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Les interviews s’enchaînent dans les backstages de Rock en Seine, et la fatigue se lit sur le visage de Sekou. Mais dès qu’il parle, elle passe au second plan. Son enthousiasme et son énergie sont palpables, et cette silhouette de plus d’1 m 90 dégage une assurance qu’on perçoit immédiatement, dans son attitude, ses paroles et sa présence. « Je suis tellement excité, tellement excité », répète-t-il à peine assis.
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Ce mot, excited, reviendra une dizaine de fois en dix minutes, à propos de son album, de sa tournée, de ses collaborations. Il ne le dit pas pour la forme. C’est son carburant, et ce jour-là il en a besoin.
Sekou Sylla a 22 ans. Il est né le 18 septembre 2004 à Ashby-de-la-Zouch, dans le Leicestershire, au coeur de l’Angleterre. Rien ne destinait cette petite ville de province à produire l’une des voix les plus graves de la pop britannique. Son baryton ample, ses influences classiques contrastent avec la fraîcheur de ses morceaux. Malgré la fatigue, il évoque avec une tendresse intacte les deux années passées à Londres, à l’East London Arts & Music. « Ça a été la meilleure expérience de toute ma vie. Je m’y suis vraiment trouvé, parce que je ne viens pas de l’est de Londres, ni de Londres en général. C’était génial de découvrir un nouvel environnement, un nouvel endroit. J’aime tellement cette école. »
Quand on lui demande ce qui compte le plus, sa réponse ne concerne ni la scène ni les récompenses. Elle concerne sa mère. « Numéro un. Son énergie, la façon dont elle me regarde, sa fierté, tout ça est tellement important pour moi, et je l’apprécie vraiment. Je suis si heureux qu’elle soit ma mère, et je l’aime. »
C’est elle, raconte-t-il, qui a construit sa culture musicale. « Elle m’a fait écouter Whitney Houston, Mariah Carey, Prince, Michael Jackson… la liste est longue. J’ai toujours senti qu’elle me comprenait, qu’elle savait ce que j’allais aimer. »
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Du pub désert aux temples de la pop
Comme souvent avec la soul, tout débute sur les bancs de l’église. Il y fait ses premières armes avant de poster des vidéos en ligne. Pour autant, Il n’idéalise pas ses débuts. « Ma toute première performance, c’était dans une église, parce que j’ai grandi à l’église. Mon premier vrai concert, lui, c’était dans un tout petit pub de ma ville natale, et ce n’était pas très bon. Il n’y avait personne. Mais c’est ça, la beauté du live : on part de personne et on grandit vers beaucoup de monde. »
L’ascension, elle, ne se fait pas attendre. Signature chez Good Soldier Records à 16 ans, coup de pouce d’Arlo Parks qui l’invite sur la scène BBC Music Introducing de Glastonbury en 2022, puis premières parties de John Legend. En 2023, la ballade Better Man (sortie chez Island) et l’EP Out of Mind enfoncent le clou : il décroche une nomination au BRIT Awards. Il est l’un des plus jeunes nommés au Rising Star de 2024.
Aujourd’hui, il mesure le chemin avec plus de recul que d’emphase. « Petit à petit, je m’habitue à des scènes plus grandes et à plus de monde. Les arènas… oh là là, jour après jour. Je fais beaucoup de premières parties, mais certains concerts récents étaient énormes. Je suis content de monter les échelons, et surtout, je suis vraiment gonflé à bloc. »
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Deux volumes, pas un album
Son dernier projet a été publié en deux temps, et ce choix était délibéré. « J’ai l’ai publié en deux volume parce que je n’avais pas assez de musique à l’époque, et parce que je voulais aussi laisser un peu d’espace entre deux moments où les gens me découvraient. Je ne voulais pas qu’on le reçoive comme un album, parce que ce n’en est pas un : je travaille dessus en ce moment. Comme les gens savaient que c’étaient deux projets distincts, ce n’était pas perçu comme un album, et je suis vraiment content. Maintenant ils savent que mon premier album arrive. »
In a World We Don’t Belong est donc paru en deux volets (2025 et 2026). Le premier embarquait Catching Bodies et About Last Night ; le second apporte Dangerous Lover, pépite funky très 80’s qui a squatté les charts un peu partout.
