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Soul girl américaine à la voix puissante, Danielle Ponder revient avec Everything Has Changed, son deuxième album. Après Some of Us Are Brave, la chanteuse ouvre un nouveau chapitre, plus intime, nourri par les deuils, les ruptures, le passage du temps et une quête d’acceptation de soi.

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Le titre de votre nouvel album, Everything Has Changed, suggère un tournant, un avant et un après. Ce changement, est-il quelque chose que vous avez choisi ou quelque chose qui vous est arrivé ?

C’est clairement quelque chose qui m’est arrivé et m’a conduit à faire des choix différents. Je pense qu’il y a deux manières d’emprunter un chemin nouveau. Parfois, on s’assoit, on réfléchit et on se dit : « En fait, j’ai envie de faire quelque chose de différent ». Et parfois, tout s’écroule et on n’a pas d’autre choix que de prendre une autre direction. Pour moi, c’était plutôt la deuxième situation. Les choses ont commencé à s’effondrer et j’ai dû me dire : « OK, je dois prendre un autre chemin et réparer certaines choses qui étaient cassées ».

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Cet album a été enregistré après un voyage à Dakar, au Sénégal, qui a beaucoup compté pour vous, mais aussi après une période de réflexion personnelle et de deuil. Comment toutes ces expériences ont-elles changé votre manière d’écrire et de faire de la musique ?

J’essaye toujours d’être la plus sincère possible dans ma musique. Mais je crois que même pour les chansons qui parlent de chagrin amoureux, je ne voulais pas simplement dire : « Tu m’as fait du mal, tu as mal agi envers moi ». Je voulais vraiment exprimer ce que moi j’avais fait, ma part de tort et comment j’en étais arrivé là. Par exemple, dans God of You, je parle de la façon dont j’ai été maltraitée dans une relation, mais je dis aussi : « I made a fool of me when I made a god of you ». Je prends donc une part de responsabilité. J’ai placé des hommes sur un piédestal illégitime. J’en ai créé une sorte de figure divine. J’ai trop longtemps sacralisé le fait de devenir l’épouse de quelqu’un. Aujourd’hui, je suis libérée. Au fond, cet album est une série de chagrins et de leçons.

Et puis il y a Dakar. Être là-bas, y filmer certains clips, m’a aussi reconnectée à une forme de fierté d’être noire. On retrouve cette dimension dans Power, mais aussi dans Skin.

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Everything Has Changed est votre deuxième album et le premier depuis votre signature chez Dead Oceans. Après l’exposition qu’a connue Some of Us Are Brave, avez-vous abordé l’écriture différemment ?

J’ai vraiment abordé les choses différemment au début. Quand on fait son premier album, on ne sait pas qui l’écoutera et on ne s’en préoccupe pas vraiment. Le deuxième album est plus difficile parce que les gens donnent leur avis, et vous vous demandez : « Ils aiment cette chanson, est-ce que j’en fais une autre ? ». Je pense que cet album a pris tellement de temps parce qu’il m’a fallu du temps pour faire taire tout le monde. J’ai dû me positionner différemment pour faire ce que je ressentais intérieurement et vider mon esprit des opinions des autres. Honnêtement, ça m’a pris du temps.

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Comment s’est passée la collaboration avec vos coproducteurs Mike Elizondo (Rag’n’Bone Man, Twenty One Pilot) et Barney Lister (Obongjayar, Celeste, MRCY) ?

J’ai eu des collaborateurs incroyables. Barney est un jeune producteur londonien absolument exceptionnel. Quand je l’ai entendu jouer de la batterie, je me suis dit : « Oh mon Dieu, il faut que je travaille avec lui ». Nous avons fait Sun and Moon ensemble. Mike Elizondo a amené des musiciens incroyables. C’était la première fois que j’avais de vrais instruments à cordes sur un album. Nate Smith a joué de la batterie. Je pouvais vraiment entendre l’évolution du son. J’avais accès à plus de choix sur cet album, et j’ai énormément appris grâce à cette expérience. Il y a eu des difficultés, mais aussi beaucoup de progression.

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Votre premier album regardait davantage le monde extérieur, ses injustices et ses luttes collectives. Avec Everything Has Changed, vous vous tournez davantage vers vous-même. Aviez-vous besoin de vous concentrer davantage sur vous ?

