité surpassant encore ses précédents disques, le doom, metal industriel, la folk, et la pop fusionnés avec une dextérité indéniable, l’album souffre parfois de ses proclamations coutumières. C’est ainsi le cas avec l’ouverture, Cold, qui évoque malheureusement trop Florence + the Machine. Jamais mauvais pour autant, le disque s’éloigne parfois de la patte unique de Chelsea Wolfe.
Ses meilleurs titres, Seethe, Humours, Turn the Key et Death Is Not The End, tirent leur puissance de leur prouesse lyrique et de la collaboration. Celle des voix des islandaises de Kælan Mikla, ou encore du guitariste de Nine Inch Nails, Robin Finck, qui accentuent des mélodies abrasives. Les paroles y sont à leur point culminant, mêlant fragilité assumée et métaphores folkloriques (« Let it wash over / Unspoken / Like the mouth that eats the tail » dans Death Is Not The End). Pour la première fois, Chelsea Wolfe a également fait appel à une autrice-compositrice, Jennifer Decilveo, pour la co-écriture de ses textes, choix dont il faudra juger le résultat par soi-même.
The Dark marque un tournant dans la musique de l’artiste : prise d’un désir de retour à soi et de recherche d’une identité propre délaissée, il marque une réévaluation de sa direction artistique. À la fois novateur et nostalgique, il cherche de nouvelles voies d’expression, non sans failles mais avec le don, toujours, de nous envoûter dans son monde le temps d’un tour de disque.
The Dark est disponible via Loma Vista/Concord Label Group. En concert à Paris (Casino de Paris) le 16 décembre 2026.
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Texte Marie Hascoët
Image de couverture © Michael Lamertz
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