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Le chat de Baby Rose est resté à Los Angeles, confié à sa cousine. C’est lui, dit-elle en souriant à moitié, qui lui donne aujourd’hui le mal du pays, une sensation nouvelle, pour une femme qui a longtemps affirmé se sentir chez elle partout, du moment qu’elle était dans son propre corps.

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Nous la retrouvons en coulisses, dans sa loge au cœur du labyrinthe de l’Adidas Arena, quelques minutes avant qu’elle n’ouvre pour Giveon en mars dernier. Jasmine Rose Wilson arrive en tenue relax, prête pour un long entretien.

Ce soir, elle joue quinze minutes. Un format court, qui n’a pourtant rien d’anecdotique : il arrive au moment où elle se produit dans les plus grandes salles de sa carrière, en Europe, face à un public qu’elle décrit comme rare. « Je suis simplement reconnaissante d’être ici, reconnaissante de pouvoir me produire ici, en Europe, parce que c’est différent, on accorde plus d’importance à la musique, c’est ce que j’ai constaté. Les gens sont vraiment attentifs, ils sont captivés et enthousiastes à l’idée de découvrir de nouvelles musiques. Quinze minutes, c’est le Super Bowl. Quinze minutes, c’est tout ce qu’il faut. »

 

Baby Rose Paris 03/26 crédit Modzik.

 

Dans ce temps resserré, Baby Rose veut aussi tester ses nouvelles chansons. Elle chantera Friends Again, tout juste sorti, mais aussi un titre inédit, non pour l’offrir simplement au public, mais pour l’observer vivre. La scène devient une manière de vérifier si un morceau tient debout, avant même de penser à en faire un single.

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Leon Thomas et Elmiene : la vulnérabilité comme réponse

L’album, Yearnalism, entre dans la conversation par ses duos. Celui avec Leon Thomas prolonge une première collaboration, mais en inverse les rôles : après avoir prêté sa voix à l’album de Thomas, MUTT, Baby Rose l’invite cette fois dans son propre monde. « Je suis tellement ravie de pouvoir refaire ça avec lui. Parce qu’on l’avait déjà fait une fois sur son album, et j’étais la seule femme à apporter ce point de vue sur l’ensemble du disque. C’était juste moi, à la toute fin, qui répondais enfin à tout ce qu’il avait dit. C’était donc un honneur d’y avoir participé et de remporter un Grammy grâce à I Used To. »

Elle enchaîne, presque malicieuse, sur la genèse du morceau Friends again : « Et puis, pouvoir, dans la foulée de cette victoire, sortir notre chanson que nous gardions en réserve depuis un certain temps déjà. C’est lui qui vient chez moi. Et je lui dis : « Tu vas devoir me désirer ».

Ce qu’elle attend de lui tient en un mot : Yearning, titre de ce nouvel album. « Ce n’est pas une question de fierté, ce n’est pas une question de quoi que ce soit. Quand tu chantes, je veux que tu chantes en puisant dans un véritable sentiment de nostalgie, de désir, d’amour, de perte, de sentiments et d’émotions. Il a donc bien compris ce qu’on attendait de lui. »

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Avec Elmiene, elle travaille un territoire voisin : la vulnérabilité masculine, le refus de répondre par la colère. Une complicité qui se prolonge d’ailleurs au-delà de son propre album, puisqu’elle pose également sa voix sur Honour, l’album d’Elmiene. « J’ai eu la chance qu’il puisse simplement passer au studio. On écrivait ça ensemble, et lui, il aime bien prendre les accords, aller dans sa petite pièce au calme, s’asseoir au piano et les jouer encore et encore. »

Au début, pourtant, la tentation était toute autre : « Il voulait riposter et se fâcher. Et je lui ai dit : ‘Non. Tu dois sauver notre relation. Prends le dessus’ ».

Pour elle, c’est aussi une manière de renouer avec une certaine histoire du R&B, et de donner à voir une autre forme de masculinité. « C’était vraiment génial. Le fait de faire ressortir un côté plus doux, plus vulnérable, à partir d’une perspective masculine dans le R&B, ce qui est devenu beaucoup plus rare. Quand on pense aux origines du R&B, c’est un désir intense, comme sous la pluie, en cuir, dans le désert, toutes ces images-là. Et c’est un peu comme si on devait faire renaître une partie de cette émotion, parce que ça pourrait redonner beaucoup d’espoir et d’amour moderne, tu vois… »

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Jasmine Sonnet, ou l’amour à l’abri des regards

Dernier titre de l’album, Jasmine Sonnet déplace ce rapport à l’amour vers un espace plus intime. La chanson devient une adresse à elle-même, la seule, dans tout l’album, qui ne s’adresse à personne d’autre. « Je m’appelle Jasmine, et j’avais envie de prendre un peu de recul par rapport à cette histoire, ou plutôt par rapport à toutes ces choses qui tournaient autour d’une autre personne, pour m’adresser simplement à moi-même, car je suis toutes les versions de moi-même que j’ai connues : la jeune fille que j’étais, la personne que je veux devenir. »

Elle précise ce qu’elle voulait se rappeler, à elle autant qu’au public : « Même si je traverse la vie, que je me dirige vers mes objectifs et que tout se met en place, je mérite l’amour et je suis l’amour ».

