C’est à sa sortie de scène que nous rencontrons Berre (prononcez Bérré) pour cet échange. Auréolé de quatre disques d’or, d’ un disque de platine et récemment d’un Music Industry award , équivalent de nos Victoires, pour son album I’ll Call You When I’m Home , le jeune homme est toujours en doute. Son nouvel EP, How Beautiful This Life Is sorti, il débute dans la foulée sa première véritable tournée européenne en tête d’affiche. Après les festivals et les grandes scènes belges, de l’Ancienne Belgique à Pukkelpop et Rock Werchter, Berre choisit cette fois l’intimité des clubs et des théâtres pour se rapprocher de son public. Rencontre avec un artiste solaire.
Un concert, une connexion
Quand il monte sur scène, Berre ne pense pas à convaincre qui que ce soit. « J’essaie juste d’apprécier le moment », confie-t-il. Lors de ce concert, la foule était réceptive : « Heureusement, il y avait beaucoup de gens qui dansaient et qui bougeaient. C’était vraiment fun. C’est un échange, une énergie qu’on capte en direct. Quand je vois les gens réagir, je me sens connecté à eux, et c’est ça qui me donne encore plus d’envie sur scène. » Une fois la première chanson passée, la tension s’évapore, et l’artiste peut savourer l’instant.
La salle, plus intime que celles auxquelles il est habitué en Belgique, offre une proximité particulière. « En Belgique, les salles sont souvent plus grandes. Ailleurs, on joue dans des endroits comme celui-ci, mais rarement avec le groupe au complet. Cela crée une atmosphère chaleureuse, plus intense. Il y a un rapport presque intime avec le public. » Et cette proximité change tout : « Je vois tout le monde dans la pièce, alors que dans une grande salle, c’est plus flou. C’est impressionnant d’avoir les visages juste là, de voir leurs expressions. Cela renforce l’émotion. » D’autant plus qu’il avoue ne pas porter ses lunettes sur scène : « Je ne vois que des silhouettes qui bougent. C’est apaisant. Si quelqu’un me juge, je ne le perçois pas ! »

Un parcours atypique
La musique, Berre l’a toujours eue en lui. « J’ai commencé à chanter vers 12-13 ans, mais c’est avec Creep de Radiohead que j’ai découvert mon grain de voix. C’est devenu naturel. » L’aventure, à l’âge de 14 ans de The Voice Kids n’a pas débouché sur une carrière immédiate, mais elle a révélé une vocation. « C’était une expérience qui m’a appris beaucoup sur moi-même. Je n’étais pas prêt à l’époque, mais cela m’a ouvert les yeux sur ce que je voulais vraiment faire. »
Puis, il y a eu TikTok. « Un ami m’a dit : ‘Tu devrais poster tes reprises’. Moi, je pensais que c’était juste une appli de danse… Je n’imaginais pas à quel point cela pouvait changer ma vie. » La période du Covid lui donne le temps d’explorer cette plateforme, et le succès est fulgurant. « Ma première vidéo a fait 2 000 vues. J’étais choqué ! J’ai compris que j’avais trouvé un moyen de toucher des gens sans être physiquement présent. C’était magique. »
Un passage par l’école et un apprentissage à part entière
Avant de se consacrer pleinement à la musique, Berre a suivi des études en réalisation audiovisuelle à Bruxelles, au RITCS. « J’ai commencé par étudier le théâtre au lycée, mais après cinq ans, j’ai compris que ce n’était pas ce que je voulais faire. J’étais plus attiré par l’idée de passer derrière la caméra. » Il s’oriente alors vers la réalisation télévisuelle : « J’aimais l’idée de capturer des instants, de monter des images en direct, un peu comme ce qu’on voit dans les émissions multi-caméras comme The Voice. C’était fascinant. »
Cependant, la musique finit par prendre le dessus. « Au début, j’ai réussi à combiner les deux. Mais très vite, j’ai réalisé que je ne pouvais plus tout gérer. J’essayais de suivre mes cours tout en développant ma carrière musicale, et ça devenait ingérable. » L’école lui propose alors une alternative : « Ils m’ont dit que je pouvais arrêter temporairement et revenir plus tard si jamais ça ne marchait pas. C’était rassurant de savoir que j’avais cette porte de secours. Un diplôme, c’est bien, mais ce n’est pas toujours nécessaire. Je ne sais pas si la musique va durer éternellement ou si c’est pour deux ans encore. Il est possible que le public en ait assez de moi. C’est aussi une possibilité. Il serait donc bon d’avoir une sorte de sécurité. Mais aujourd’hui, je me sens bien là où je suis. »
