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Par une journée de canicule de juin, LA PRIEST rencontre la presse dans les locaux de son label. Dès notre entrée, il revient sur son choix de tenue pour la partie filmée de notre entretien, cherche dans sa valise ce qui lui conviendrait. Sam opte finalement pour une tenue trop chaude pour la chaleur ambiante. Il ne cessera de se lever pour prendre l’air à la fenêtre, alternant avec des gorgées d’eau. Nous découvrons un Sam prenant son temps pour répondre à nos questions, à quelques semaines de la sortie de son nouvel album, Into the Sky.
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Sam Dust, ex-Late of the Pier, aujourd’hui derrière le projet LA PRIEST, n’a pas de discours tout prêt sur sa musique. Il lui faut toujours repartir d’un souvenir, d’un lieu, d’un objet précis.
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Tu as commencé par la contrebasse. Pourquoi cet instrument ?
Quand j’avais 12 ou 13 ans, mon frère s’est mis au violoncelle. J’aimais vraiment le son, mais je ne voulais pas le copier. Alors je suis allé encore plus loin dans l’autre direction : plus gros, plus audacieux.
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Face à ses parents, l’argument pratique arrive vite : comment transporter une contrebasse partout quand on est adolescent ? Sam Dust assure qu’il la portera, qu’il se débrouillera. « Je me souviens avoir été très têtu à ce sujet. Je l’ai peut-être fait pour prouver quelque chose. »
Ce premier souvenir installe déjà une constante chez Sam Dust : le détour et l’obstination. La contrebasse lui laisse des ampoules et des coupures ; un nouvel instrument va bientôt lui apprendre un autre geste : capter une idée avant qu’elle ne file.
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Vous enregistriez beaucoup de choses avec un dictaphone. À quoi cela servait-il ?
J’enregistrais des choses comme le son du réveil sur un ferry. Je l’ai vraiment enregistré, puis transformé en chanson.
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LA PRIEST n’attend pas que l’inspiration arrive en mélodie ; il la cueille dans un signal utilitaire. Le dictaphone devient un carnet sonore. « C’est comme un notebook. On peut utiliser ses pensées au lieu de simplement les perdre. Use it, not lose it. »
Cette phrase pourrait résumer une bonne partie de sa méthode. Enregistrer, pour lui, c’est sauver une impulsion avant qu’elle ne s’évapore. Longtemps, Sam Dust ne « composait » d’ailleurs pas vraiment : les morceaux surgissaient, il fallait seulement les attraper. Mais à mesure que la vie devient plus bruyante, les chansons ne « poppent » plus magiquement dans sa tête avec la même régularité. Pour terminer Fase Luna (2023), le label lui demande un morceau supplémentaire. Il n’a rien. Alors il pousse cette logique de capture jusqu’à l’excès : vingt chansons par jour, presque cent en une semaine, pour en garder une seule. « C’était comme un baptême du feu. »
De la contrebasse portée malgré tout aux chansons écrites à cadence folle, une même idée se dessine : la contrainte devient un moteur. Ce rapport à l’inconfort revient souvent dans la conversation. Sortir de sa zone de confort n’est pas pour lui une formule de développement personnel, mais une méthode de travail. Il se souvient de ses premières scènes, de cette peur très concrète avant de monter jouer. « Tout en moi disait : ne fais pas ça. Comment je peux sortir de là ? » Puis vient la récompense, ce moment où le risque cesse d’être seulement angoissant et devient productif. « Si je le fais, quelque chose de magique peut arriver. »
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Cette idée de faire quelque chose qui vous fait peur est-elle importante dans votre manière de créer ?
J’ai toujours pensé que je devais faire quelque chose d’effrayant, même si ce n’est effrayant que pour moi. Si on ne fait jamais rien qui fait peur, on n’apprend rien.
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Il nuance aussitôt : il ne s’agit pas de chercher le danger pour lui-même, mais d’identifier les moments où la peur indique peut-être une direction à suivre.
Après ces années à multiplier les départs possibles et les bifurcations, Into the Sky prend le chemin inverse : moins d’accumulation, davantage de continuité. Comme si, après avoir appris à accueillir la peur et le chaos, LA PRIEST essayait cette fois de rester plus longtemps dans une même sensation.