La chanson parle donc d’un amour qui ne dépend pas du regard des autres, une évidence, insiste-t-elle. « Exactement telle que je suis, imparfaite, peu importe, tout comme l’air que je respire sans même y penser : c’est ainsi que l’amour est naturel. Ce n’est pas quelque chose pour lequel il faut se donner du mal pour se prouver à soi-même : ‘Oh oui, maintenant je suis digne d’être aimée’. Nous sommes, au plus profond de nous-mêmes, amour. Et je devais simplement me le dire à moi-même et le rappeler aux personnes dans le public, à tous ceux qui écoutent : c’est pareil pour vous. C’est tellement simple, mais c’est vrai. » La chanson prend presque une dimension de rappel spirituel. « On est toujours à la recherche de quelque chose, on cherche partout, dans tous ces endroits différents. Et c’est comme si, en prenant juste un instant, en se tournant vers son for intérieur, on se rendait compte qu’on l’a déjà. C’est déjà en nous. C’est nous. Et c’est ce que j’ai fait. C’est l’une de ces chansons intemporelles que je vais continuer à écouter. »

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Crédit : @babyrosemusic

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Chez elle, partout et nulle part

La question de la maison traverse le disque. Baby Rose dit pouvoir se sentir chez elle en elle-même, une conviction que la tournée, et ce chat resté à L.A., viennent contredire de façon très concrète. « Je pense que peu importe où je suis, ça n’a pas d’importance. Je me sens chez moi en moi-même. Je pourrais parcourir le monde entier. Mais là, j’ai le mal du pays, donc j’ai du mal à m’en rendre compte pour le moment. C’était avant que j’aie un chat. Maintenant que j’ai un chat, je me dis : ‘Je veux rentrer chez moi’. »

Elle nuance aussitôt, entre l’idée et la pratique : « J’essaie simplement de me rappeler de rester ancrée, de me dire que je suis chez moi, où que je sois, dans mon corps et tout ça. Mais j’adopte aussi une approche plus concrète. Il n’y a que certains endroits précis où je peux trouver la paix véritable, comme chez ma mère en Géorgie, dans sa véranda, dont je parle dans Sunday : chaque fois que j’y suis, je suis en paix, ou simplement chez moi avec mon chat, à me détendre ».

Sunday, le morceau le plus long de l’album, naît justement de cette idée de refuge et de recommencement. « Pour moi, c’est un peu du blues. Ça parle de chez soi, et je voulais juste que ce soit comme une bonne résolution. Je pense que les gens prennent des résolutions pour la nouvelle année, des objectifs trimestriels, ce genre de choses. Mais je pense qu’on peut prendre une résolution chaque semaine. Ta semaine a pu être horrible. Et quand arrive le dimanche, c’est comme si : ‘Non, c’est une nouvelle vie. C’est demain. On a fait la lessive aujourd’hui. Tout va pour le mieux’. »

Le morceau devient, dit-elle, une chanson de convalescence : « J’écoute cette chanson pour me rappeler que tu peux toujours recommencer. Si tu as du souffle, tu as des options. Et donc le dimanche est comme ce genre de chanson de convalescence ».

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Crédit : @babyrosemusic

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Bandes analogiques

L’album s’est construit dans une logique organique et analogique. Baby Rose reconnaît avoir repris certaines leçons de son travail avec BadBadNotGood sur Slow Burn (2024), sans pour autant reproduire exactement la même méthode. « Je me suis beaucoup inspirée d’eux parce qu’on enregistrait sur bande, mais on ne procédait pas de la même manière. Certaines chansons sont nées comme ça : tout le monde se retrouve dans la salle d’enregistrement, on improvise, on trouve le bon son, on enregistre sur bande, et c’est fini. Mais il y avait des morceaux que j’avais depuis des années, dont certains étaient bien plus bruts que d’autres. Je tenais à préserver l’essence même de la chanson. »