Doutes et besoin de sécurité
Malgré son succès grandissant, Berre est lucide sur la précarité du métier d’artiste. « Rien n’est jamais acquis. Un jour, on est sur scène devant des milliers de personnes, et le lendemain, on se demande si tout cela va durer. » Cette incertitude fait partie du jeu, mais elle peut être angoissante : « J’essaie de ne pas trop y penser, de vivre au jour le jour. Je prends mon temps, mais parfois, l’idée que tout pourrait s’arrêter me traverse l’esprit. Je me suis donné cinq ans pour savoir si ma carrière est bonne. Trois années sont déjà passés. »
Son besoin de se sentir en sécurité est une constante. « J’ai toujours eu cette dualité en moi : vouloir me lancer à fond dans la musique, mais aussi garder une certaine stabilité. Peut-être que c’est pour ça que j’avais du mal à lâcher complètement mes études. Mais aujourd’hui, j’ai appris à accepter cette incertitude et à l’utiliser comme moteur pour avancer. »

Musique et écriture : une introspection permanente
Berre ne compose jamais seul. « J’ai besoin de voyager et de partager, c’est plus facile parce que je mets dans la tête que je vais écrire et que je vais cracher toute ma vie à la personne avec qui j’écris. » L’écriture est un processus intense : « Parfois, une chanson naît en trois heures, d’autres fois, il faut quatre jours. Tout dépend de l’émotion du moment. Parfois, j’arrive en studio et j’ai tout prêt dans ma tête, parfois il faut creuser loin. Mais c’est toujours un voyage, et c’est ça qui me passionne. »
La musique est aussi une forme de thérapie. « Avant d’écrire, j’écoutais des chansons et j’y projetais ma propre histoire. J’ai eu le cœur brisé pendant trois ou quatre mois… Puis l’univers m’a dit que je pouvais écrire une chanson. J’ai écrit en une journée. La chanson terminée, je me suis senti soulagé. Aujourd’hui, je peux créer ces histoires moi-même, poser mes propres mots sur mes émotions, et voir que cela touche les autres. C’est le plus beau cadeau qu’on puisse recevoir en tant qu’artiste. »
Un marché belge restreint, des rêves sans frontières
« La Belgique, c’est un petit monde. Tout le monde se connaît. Il y a des artistes qui vivent de leur musique ici, mais j’ai toujours rêvé de voyager. » Pour lui, l’ambition est claire : « J’aimerais partir six mois en tournée, propager ma musique, vivre dans un tour bus miteux, manger mal… Mais partager des moments uniques avec mon groupe. C’est ça, la vraie vie d’artiste. »
Il se rappelle son tout premier concert : « C’était la Fête nationale. 60 000 personnes devant moi. Je n’avais jamais chanté en public, jamais porté d’in-ears. Je étais tellement stressé que j’ai bu du cava. Mauvaise idée. Sur scène, j’ai été submergé. J’ai pleuré de bonheur, de panique… et ensuite, j’ai serré la main du roi et de la reine de Belgique. Rien que ça. »
Depuis, tout a accéléré, parfois trop vite. « J’ai dû apprendre à mon rythme. Mais aujourd’hui, je me sens prêt à passer à l’étape suivante. »
Et la suite ?
« Cette année, j’aimerais jouer plus de festivals, en Belgique et ailleurs. Pourquoi pas en France, aux Pays-Bas, en Allemagne ? J’irai là où on veut de moi. J’ai aussi envie d’explorer de nouveaux sons, de collaborer avec d’autres artistes, de repousser mes limites.» Son objectif reste simple : « Avancer. Prendre du plaisir. Et me battre, chaque jour, pour tout reconquérir. »
How Beautiful The Life Is est disponible via Universal Belgium. En concert à Paris (Boule Noire) le 26 novembre 2026.
Texte Lionel-Fabrice Chassaing
Image de couverture
Version augmentée de l’interview initialement publiée dans le magazine papier Modzik #62