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Into the Sky paraît plus calme, moins directement groovy, peut-être plus sérieux. Était-ce intentionnel ?
C’est probablement la première fois que j’ai essayé de rester un peu plus fidèle à un thème, au moins musicalement. De ne pas tenter de faire sonner chaque morceau différemment.
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Là où ses précédents disques jouaient volontiers la surprise musicale permanente, celui-ci cherche à « construire sur une sensation ». Il limite volontairement les outils : une boîte à rythmes, un synthé (deux finalement), et accepte une forme de répétition qu’il aurait auparavant cherché à contourner. « Il y a peut-être une humeur, une sincérité. Et c’est aussi quelque chose de difficile à faire : essayer d’être sincère, et pas seulement fantastique tout le temps. » Le mot est important. Chez LA PRIEST, la sincérité ne signifie pas dépouillement absolu, mais une forme d’abandon contrôlé : accepter qu’un motif revienne et qu’un album devienne une trajectoire.
Cette volonté de tenir une ligne se retrouve jusque dans la genèse très particulière du disque. Les démos, explique-t-il, n’étaient pas des chansons compactes de trois minutes, mais de longues plages, parfois vingt minutes chacune. À l’origine, Into the Sky aurait presque pu durer deux heures. Il sait pourtant qu’il ne peut pas vraiment sortir cette version : trop de choses ont été coupées en chemin. « Ça ressemblait davantage à de la méditation », dit-il. Pendant l’entretien, il s’interrompt même un instant, pris par la chaleur : « I’m just overheating again. I’m going to just need to breathe ». La scène, involontairement, prolonge l’idée du disque : ralentir, respirer.
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Vous avez aussi dû accepter davantage la répétition ?
Dans le passé, j’essayais toujours de mettre des surprises partout. Je me disais : je ne peux pas répéter ça.
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Sur ce disque, au contraire, il apprend à laisser les choses durer. Certains motifs reviennent jusqu’à devenir presque hypnotiques, comme si la chanson refusait de prendre un autre chemin. « Parfois, on ne peut pas vraiment contrôler où va un morceau. » Il reconnaît pourtant que ce lâcher-prise ne va pas de soi : « J’ai encore un peu de mal à m’y faire ». Cette tension est peut-être l’une des clés de Into the Sky : LA PRIEST y renonce par moments à l’agitation inventive, sans que la persistance devienne pour autant un confort.
Une fois cette matière étirée réduite à un album, reste encore à lui donner un mouvement. Il évoque alors l’aide d’Alex Ridha, alias Boys Noize, dans l’organisation du disque. L’idée n’est pas de placer les morceaux les plus efficaces au début, comme le voudrait une logique commerciale, mais de penser l’album comme un concert : garder de l’énergie pour la fin, ménager une montée, éviter que l’attention retombe à mi-parcours. Du studio à la scène, la même question revient : comment faire tenir une forme sans l’affadir ?
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Vous avez aussi utilisé vos propres machines sur ce disque ?
Oui. J’ai utilisé quelques instruments Gene. Je suis revenu à ma première boîte à rythmes, qui a un son très naïf, avec des sons percussifs très doux, presque apparus par accident.
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Il cite le morceau Sailor comme exemple : « Sailor commence tout simplement par toutes ces sonorités percussives bizarres, ces petits sifflements, ces sortes de cloches ». Puis il évoque son synthétiseur polyphonique, né en France, dans une ferme du Lot-et-Garonne, près de Fumel, dans un coin très isolé. Il se revoit dans un hangar au milieu de la campagne, entouré de machines, « frénétiquement » occupé à trouver quelque chose de musical. Le premier essai sonne comme une flûte désaccordée ; il pense ne jamais y arriver, abandonne cette piste, puis recommence entièrement. Il construit alors un instrument où chaque note possède son propre circuit, capable de produire ces petites mélodies aiguës et sucrées lorsqu’on passe la main dessus. Il l’appelle Polygene : un Gene polyphonique.