Pour donner une cohérence à des morceaux parfois nés à des périodes différentes, elle s’appuie sur une base instrumentale commune, façon studio historique. « Je me suis lancée là-dedans un peu à la manière de Muscle Shoals, un peu comme le ‘Wrecking Crew’ : mon pote Biako, Ryan James Carr et Joe Harrison se sont chargés respectivement de la basse, de la batterie, des claviers et de la guitare. Tant que j’ai tout ça au même endroit, avec le même type de matériel analogique via la bande magnétique, on obtient une cohésion tout au long de l’album, et les gens ne vont pas se dire : ‘Oh, on dirait que ça vient d’un endroit complètement différent’. C’est en quelque sorte le fondement de l’album. »

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Reste à embarquer les producteurs avec qui elle a travaillé sur l’album, Yearning, dans cette logique de reprise. « Avec les bénédictions des producteurs, comme Alex Goose et Jonah Stevens et quelques autres personnes, je les faisais venir et je leur demandais : ‘Est-ce que ça te va si je le reproduis, que je leur demande de rejouer ceci ou d’ajouter cela’. »

Certaines chansons ont ainsi été retravaillées en profondeur, sans que leur cœur initial disparaisse. « C’était un peu plus comme rénover des maisons : rendre quelque chose sur lequel j’étais assise depuis des années complètement nouveau, mais garder la prise vocale originale. »

Cette décision tient à l’émotion irremplaçable des prises d’origine. « J’ai beau avoir essayé de réenregistrer la prise vocale. D’habitude j’utilisais un micro vraiment bas de gamme, un de ces micros à 15, sans casque, sans trop y faire attention quand j’écris une chanson. Il y avait quelque chose dans l’émotion de ces prises qui reflétait vraiment ce que je disais. Je ne voulais pas que cette partie soit supprimée. C’est un peu l’ingrédient secret : cette brutalité directe. »

C’est là, résume-t-elle, la vraie leçon retenue de BadBadNotGood : « Il ne faut pas trop réfléchir, il ne faut pas en faire trop. On peut y ajouter des fioritures, mais il faut que la base reste ancrée dans l’authenticité brute. Parce que c’est là que ça va marquer les esprits ».

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L’influence Kate Bush

La voix participe de cette même recherche de vérité. Quand on lui parle de Kate Bush, dont l’influence affleure sur When I’m Gone, Baby Rose acquiesce. « Elle est l’une de mes inspirations parce qu’elle est une productrice incroyable, une chanteuse émotionnelle, une artiste. Je l’aime beaucoup. »

Sur ce morceau précisément, elle dit aimer ce qui semble cassé plutôt que ce qui est maîtrisé. « Cette chanson, je l’adore parce qu’on dirait qu’il y a quelque chose de brisé. Je ne chante pas pour devenir chanteuse. C’est plutôt que je suis profondément submergée par mes émotions, comme si j’avais été mise à rude épreuve. »

Une prise qu’elle ne referait pour rien au monde, quitte à la rejouer autrement sur scène. « Je ne pourrais pas réenregistrer ça, même si j’essayais. Mais ce serait sympa de l’interpréter sur scène. Jouer en public, c’est différent. Quand on enregistre, c’est comme peindre quelque chose. On ne repeint pas une œuvre. Une fois qu’on l’a peinte, c’est fini. C’est comme ça. »

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Crédit : @gaptoothshorty

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Un détour par le cinéma

L’entretien quitte ensuite brièvement l’album pour le cinéma. Pour The Materialists, Baby Rose a repris Nat King Cole et The Velvet Underground. « C’était incroyable. » Elle n’a pas écrit ces morceaux pour le film, mais les a produits et interprétés, avec une liberté qui la surprend encore. « C’étaient des morceaux qu’ils avaient et qu’ils m’ont demandé de reprendre, mais ils m’ont en quelque sorte confié la production. Du genre : ‘Tu peux reprendre cette chanson de Nat King Cole et celle des Velvet Underground ? Je me suis donc tournée vers mon pote Tom Brenneck, qui avait produit Friends Again avec moi. On a bouclé ça en une journée. C’était facile. »

Le retour du studio a fini de la rassurer : « On leur a envoyé en s’attendant à recevoir des remarques. Et ils ont répondu : ‘Non, c’est parfait, on trouve ça génial’. Je me suis dit : ‘D’accord, super’ ».

