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Après avoir longtemps façonné une électronique tournée vers l’ailleurs et la contemplation, Fakear déplace aujourd’hui son centre de gravité vers le dancefloor. Nourri par les DJ sets, les clubs et une envie nouvelle de faire corps avec le public, A Nice Place to Be prolonge cette trajectoire tout en conservant les mélodies et les émotions qui accompagnent l’artiste depuis ses débuts.
Il y a deux ans, lorsque nous retrouvions Fakear à l’occasion de ses dix ans de carrière, quelque chose avait déjà commencé à bouger. Celui que l’on avait longtemps associé à une électronique aérienne, nourrie de samples vocaux, de sonorités venues d’ailleurs et d’un imaginaire largement tourné vers les grands espaces nous parlait alors avec enthousiasme de ses DJ sets. Lui qui avait longtemps pensé la musique depuis sa chambre découvrait autrement la house et la techno : non plus seulement comme des genres à produire, mais comme une expérience collective. « C’est vivre ensemble une énergie, c’est primitif et c’est extraordinaire », nous disait-il.
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Cette envie de mouvement affleurait déjà dans Talisman puis Hypertalisman. Après les années Universal et le sentiment d’avoir perdu le contrôle sur sa musique, le retour chez Nowadays Records lui avait permis de retrouver un cadre de travail plus familier et surtout une liberté nouvelle. Les deux albums renouaient avec ses fondamentaux tout en laissant davantage de place à l’énergie et au mouvement. Les DJ sets avaient aussi changé sa manière de penser ses concerts : les morceaux s’enchaînaient désormais davantage, comme dans un set, plutôt que de simplement se succéder. Il parlait alors de cette découverte comme d’une « espèce d’énorme claque ».
A Nice Place to Be en fait aujourd’hui une matière centrale. Le disque conserve ce qui a longtemps défini Fakear, mais en bouge les équilibres. Les mélodies sont toujours là, les samples installent en quelques secondes une atmosphère reconnaissable, tandis que les rythmiques occupent désormais le premier plan. Sur EMOTE, le UK garage donne au morceau une tension physique ; those trees travaille des basses plus profondes et un tempo qui file vers les 140 BPM ; notre préféré, Waking Up Is Better With You, fait surgir la drum’n’bass là où l’on aurait autrefois attendu une progression plus contemplative. La musique appelle le corps.
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L’expérience du club lui a surtout appris à penser la rythmique autrement. La dynamique, l’attente, la montée, le moment précis où un son déclenche une réaction collective sont devenus des éléments à part entière de son langage. Il racontait en 2024 son plaisir à observer le public au moment d’un drop, lorsque tous réagissent d’un même mouvement. Sur ce nouvel album, cette attention portée à l’auditeur devient presque une méthode de composition.
Pour autant, A Nice Place to Be ne se réduit pas à une démonstration de bass music. Derrière les nouvelles textures et les rythmiques plus physiques, le disque porte une écriture plus personnelle. Fakear disait vouloir, pour la première fois, parler des humains, des émotions, et de Fakear. La disparition de ses grands-parents pendant la conception du disque l’a notamment conduit à retourner vers ses souvenirs d’enfance. Cette matière intime affleure sans jamais enfermer l’album dans l’introspection.
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Elle rejoint d’ailleurs une liberté que Fakear revendiquait déjà dans sa manière de composer. Lors de notre échange en 2024, il expliquait alterner naturellement les périodes plus introspectives et celles davantage tournées vers la pop, avec cette impression que sa musique précédait parfois sa propre compréhension de ce qu’il était en train de faire. « Quand je compose, j’ai super confiance en moi, je me laisse aller à tout, j’expérimente », expliquait-il. Sur A Nice Place to Be, cette liberté devient particulièrement lisible : Reste là assume une simplicité désarmante, tandis que Don’t Leave Me inscrit une thématique affective dans l’énergie du dancefloor.
A Nice Place to Be prolonge finalement tout ce que les disques précédents avaient amorcé. La nature et les paysages laissent davantage de place aux humains ; la contemplation dialogue avec l’urgence ; le producteur de chambre s’est nourri de la scène et du DJing. En 2024, il nous disait : « j’évolue mais je ne peux pas changer de ouf ». Deux ans plus tard, la formule prend un relief particulier. Fakear n’a effectivement pas changé de nature. Il a simplement appris à faire danser tout ce qu’il portait déjà en lui.
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A Nice Place to Be est disponible via Animale Sauvage/Nowadays Records. En tournée et en concert à Paris (Olympia) le 6 novembre 2026.
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Texte Lionel-Fabrice Chassaing
Image de couverture ©Frankie Allio
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