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Du rap de gourmet, c’est ce que Zek sert dans le projet GRAND LUXXXE Vol.1. Le rappeur-beatmaker qui trempe de façon inconstante dans l’industrie musicale depuis 20 ans est bel et bien de retour, plus en forme que jamais. Modzik a eu le plaisir d’échanger avec lui et vous pouvez retrouver son interview en vidéo sur nos réseaux sociaux.
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Un projet collaboratif
Contrairement à son excellent EP de 2024, Localisable, où il était seul à rapper sur ses propres instrumentals et celles d’Hugo Cervantes, Zek a rameuté une assemblée d’amoureux des rimes pour GRAND LUXXXE Vol.1. C’est un projet collaboratif où il est le chef d’orchestre. Ou plutôt le capitaine d’équipe qui positionne ses coéquipiers sur le terrain. Zek se charge de l’introduction et de la conclusion en solo. Pour les cinq autres titres, il partage le micro avec douze rappeurs de très haut vol. Oui, on se retrouve avec jusqu’à quatre rappeurs par morceau et chacun apporte sa saveur particulière, que ce soit pour un couplet ou un refrain.
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Dès l’introduction, Zek nous fait comprendre que le projet sera à son image : libre, irrévérencieux et attaché à servir de la qualité sans oublier de rigoler. Il y chantonne d’un air apaisé et doux : « C’est bien nous la nouvelle musique française ! Que tu le veuilles ou non, sombre fils de p*te ! ». On imagine Zek priant pour que ce pied de nez arrive aux oreilles d’un Eric Zemmour ou autre Pascal Praud. Cette intro est ponctuée de messages vocaux de ses invités, notamment de Jewel Usain, que Modzik a récemment rencontré, qui remercie pour l’invitation à cette « récréation ». Cela correspond bien à l’esprit de Zek qui refuse de trop se prendre au sérieux et pour qui faire de la musique doit rester un plaisir partagé. Comme un bon repas entre amis.
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Un Zek plus libre que jamais
Zek a mis sa carrière en pause à plusieurs reprises depuis ses débuts. Intéressé par le beatmaking et le sampling depuis ses 13 ans, il a signé à peine majeur comme compositeur chez Néochrome où il a produit pour l’Unité 2 Feu, groupe d’Alkpote et Katana, avant de se mettre à rapper sous le nom de Zekwe Ramos. Après plusieurs projets à une époque où le rap ne rémunérait que quelques stars qui passaient en radio et à la télé, Zek a eu besoin de revenus stables pour élever sa fille. Mais de sa jeunesse de chien fou d’Evry-Courcouronnes, il n’a rien oublié. Ce n’est pas parce qu’il est aujourd’hui un père et un professionnel accompli du milieu de la construction qu’il se renie ou est prêt à lisser son discours pour plaire. Au contraire, c’est un rappeur et compositeur plus libre que jamais. « Trou de balle c’est l’Essonne, c’est pas l’avenue Foch ! Toujours poli quand ça gratte une clope, j’te gifle ta mère si t’indiques le tabac le plus proche », balance-t-il dès le début de Homard Bleu, premier featuring du projet avec les excellents Caballero et Jungle Jack.
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Une évolution fidèle à soi-même
Zek a su rester lui-même tout en évoluant. Il mélange toujours son humour sarcastique, tantôt crade tantôt violent, à des punchlines sur la société, la politique ou les défauts de l’être humain, intégrant une ribambelle de rimes à l’intérieur des phrases. Pour le rendre encore plus agréable, sa voix grave rebondit sur un fond sonore fait de samples et de grosses basses. Une formule qui ne prend pas une ride quand elle est si bien maîtrisée. « C’est la guerre des fours, ça détaille au glaive. Des fois je peux comprendre que Retailleau plaide pour qu’on retaille au bled ! (Enc*lé, va !) ». Une science de la rime comme ça, qui n’oublie pas de faire rire ou de pointer du doigt des choses qui le méritent, sur de belles instrumentales : c’est le mélange addictif que les drogués du rap réclament !
Là où Zek a évolué, c’est qu’avec les années et les conseils de son ami Limsa d’Aulnay, rappeur émérite, il s’autorise de plus en plus à se livrer. Il cesse de se cacher continuellement derrière son talent de rimeur et son humour pour s’ouvrir un peu plus sur sa vie personnelle, ses expériences douloureuses. Ce qui a pour effet de le rendre plus accessible à l’auditeur, qui a alors l’impression de mieux le connaître et peut donc compatir avec l’humain derrière le rappeur. Le meilleur exemple de cela est Anesthésie générale, point d’orgue émotionnel du projet, où il partage le micro avec H Jeune Crack et Achim.
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La belle équipe
Si Zek est le chef d’équipe qui a placé ses collègues sur le projet pour effectuer des matchs, précisons que ces affrontements de qualité opposent les rappeurs aux instrumentales et non pas les rappeurs entre eux. C’est une vraie ambiance de convivialité et de respect qui se dégage du disque. Les artistes ne sont pas là pour se tirer la bourre, mais pour servir un projet commun : faire du grand rap et honorer l’invitation du compositeur rimeur. L’affiche est exceptionnelle par sa qualité mais également par sa diversité. La sélection est à la fois internationale et transgénérationnelle. La Suisse est représentée par la pile électrique qu’est Di-Meh. La Belgique par le légendaire Caballero. Éloquence et H Jeune Crack ont 25 ans d’écart mais aucun des deux ne fait tâche. Au contraire, ils livrent parmi les performances les plus marquantes. Jungle Jack le découpeur représente Paris et son village de Ménilmontant alors qu’Achim vient de Marseille, Infinit de Nice et le Jeune H a grandi à Albi. Le 91, le 93, le 94 et le 95 sont très bien représentés. Cette équipe de choc montre la diversité du rap francophone et est liée par son amour d’une écriture exigeante. On regrette l’absence de rappeuse pour représenter plus fidèlement encore le paysage rap. Mais peut-être sera-t-on servi dans le prochain projet collaboratif de Zek ? Car il y en aura un autre, rapidement on espère…
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GRAND LUXXXE Vol.1 est disponible via GRAND LUXXXE GROUP / DEMAIN [PIAS].
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Texte Antoine Clairefond – Le Rapporteur
Image de couverture ©R A D G
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