Ce qu’elle aime dans ces reprises, c’est la possibilité d’habiter une chanson qu’elle admire déjà. « J’adore quand les gens m’offrent quelque chose qui me plaît vraiment, que j’aurais aimé avoir écrit moi-même. Ce sont des chansons tout simplement magnifiques. J’ai adoré. »

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Un piano à neuf ans

Le parcours de Baby Rose commence très tôt, avec un piano offert à neuf ans et une mère qui l’emmène rapidement en studio. « Un grand merci à ma mère, qui est encore aujourd’hui l’une de mes manageuses. Mais c’est mon oncle qui m’a offert mon premier piano à neuf ans, quand il a remarqué que j’étais vraiment attirée par cet instrument. Ma mère m’a entendue composer des morceaux dans le hall d’entrée et m’a emmenée au studio pour la première fois, car à l’époque, elle s’occupait surtout de la gestion d’artistes de hip-hop. »

Suivent des années d’enregistrement, sans jamais rien publier. « Elle m’a juste dit : ‘Je vais t’emmener et on verra bien ce qui se passe’. Je lui dois tout ce temps, de mes 12 ans jusqu’à mes 18 ans. Quand j’ai déménagé pour aller à la fac, j’enregistrais de la musique, mais je n’ai jamais rien sorti. »

Dès cette période, elle cherche déjà une musique plus profonde, quitte à devoir encore grandir pour l’habiter pleinement. « J’ai toujours eu cette envie de faire des choses très émouvantes, très profondes, sans pour autant devoir nécessairement mûrir pour y parvenir. Et je suis reconnaissante de ne pas avoir obtenu ce que je pensais vouloir à l’époque. Parce que ça aurait été des montagnes russes auxquelles je ne sais pas si j’aurais été prête à faire face. Tout arrive en temps voulu. »

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Crédit : Louisa Meng

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Ces années d’apprentissage expliquent, dit-elle, son aisance actuelle en studio. « Je chantais, j’écrivais, je produisais, j’enregistrais, je faisais tout. Aujourd’hui, quand je suis en studio, ça se passe comme sur des roulettes, parce que tout ça, c’est le fruit de mon parcours et du temps que j’y ai consacré, en approfondissant vraiment les ficelles du métier. »

À Atlanta, elle n’étudie pourtant pas la musique, mais la psychologie avant de quitter l’université lorsque la musique et la situation familiale deviennent prioritaires. « J’ai abandonné mes études parce que la musique prenait le dessus et que ma mère avait des problèmes de santé. Je me disais : ‘Il faut que je sorte quelque chose, parce que, Dieu m’en préserve, si ma mère venait à nous quitter et que je n’avais rien sorti, je ne me le pardonnerais jamais’. Je n’aurais même pas essayé. »

Le soutien maternel, constant, a fini par trancher le dilemme. « Elle m’a toujours soutenue pendant tout ce temps. J’ai donc pris la décision de mettre mes études de côté pour sortir un projet : le projet J Dilla Baby Rose, puis From Dusk Till Dawn. Ce sont deux mixtapes encore disponibles sur SoundCloud aujourd’hui. Je les ai sortis et ça a attiré beaucoup d’attention, notamment de la part de SZA, puis de J. Cole, Dreamville Records »

Aujourd’hui, elle sait que l’année à venir peut être décisive, diplôme ou pas. « Peut-être qu’un jour je finirai mon diplôme, mais pour l’instant, je me dis juste que j’ai besoin de m’accrocher. Ça va être une grande année. Une très grande année pour moi, je pense. »

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L’Europe, un public à conquérir encore

L’Europe occupe une place particulière dans cette trajectoire. Baby Rose espère y revenir vite pour défendre l’album. « Ce pourrait être l’année prochaine. Je dois faire la promotion de l’album, donc je reviendrai par ici. »

Elle garde un souvenir fort de sa tournée autour du Slow Burn Project, où le soutien d’autres artistes l’a marquée bien plus qu’un chiffre de vente. « Je me suis lancée et j’ai monté ce projet en 2024. C’était incroyable. Cleo Sol est venue me voir. Olivia Dean est venue à mon concert. Elmiene aussi. Toutes ces personnes que j’admire venaient voir mon concert. Je me suis dit : ‘C’est pour ça que je dois être ici’. »

Un soutien d’une autre nature, insiste-t-elle, que celui qu’elle connaît à Los Angeles. « Même les artistes soutiennent les artistes, à un tout autre niveau. C’est un peu comme ça à L.A. aussi, mais là-bas il faut en quelque sorte être ami avec eux. Ici, ce sont des gens que je ne connaissais même pas vraiment. Je ne connaissais pas Olivia, et elle est juste venue me voir. Elle m’a dit : ‘J’aime bien ta musique’. Je me suis dit : ‘Waouh’. Et maintenant, regardez-la. La vie peut vous réserver des surprises. Alors il ne faut pas abandonner. N’abandonnez pas. N’abandonnez jamais. »