Oui. Cet album a vraiment été une forme de thérapie. Il y a notamment une chanson qui s’appelle Time, dans laquelle je parle du fait de vieillir. Quand on avance en âge, nos rêves peuvent parfois sembler plus petits. On commence à se demander : « Est-ce que j’ai assez de temps pour faire tout ce que je veux ? Est-ce que j’ai raté mon opportunité ? Est-ce que j’ai raté ma chance ? ». Je n’ai pas terminé la chanson avec une fin heureuse. Je voulais simplement dire la vérité sur le fait que vieillir en tant que femme dans cette industrie peut être difficile et peut parfois nous rendre vulnérables. Mais une fois qu’on nomme quelque chose, on commence à le guérir. Une fois qu’on le dit pleinement, le processus de guérison peut commencer.

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Vous avez passé de nombreuses années à défendre les autres en tant que Public Defender (défenseur public ou avocat commis d’office), à écouter des personnes raconter leur histoire dans des circonstances extrêmes. Devenir artiste a-t-il aussi été une manière d’apprendre à raconter votre propre histoire et à comprendre votre propre voix ?

Être Public Defender, c’est voir les gens à certains des moments les plus difficiles de leur vie. On apprend à ne pas juger. Peu importe ce que mon client avait fait, je le représentais de la même manière. Je m’asseyais avec lui, je lui parlais, je le traitais comme un être humain. Je lui offrais de la compassion et de la compréhension. Cela m’a rendue plus compatissante envers moi-même, et cela m’a aussi permis d’être plus honnête dans mes textes.

Je ne vis pas dans un conte de fées dans lequel tout le monde est parfait, parce que j’ai vu les imperfections de ce monde. J’ai vu le pire de ce que les gens sont capables de faire. J’ai vu leurs luttes les plus profondes et les plus sombres. Cela m’a permis de me dire : nous avons tous notre lot de problèmes. Et je n’ai pas peur de parler des miens. Je n’ai pas peur de partager avec le monde les erreurs que j’ai commises. Être Public Defender m’a appris à dire la vérité et être authentique.

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©vonjovey

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Votre engagement contre le système carcéral et la peine de mort, ainsi que votre soutien à la fierté et à la résilience noires, sont très présents dans votre musique. Pourquoi est-il important pour vous de continuer à porter ces combats en tant qu’artiste plutôt que de vous concentrer uniquement sur votre musique ?

Vous m’interviewez parce que je suis artiste, et cela me donne l’opportunité de parler de ce qui se passe dans le système de justice pénale. Tout le monde ne va pas assister à une conférence, mais les gens vont à des concerts. Aujourd’hui, mon exposition me donne l’opportunité de parler de ce que j’ai vu dans le système carcéral américain, de ce que je vois en Amérique en général, des divisions entre les races et des inégalités entre les riches et les pauvres.

C’est aussi mon histoire. Mon frère a passé vingt ans en prison. J’ai vu l’un de mes autres frères se faire battre par des policiers. J’ai grandi dans un quartier défavorisé, dans la pauvreté. Ce sont donc aussi simplement les choses que j’ai vécues. En tant qu’artiste, je pense que nous devons raconter la vérité sur notre histoire. Pour moi, c’est une manière de mettre en lumière ce qui se passe dans le monde.

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Vous avez commencé votre carrière professionnelle dans la musique à un âge où beaucoup d’artistes ont déjà plusieurs albums derrière eux. Qu’est-ce que l’âge et l’expérience vous ont donné que vous n’auriez jamais pu avoir à 20 ans ?

L’âge me permet d’écrire un album qui a davantage de profondeur. Je pense qu’il y a un certain niveau de compréhension qui vient avec l’âge. Par exemple, le fait  d’écrire une chanson sur le fait de vieillir, ou une chanson comme Seasons, qui parle d’accepter le bon comme le mauvais dans la vie, demande une perspective que je n’avais pas à 20 ans et que j’ai aujourd’hui, à 44 ans.  Et puis, l’industrie musicale est difficile. J’ai parfois du mal à comprendre comment des jeunes de 20 ans peuvent y évoluer. C’est compliqué de savoir à qui faire confiance et se mettre en avant.

Je suis donc reconnaissante de le faire à cet âge. J’ai davantage confiance en moi. Je sais qui je suis. Personne ne va venir me dire : « On veut que tu te mettes à twerker », parce que je ne vais pas le faire. Je ne vais pas avoir l’impression que je dois le faire. Les gens qui m’entourent savent qui je suis et que je ne vais pas changer pour qui que ce soit.

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Danielle Ponder @faama_d

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Vous avez un jour résumé votre décision de quitter le droit pour la musique par cette phrase : « L’avocat va me tuer, mais l’artiste va me sauver ». Aujourd’hui, de quoi l’artiste en vous vous a-t-elle sauvée ?

