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Jeune & Laide, premier album de Camille Yembe, s’inscrit dans une démarche autobiographique assumée, construite par fragments, sans chronologie : apports familiaux, conditions sociales, perception de soi et difficulté à se projeter. Elle assemble des scènes de vie comme on assemble des pièces d’un puzzle dont on ne connaît pas encore la forme finale. Cette manière de faire porte la marque de son parcours : avant de se dévoiler, Yembe a passé plusieurs années à écrire pour d’autres, ghostwriter pour Wizkid, Eva, Takiola…. Une école exigeante, qui lui a transmis une précision d’écriture rare.
Jeune & Laide, album lumineux et déchanté
Trois titres apparaissent comme les points d’appui les plus révélateurs de l’album, sans pour autant éclipser les autres.
Vol 170197 ouvre le disque sur une hybridation entre indie rock, folk et R&B. Un message vocal du père de Yembe, évoquant son arrivée en Europe, ancre immédiatement l’album dans une histoire de migration et de transmission, dans une mémoire familiale en mouvement.
Rien à fêter joue sur les paradoxes. Son groove contagieux tranche avec une écriture sociale désenchantée : le morceau décrit un quotidien de répétition et d’horizons bouchés, sans pathos ni dramatisation. Ce décalage entre la forme lumineuse et le fond sombre constitue l’un de ses ressorts principaux.
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Autodéfense, avec le feat. d’Ino Casablanca déplace le centre de gravité vers le corps. La danse y devient une réponse physique à la surcharge émotionnelle, et le morceau met en scène des mécanismes de protection dans la relation amoureuse. Sa rythmique évoque Melodrama de Theodora et disiz, où la tension émotionnelle entièrement portée par le rythme. La réaction physique prime sur l’analyse intérieure.
Autour de ces trois piliers, les douze autres titres prolongent les mêmes lignes : l’intime comme matière vivante (Tes traits, 16 ans dans les veines avec Lous and The Yacuza), la confession (Je ne l’ai jamais dit à personne), la mémoire (L’étoile), ou ou la modernité sonore comme traduction de l’angoisse et du désir (Les Euros, Long métrage, RepeatRepeatRepeat, Dans le rétro). Paradoxale, , lui, explore une instabilité identitaire portée par une énergie nerveuse, où le rock joue le rôle de révélateur intérieur.
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La cohérence de l’ensemble tient aussi à un travail de production soigné. Paco Del Rosso construit des architectures sonores fondées sur l’opposition entre basses marquées et lignes vocales aériennes, dans un espace tendu entre pop et électronique. Armand Tournier apporte une approche plus organique, nourrie de jazz, de soul et de hip-hop. La présence de Gandhi à l’écriture sur quatre titres contribue à cette continuité
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