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« Donne à la chanson ce dont elle a besoin »

La fin de l’entretien aborde plus frontalement l’industrie, les catégories, et la place accordée aux artistes noires. Baby Rose pointe un problème de classification, surtout lorsque sa musique s’éloigne du strict R&B. « Je trouve ça intéressant quand on s’aventure vraiment dans un genre plus alternatif, ou tout simplement plus folk, country ou autre. Mais il y a une ligne rouge qui se dessine : ‘Oh, c’est ton R&B alternatif’. Ça ne me poserait pas de problème si ça n’avait pas d’incidence sur les budgets et si ça n’influençait pas la façon dont les gens en coulisses classifient les genres. »

Un problème systémique, insiste-t-elle, qu’elle inscrit dans une histoire bien plus longue. « J’espère que c’est en train de changer. Les Noirs ont toujours été les pionniers en musique, dans les genres, dans l’art. On ne nous en attribue peut-être pas le mérite. On doit peut-être se battre pour obtenir cette reconnaissance historique qui a toujours existé. C’est comme si certains essayaient de réécrire l’histoire, mais nous, on sait comment ça s’est passé. On a toujours été les pionniers dans bien des domaines, et on s’est toujours battus pour que les choses soient rectifiées. »

Un combat qu’elle ne redoute pas, dit-elle sans détour. « Je n’ai pas peur et je n’ai pas peur d’appeler un chat un chat. Si je fais quelque chose dans un genre donné, je veux être reconnue dans ce genre. »

Elle cite une nouvelle fois l’exemple du projet Slow Burn, où certains titres lui semblaient devoir exister hors des playlists R&B habituelles. « J’avais cette chanson, One Last Dance et Caroline, et je me disais : ‘Je ne sais pas si ça va vraiment bien marcher sur une playlist R&B comme celle-là’. J’adore ce que fait Brittany Howard, j’adore ce que fait Clairo, et je pense que les gens qui apprécient aussi Faye Webster apprécieront aussi One Last Dance. »

Ce à quoi elle s’est heurtée, c’est une forme de réduction pure et simple. « Il y avait beaucoup de craintes et d’inquiétudes du genre : ‘Mais tu fais juste du R&B’. Et je me disais :’Mais cette chanson n’est pas du R&B’. Je pense à l’album, jamais à qui je suis et comment oses-tu dire que je ne suis que ça, comme si mon répertoire se limitait au R&B ? Ce n’est pas vrai. J’aime faire les choses chanson par chanson, au cas par cas. »

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Sa revendication tient en une phrase : laisser chaque chanson trouver son public. « Que les gens décident et me classent comme bon leur semble, mais que la chanson trouve sa place là où elle sera accueillie par le public qui lui convient. »

Le résultat, dit-elle, lui a donné raison. « C’est ce qu’on a fait, et j’ai reçu plus de soutien que jamais parce que j’ai campé sur mes positions. Et me voilà. Et puis je suis revenue encore avec Friends Again, qui est une chanson R&B authentique et pure, pleine d’émotion. Et je continue à recevoir du soutien également. »

Un principe qu’elle résume, presque en guise de conclusion, pour toute sa musique. « On peut s’adapter aux situations. Il suffit de donner à la chanson ce dont elle a besoin. Mettons de côté ma personne, en tant qu’artiste, et concentrons-nous plutôt sur elle. »

Ce qui l’irrite, en revanche, c’est lorsque l’industrie classe avant même d’écouter. « C’est seulement quand on en arrive à se dire : ‘Oh, elle est noire, elle est jeune, elle a vécu à Atlanta, elle fait du R&B’. On n’écoute même plus la musique. Je peux comprendre mais ça fait un peu préjugé. Ça ne va pas. »

Elle conclut sur une exigence à la fois professionnelle et artistique. « Surtout si c’est votre métier, en tant qu’éditeur ou en tant que personne évoluant dans ce milieu, vous devez prendre le temps de vous assurer que les œuvres sont correctement classées et qu’elles reçoivent la reconnaissance qu’elles méritent. »

Baby Rose refuse qu’on décide à sa place où ranger sa musique, et préfère laisser chaque chanson trouver son public. Yearning lui donne raison : piano en repère, arrangements sobres, et cette voix singulière, seule vedette d’un album mûr qui raconte l’amour, le doute et la peur sans jamais forcer le trait. Un pur bonheur.

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Yearnalism Cover

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Yearning est disponible via Secretly Canadian.

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Texte Lionel-Fabrice Chassaing

Image de couverture Louisa Meng

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