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Mercredi 30 septembre, le Prix Joséphine investit l’Olympia pour son cinquième anniversaire. Au programme : dix artistes finalistes, un jury et plus de trois heures de musique. Une soirée qui entend une nouvelle fois faire la part belle à l’éclectisme, à la découverte et à la liberté artistique.
Rappelons d’abord le principe du Prix. Son nom rend hommage à la fois à Joséphine Baker et à la chanson Osez Joséphine d’Alain Bashung. Dans son fonctionnement, il s’inspire du Festival de Cannes : une première sélection de 269 albums, opérée par un comité de journalistes spécialisés issus d’horizons musicaux variés, avant que 40 d’entre eux ne soient proposés à l’écoute d’un jury composé cette année de Chilla, Adèle Castillon, Yuksek, Vanessa Wagner, Thibaut de Longeville, Kalala, Flavien Berger, André Manoukian, sous la présidence de Pomme.
Sur scène, les dix finalistes : Aupinard, 15 15, Gildaa, LinLin, Chassol, Camille Yembe, Sarāb, 23WA, Lynn et Jowee Omicil. Christophe Palâtre et Frédéric Junqua, fondateurs du Prix, posent le cadre : cette cinquième édition sera placée sous le signe de l’éclectisme, de la découverte et de la liberté artistique.
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Une soirée sous le signe de l’audace
Voyou co-présente la cérémonie avec Marjolaine Portier-Kaltenbach. Dès les premières prises de parole, la soirée prend une dimension éminemment politique, à l’aube d’une campagne présidentielle. Voyou s’appuie sur la sélection des dix artistes pour parler de diversité, de représentation et de vivre-ensemble, sans oublier un sujet désormais incontournable dans le monde de la création : les enjeux liés à l’intelligence artificielle.
Puis la musique prend le relais.
Sarāb, groupe franco-syrien, ouvre les festivités. Le chant en arabe de Climène Zarkan et la guitare de Baptiste Ferrandis installent dès les premières mesures une atmosphère électrique. Le ton est donné : cette soirée ne sera décidément pas celle d’un seul genre musical.
Vient ensuite LinLin, qui défend sur scène son excellent album DISCO INFERNO. Tout d’abord masquée, cuissardes rouges, la rappeuse interprète deux titres, entre hip-hop et productions électroniques. Une prestation qui nous laissera toutefois un peu sur notre faim. LinLin ne manque pas, au passage, d’apporter son soutien aux lycéens mobilisés pour obtenir des conditions d’études dignes.
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Dans cette même quête d’hybridation, 23WA, fait une entrée pour le moins singulière. Sur une table, un MacBook laisse échapper des bugs audio. Accompagné d’un tromboniste et d’un batteur, 23WA nous propulse à la frontière des genres, de l’expérimentation et du collage : une véritable tempête sonore.
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De l’émotion au décalage
Camille Yembe n’a pas besoin de beaucoup de temps pour conquérir la salle. Une ovation l’accueille et, après avoir fait groover l’Olympia sur Rien à fêter, la Belgo-Congolaise livre son intimité. Elle s’assoit simplement sur une chaise pour interpréter Je ne l’ai jamais dit à personne. Un audio de son père ouvre le morceau.
À l’opposé de cette gravité, mais avec un sens tout aussi aigu du spectacle, Gildaa prend l’auditoire à revers par l’humour. Son personnage est né lors d’un atelier de clown au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, et elle en assume pleinement le côté décalé. Elle improvise sans filtre, joue avec le public et va jusqu’à envoyer valser ses claquettes sur scène.
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On rit beaucoup. Mais derrière le numéro, une vulnérabilité affleure et donne une autre profondeur à son interprétation. Véritable coup de cœur de cette soirée, Gildaa reviendra plus tard pour un hommage à Catherine Ringer, avec une reprise totalement libre de Histoires d’A.
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L’Olympia devient un terrain de jeu
Avec Jowee Omicil, le lâcher-prise devient la règle. Armé de six instruments, il ne cesse d’en changer, embarquant rapidement la salle dans un chœur improvisé avant de quitter la scène pour jouer directement au milieu du public. Il reviendra finalement sur scène pour conclure avec un duo de trompettes aux côtés de Voyou.
Après cette tornade festive, Lynn apporte une tout autre couleur. La chanteuse défend son album La vie me va si bien avec sa néo-soul. Portée par le groove de ses musiciens, elle réussit pendant quelques minutes à faire de l’Olympia un club de jazz intimiste.
Petite frustration de notre côté à l’arrivée de Chassol, qui ne jouera finalement qu’un seul titre de son album Funny How?. Rejoint par ALA.NI, dont la voix suave contraste avec le piano du musicien, il prend néanmoins le temps d’expliquer le sens de son œuvre avant de quitter la scène. Un passage trop court à notre goût.
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Les Polynésiens du collectif 15 15 prennent ensuite possession de leur table couverte de machines. Français, anglais et tahitien se mêlent à des sonorités dancehall, R&B et électro. Une nouvelle proposition qui vient rappeler à quel point cette sélection refuse de se limiter à une esthétique ou à une scène.
Pour clore le bal des dix finalistes, Aupinard arrive avec une décontraction bienvenue et sa bossa nova ensoleillée. Après trois heures de concerts, sa douceur vient refermer le volet musical de la soirée.
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Camille Yembe réalise le doublé
Le palmarès peut alors être révélé.
Le Prix Joséphine des 18-20 ans est attribué à Camille Yembe pour son album Jeune & Laide. La chanteuse sort alors son portable pour lire le discours qu’elle avait préparé dans le train, « au cas où ». Une précaution qui finit par payer. Elle remercie chaleureusement l’équipe avec laquelle elle a construit le projet, ainsi que toutes celles et ceux qui ont cru en elle et en sa musique depuis le début.
Puis la présidente Pomme s’avance pour annoncer le Prix Joséphine du jury.
Nous nous attendions à ce que le jury récompense l’audace créative de Gildaa. Mais c’est une nouvelle fois Camille Yembe qui est appelée sur scène.
Elle réalise ainsi le premier doublé de l’histoire du Prix Joséphine, en remportant les deux récompenses de la cérémonie. Mais au moment de quitter l’Olympia, c’est moins le palmarès que cette profusion de propositions qui reste en tête : des musiques qui se mélangent, des artistes qui prennent des risques, des univers qui échappent aux catégories. Et, surtout, une soirée qui rappelle combien la création humaine reste imprévisible, singulière et nécessaire.
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Une dernière précision
Comme vous avez pu le remarquer, les images de cette soirée sont malheureusement peu nombreuses. Notre matériel a été volé, avec l’ensemble des photos que nous avions prises pendant la cérémonie.
Une fin beaucoup moins festive pour nous, mais qui n’enlève rien aux nombreux moments que nous avons pu vivre et entendre ce soir-là.
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Texte Lionel-Fabrice Chassaing
Image de couverture ©Marta Petraccone
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