Dans l’équipe, on a un faible pour Catching Bodies. Nous lui demandons comment elle est née. « Je suis simplement entré en studio, et je voulais ressentir quelque chose. Je voulais m’amuser, c’était le plus important. Je voulais me sentir jeune, plein de vie, heureux. Je crois que cette énergie est vraiment passée. Je suis très fier que les gens continuent de découvrir cette chanson. »
Un virage solaire qui contraste avec la mélancolie de ses débuts, ce qu’on ne manque pas de lui faire remarquer. « C’est un autre moment, et je suis inspiré par d’autres musiques. Je suis aussi beaucoup plus heureux, et c’est ce que je mets dans ma musique, c’est sûr. »
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L’album entre deux vols
Place maintenant à l’épreuve du premier album, dans un agenda complètement survolté. Il rentre tout juste d’Asie, les yeux encore remplis d’étoiles. « J’étais en Asie, c’était mon endroit de rêve. C’est difficile d’enregistrer sur la route, parce qu’on ne met pas assez de temps et d’énergie dans ce qu’il faut terminer. Mais j’essaie. C’est mon dernier festival de l’été, donc j’ai maintenant le temps de mettre toute mon énergie dans la fin de cet album. »
Il ne cache pas la dureté de la vie sur la route : « Je savais que ce serait dur, mais pas à ce point mentalement épuisant. Chaque fois, on s’améliore et on vit plus de choses. Mais j’en profite ».
Côté studio, il retrouve des fidèles et ajoute des noms. « Jeff Gitelman, un gars qui s’appelle Cirkut, et d’autres. Je travaille aussi avec Amy Allen, qui a beaucoup écrit pour Sabrina Carpenter et Olivia Rodrigo. Ses textes sont incroyables. Je suis vraiment excité. »
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Danser, s’habiller, sentir fort
Sekou ne se contente pas de chanter. Il danse dans tous ses clips, et il assure que rien n’est emprunté. « Danser c’est entièrement moi, j’adore danser, j’en ai toujours eu envie. Je travaille avec une dame, Asantewa Aboah (chorégraphe pour Beyonce, Pharrell Williams, Cardi B et Nicki Minaj, NDLA) , qui m’aide à progresser. Mais cette passion a toujours été là, et celle de devenir une plus grande star aussi. J’ai l’impression de m’en approcher. »
La mode est l’autre terrain de jeu. Sa voix change dès qu’on aborde le sujet. « Elle me rend heureux, elle me donne de l’ambition. C’est l’un de mes sujets de conversation préférés. J’adore m’habiller, et l’excitation de choisir ce que je vais porter chaque jour. » Lorsque nous évoquons les motifs jacquards qui nous ont fait penser à Burberry, il confirme : « C’est en train de devenir mon truc. Burberry est clairement l’inspiration, et j’aimerais faire quelque chose avec eux. J’aime aussi les pois. J’adore cet univers ». Il a d’ailleurs été invité au défilé de Vivienne Westwood à la dernière Fashion Week parisienne.
Son rêve de collaboration est tout aussi net. « Gucci. J’aimerais vraiment faire un deal avec Gucci. Je le mets dans l’univers. Mais tout compte pour moi, et je suis très reconnaissant. »
Sa passion s’étend jusqu’aux parfums. « J’adore l’odeur des choses, et c’est de là que vient cette sensibilité. J’adore sentir bon. Les parfums épicés, j’adore ça. J’aime sentir fort, il n’y a rien de mal à sentir fort. »
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« Une légende, ça se travaille »
En 2023, dans l’une de ses premières interviews, on lui demandait ce qu’il voulait que les gens pensent en entendant son nom. Il répondait sans détour : « Être une légende ». Il voulait laisser une trace, composer de grandes chansons, être une personne formidable, et qu’on se souvienne de lui comme d’une icône.
Trois ans plus tard, nous reprenons sa phrase à la lettre et il ne se défile pas, mais le ton s’est posé. Sekou a mûri. « Être une légende c’est devenir l’artiste que j’ai toujours voulu être, construire doucement ce monde, me découvrir moi-même et prendre mon temps. Je deviens lentement un meilleur artiste pour moi-même. Mais une légende, ça se travaille, jour après jour. Dans le futur. »
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En 2026, il est revenu dans le show de Jools Holland pour y chanter Dangerous Lover et Catching Bodies, sans oublier un passage à Taratata. Il a le temps, et il sait qu’il doit le prendre. À la fin de l’entretien, il remercie, et remercie encore, plusieurs fois de suite. Puis il rend le micro, et on lui souhaite de se reposer.
Sur scène, pourtant, rien n’a laissé deviner cette fatigue. Au cours de son set, Sekou a fait preuve d’une maturité impressionnante pour ses 21 ans. Son timbre de voix grave et pur a suffi à envelopper le public d’une douce chaleur, l’immergeant dans son univers. Dans un spectacle véritablement captivant où la soul classique rencontrait la pop contemporaine, il a enchaîné avec une fluidité déconcertante ses titres et la reprise de Sweet Dreams d’Eurythmics, tout en charmant le public avec ses pas de danse. A suivre de très très prés.
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Dangerous Lover est disponible via NWS 1971/Universal. En concert à Paris (Alhambra) le 12 décembre 2026.
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Texte Lionel-Fabrice Chassaing
Image de couverture Sekou/NWS 1971/Universal
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