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Cette dimension artisanale ne s’arrête pas au studio. LA PRIEST les commercialise aussi ses instruments : sous le nom Gene, via une petite boutique dédiée aux Gene Synths. Transformer Polygene en objet reproductible lui a pris du temps, mais il continue d’y trouver du plaisir : à chaque nouvel exemplaire, dit-il, il s’assoit encore pour le jouer « plus longtemps qu’il ne devrait ». Où qu’il vive, il fabrique : au Canada, en France, au Mexique. Le Mexique, raconte-t-il, complique les choses, car il n’est pas censé exporter s’il n’est pas résident. Résultat : il fabrique plusieurs synthés, puis attend de prendre l’avion pour les transporter lui-même dans un sac.
De la méditation des démos au bricolage des circuits, le fil reste le même : essayer, se tromper, recommencer, jusqu’à ce qu’une forme apparaisse. Il y a quelque chose de presque romanesque dans ce récit : un musicien anglais installé quelque temps dans une ferme française, entouré de câbles et de machines inachevées, cherchant dans un hangar isolé un son qui ne soit pas seulement fonctionnel mais vivant. Cette manière de recommencer depuis zéro, de ne pas se contenter du résultat acceptable, rejoint l’obstination de l’adolescent face à sa contrebasse.
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Pourquoi construire vous-même vos instruments ou même vos lumières de scène ?
Je n’ai jamais vraiment aimé les instruments ou les lumières standard, achetés en magasin. Tout paraît plus personnel comme ça.
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Pour ses concerts, il bricole aussi les dispositifs lumineux, les guitares, les machines. Non par pur fétichisme technique, mais parce que ces objets font partie de l’identité du show. « Peut-être que ça me donne l’impression de ne pas être seul sur scène. » Puis il sourit à l’idée : « Ce sont mes amis. Ils ont l’air de personnages, d’amis venus de la maison ».
Ce refus du standard glisse naturellement du studio vers la scène. Les lumières ne sont pas seulement là pour éclairer ; elles deviennent une extension de la musique. Il reconnaît avoir passé beaucoup trop de temps à construire le petit dispositif lumineux qu’il utilise ce soir-là. « Je me dis toujours que je peux le faire pour moins cher, et le personnaliser un peu à la fin », dit-il, avant d’ajouter que ça prend forcément plus de temps. Sa guitare, elle aussi, est « pretty DIY ». Tout pourrait être plus simple avec du matériel acheté tel quel, mais LA PRIEST semble chercher autre chose : une scène où chaque objet raconte déjà un peu son histoire avant même que le morceau commence.
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Vous aimeriez pourtant rejouer avec de « vrais » musiciens ?
Oui, bien sûr. J’aimerais de vraies personnes, évidemment.
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Il plaisante sur le fait qu’il dit cela depuis le disque précédent, avant de replonger dans un album très électronique. Il nuance aussitôt : avoir un groupe, quand on fait de la musique électronique, « ce n’est pas le plus important », concède-t-il, avant d’ajouter, presque en contradiction avec lui-même : « Mais c’est cool quand même ». L’envie demeure malgré tout : retrouver des musiciens, peut-être un batteur, et bientôt des guitares. « Je vais revenir aux guitares bientôt. Là, ce sera une bien meilleure raison d’avoir un groupe. »
La conversation pourrait s’arrêter sur cette image d’un musicien entouré de ses machines-compagnes. Mais elle bifurque, comme souvent avec lui, vers un autre possible : les concerts à venir, les festivals. Il raconte qu’une personne croisée la veille lui a parlé d’un possible plan, puis se souvient de Pohoda, en Slovaquie : il avait traversé la France en voiture pour s’y rendre, mais une tempête surgie de nulle part avait emporté les tentes et entraîné l’annulation du festival. « That would have been my festival two years ago », dit-il, avant de s’excuser de parler lentement, peut-être à cause de la chaleur.
Quand l’entretien touche à sa fin, il ajoute : « J’espère que tu pourras retranscrire nos échanges ». Même le nom du projet devient une anecdote. Faut-il dire L.A. Priest ou LA PRIEST ? Lui-même reconnaît glisser de plus en plus vers « la priest », grammaticalement incorrect, tout en rappelant qu’il y a bien deux noms dans ce projet. Sa conclusion tient presque du mode d’emploi : « Have fun with it ».
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Into The Sky est disponible via Domino Recording.
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Texte Lionel-Fabrice Chassaing
Image de couverture Joseph Bird
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