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Née à Washington sous influence éthiopienne, nourrie dès l’adolescence par la scène rock et indie de la côte Est avant de rejoindre Los Angeles au début des années 2010, Kelela a construit sa carrière sur un principe simple : ne jamais se fixer durablement dans un seul genre. New Avatar, son troisième album studio, ne fait pas exception, mais il inaugure une période nouvelle dans sa discographie.

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D’une mixtape culte à un troisième album mûri

Le parcours de Kelela est celui d’une révélation progressive. Cut 4 Me, sa mixtape fondatrice de 2013, avait imposé une voix singulière au croisement du grime et de la club music underground. Take Me Apart (2017) avait ensuite affiné cette identité vers un R&B alternatif plus feutré, avant que Raven (2023), porté par les productions de Kaytranada ou BAMBII, ne célèbre la piste de danse noire et queer. Trois ans après ce disque marquant, New Avatar referme une boucle sans jamais donner l’impression de se répéter : on y retrouve des traces de chacune de ces époques, réagencées avec un recul nouveau.

Le disque a été façonné aux côtés du producteur britannique Oscar Scheller, dont la patte électronique laisse néanmoins une large place aux textures organiques : guitares saturées, réminiscences shoegaze, accents rock hérités des années 90. Ce virage n’a rien d’un caprice : Kelela a elle-même évoqué son attachement au grunge originel de Seattle comme point de référence du disque, une manière d’assumer pleinement les racines rock de sa jeunesse plutôt que de les dissimuler derrière l’étiquette R&B.

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Une matière sonore éclatée mais cohérente

Douze titres composent New Avatar, et leur amplitude stylistique est impressionnante : garage anglais, ambient, jersey bounce, post-punk, ballades électroniques. Le morceau d’ouverture, idea 1, donnerait presque le ton d’une méditation minimaliste avant de basculer brutalement vers une envolée quasi hymnique, un procédé que l’on retrouve tout au long de l’album, comme une signature de mise en scène. Le titre puiserait son inspiration dans l’univers dystopique d’Octavia Butler, une manière pour Kelela d’ancrer son introspection amoureuse dans une inquiétude plus large sur l’état du monde.

Trois invités seulement viennent ponctuer le disque, et chacun est choisi avec soin. Fousheé apporte sa légèreté sur new life forms ; PinkPantheress prête sa précision two-step à the bridge, créant un pont générationnel entre deux artistes qui partagent un goût commun pour l’UK garage ; A.K. Paul, frère et complice de Jai Paul, habille outta time d’une guitare somptueuse et d’un groove qui n’est pas sans évoquer l’héritage de Prince. Cette parcimonie dans les featurings renforce la cohérence du projet.

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Le récit d’une rupture, entre colère et acceptation

Sous la diversité des textures se dessine un fil narratif d’une rupture amoureuse traversée de bout en bout, depuis la déchirure initiale jusqu’à une forme de paix retrouvée. retaliation lullaby capture ce moment où l’on s’abrite du monde extérieur tandis que la tempête gronde au-dehors, avant que l’album ne bascule vers une rage plus habitée, portée jusqu’au morceau de clôture if we meet again, qui referme le disque sur une note d’ouverture vers de nouvelles formes de lien.

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Un disque de la maturité assumée

New Avatar dégage une légèreté nouvelle, portée par une exigence artistique intacte et une confiance désormais pleinement assumée. Le disque respire, laisse des espaces vides, ne dit pas tout d’un coup. Après Raven, disque radical s’il en est, Kelela n’a plus rien à prouver. Elle habite son art. C’est ce qui rend New Avatar aussi saisissant.

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New Avatar cover

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New Avatar est disponible via Warp Records. En concert à Paris (Elysée Montmartre) le 27 octobre 2026.

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Texte Lionel-Fabrice Chassaing

Image de couverture Warp Records

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