J’aime tellement l’artiste qui est en moi. J’aimerais lui laisser de plus en plus de place. L’avocate en moi est très critique. Elle analyse tout, elle réfléchit trop. En droit, on dit parfois qu’il faut se préparer au pire tout en espérant le meilleur. Je vois constamment les signaux du danger. Mais l’artiste en moi est beaucoup plus calme et analyse beaucoup moins. Elle ressent simplement les choses. Elle voit la beauté de la vie. Elle n’a pas peur. Elle se laisse porter par ce que la vie lui apporte. J’essaie chaque jour de faire taire mon cerveau d’avocate et de laisser l’artiste devenir de plus en plus présente dans ma vie. J’aime cette partie de moi et je pense qu’il est temps de la nourrir, de devenir davantage cette artiste.

Je reste les deux. Et parfois, c’est même utile : quand mes managers m’envoient un contrat, je peux repérer ce qui ne va pas et analyser les choses. Mais je veux surtout apprendre à être plus douce avec moi-même. Quand on commence à analyser qui l’on est, ça devient problématique.

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Votre voix est incroyablement puissante, mais ce nouvel album révèle aussi beaucoup de vulnérabilité. Est-ce que cette puissance vocale vous protège de la vulnérabilité ou est-elle au contraire une manière de l’exposer davantage ?

Je pense que je peux utiliser ma voix de différentes manières. Je peux l’utiliser pour exprimer la colère. Dans Power, je peux l’utiliser pour exprimer la force. Je peux aussi crier pour exprimer la tristesse. Je crois que c’est justement ça : je suis toutes ces choses. Je peux être forte et triste. J’ai appris à occuper ces deux espaces. Je n’ai pas besoin de prétendre que quelque chose ne m’a pas fait mal simplement parce que je veux que les gens me voient comme quelqu’un de fort. Selon moi, il y a énormément de force dans le fait d’être authentique et de dire : « Ça m’a vraiment fait mal ». 

Avant, je jouais le rôle de la « Strong Black Woman ». Je ne fais plus ça. Aujourd’hui, je peux m’asseoir et dire : « Je vieillis, je ne sais pas vraiment ce que j’en pense, je ne sais pas ce que je ressens, je ne suis pas sûre de certaines choses ». Et tout cela fait partie de la vie. Je pense que la vulnérabilité est une forme de pouvoir. C’est aussi une force.

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Danielle Ponder live @daniellepondermusic

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Quelle place occupe la mode dans votre identité artistique ?

La mode est extrêmement importante pour moi. Avec ma voix et mon âge, les gens pourraient facilement me mettre dans une case. Grâce à la mode, je peux exprimer une autre identité. J’aime le hip-hop, et je viens de New York. Je pourrais arriver ici avec une robe et vous vous diriez immédiatement : « Oh, une chanteuse soul ! » Mais j’aime jouer avec mes vêtements pour montrer qu’il y a une autre facette de moi.

C’est drôle, récemment, j’essayais de trouver quelqu’un pour me fabriquer un bomber. Et je pense que les gens se demandaient : « Pourquoi cette chanteuse soul de 44 ans veut-elle un bomber ? » Ils continuaient à me proposer des silhouettes plus sophistiquées, mais moi, je voulais du streetwear.

Avec les vêtements, je peux exprimer une partie de moi que les gens ne soupçonnent peut-être pas.

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Pour terminer, que souhaitez-vous pour votre avenir professionnel ?

Il faut déjà que je gagne un peu d’argent ! Mais j’espère surtout être le genre d’artiste qui laisse une véritable empreinte, pas seulement musicalement, mais aussi politiquement. J’espère que ma plateforme va grandir et que je pourrai parler de plus en plus de mon expérience de public defender.

J’espère aussi pouvoir offrir quelque chose au monde qui contribue à changer le paradigme. Le monde doit changer. Nous ne pouvons pas continuer comme nous le faisons aujourd’hui, à détruire l’environnement et à opprimer des gens à travers le monde. J’espère pouvoir jouer un petit rôle dans cette transformation.

Mais j’espère aussi être un exemple de liberté pour les autres. Quitter son métier de juriste pour devenir musicienne à plein temps, le faire à 40 ans passés, c’est énorme. J’espère donc pouvoir être l’histoire qui dit : « il n’est jamais trop tard ».

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Everything Has Changed cover

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Everything Has Changed est disponible via Dead Oceans.

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Texte Eva Bettale

Image de couverture ©vonjovey

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