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Que de kilomètres parcourus. Quinze, parfois dix-sept par jour, à travers le Domaine national de Saint-Cloud, d’une scène à l’autre, d’un concert à une interview, d’une découverte à une rencontre improvisée entre deux passages de foule. Cinq jours à arpenter le site sans jamais vraiment avoir envie de ralentir, tant la programmation donnait constamment une bonne raison de traverser le festival pour aller voir ce qui se passait quelques centaines de mètres plus loin. Une édition particulièrement riche, où les grands rendez-vous auront côtoyé une multitude de découvertes, avec cette agréable frustration de ne pas pouvoir être partout à la fois.
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Car un festival, c’est aussi cela : une course permanente après les horaires, les artistes, les bonnes surprises et ces quelques minutes volées qui permettent de croiser un musicien dans un espace presse ou de refaire le concert que l’on vient de voir avec quelques mots échangés à chaud.
Et des rencontres, cette édition 2026 n’en aura pas manqué. Avec des artistes confirmés comme Sparks, dont la longévité continue de forcer le respect, mais aussi avec une génération plus jeune qui semble avoir trouvé dans les festivals un formidable terrain d’expression. Magi Merlin, Sékou, Kingfishr, Love Spells, Jean Dawson, Florence Road, Arthur Fu Bandini, Vangeline ou encore Sam Quealy auront ainsi compté parmi les visages et les voix qui auront rythmé ces cinq journées.
Des échanges dont certains trouveront bientôt leur prolongement ici et nos réseaux sociaux avec plusieurs interviews à découvrir prochainement. L’occasion de revenir autrement sur ces artistes, loin du simple exercice du compte rendu de concert, et de comprendre ce qui se joue derrière les morceaux, les performances et parfois les quelques dizaines de minutes passées sur scène.
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Les images qui restent
Et puis il y a les concerts que l’on emporte avec soi. Ceux qui, quelques jours après avoir quitté Saint-Cloud, continuent de tourner dans la tête.
Lorde, d’abord, avec un show aussi inventif que minimaliste, où chaque élément semble avoir été pensé pour servir la musique. Magi Merlin ensuite, et cette folie communicative, cette énergie incontrôlable qui transforme rapidement la scène en terrain de jeu. Sekou, lui, aura marqué par une soul captivante, portée par une voix qui impose immédiatement son relief.
Il y aura eu aussi Turnstile, victime d’une scène devenue presque trop petite face à l’ampleur prise par le groupe, et cette fosse en fusion qui aura offert l’un des moments les plus physiques du festival. Love Spells aura séduit par une présence aussi charismatique qu’évidente, tandis que Kingfishr aura rappelé qu’un concert peut aussi se mesurer à la qualité du lien créé avec le public, avec une humanité qui ne semblait jamais forcée.
Florence Road aura injecté une belle dose d’énergie rock, tandis que Jain aura surpris tout le monde en surgissant au beau milieu du public pour un happening orchestré autour de la sortie de son prochain album. Jean Dawson aura, lui, occupé l’espace avec une présence scénique magnétique. Et puis Lykke Li, jouant sous une pluie battante, aura installé une ambiance limite post-apocalyptique, hypnotique, avec cette sensation étrange d’assister à un concert au milieu des derniers jours du monde. Et puis il y a eu la force tranquille de Tyler Ballgame, le set fiévreux d’Arthur Fu Bandini, avant que The Cure ne referme le festival dans une forme de fièvre collective, avec un Robert Smith toujours aussi habité et un public de plusieurs générations réuni autour des mêmes chansons.
Une liste forcément subjective, forcément incomplète aussi. C’est probablement l’un des effets les plus frustrants et les plus réjouissants d’une programmation aussi riche : même en parcourant quinze à dix-sept kilomètres par jour, il reste encore des scènes auxquelles on n’a pas pu assister, des artistes que l’on a seulement croisés, des concerts que l’on aurait aimé voir.
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Le rock revient-il vraiment ?
Difficile, en traversant Rock en Seine cette année, de ne pas se poser la question. Pas forcément parce que le rock aurait disparu entre-temps, mais parce qu’il semblait occuper une place particulièrement importante dans les cinq journées passées à Saint-Cloud.
Il était partout, sous des formes parfois très éloignées les unes des autres. Dans la puissance de Landmvrks, dans les guitares de Kurt Vile & The Violators ou de Wilco, dans le blues électrique des Black Keys, dans l’efficacité toujours redoutable de Franz Ferdinand. Plus loin, Slowdive faisait résonner ses nappes shoegaze tandis que Black Country, New Road empruntait des chemins autrement plus tortueux. Et lorsque Amyl & The Sniffers ou High Vis entraient en scène, difficile de ne pas mesurer à quel point les formes les plus abrasives du genre ont encore de beaux jours devant elles.
Ici, pas question de reproduire le rock d’hier. Les guitares se mêlent à l’électronique, à la pop, au rap, au hardcore ou à l’expérimentation. Les générations se croisent, les influences circulent et les frontières s’effacent naturellement et les filiations deviennent parfois difficiles à suivre, ce qui est plutôt bon signe.
Il suffisait d’ailleurs de regarder le public. Dans une même journée, les silhouettes et les âges changeaient au gré des scènes, mais l’envie de musique restait la même. Des spectateurs venus pour The Black Keys pouvaient se retrouver devant un groupe plus jeune qu’ils ne connaissaient pas encore ; d’autres, attirés par les nouvelles figures de l’affiche, découvraient au passage des artistes installés depuis longtemps.
Alors, le rock revient-il vraiment ? Peut-être que la question est mal posée. Il ne revient pas : il circule. Il change de visage, passe d’une génération à l’autre, emprunte des chemins de traverse et réapparaît là où on ne l’attendait pas forcément.
Et après cinq jours à courir d’une scène à l’autre, c’est probablement ce mouvement-là que l’on retient le plus.
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Un retour en force
Derrière les kilomètres parcourus, les découvertes et les coups de cœur, les chiffres racontent eux aussi quelque chose de cette édition. Avec 175 000 spectateurs réunis du 26 au 30 août, Rock en Seine retrouve une fréquentation nettement supérieure aux 148 000 de l’édition 2025. Deux journées, celles de Nick Cave et de The Cure, ont affiché complet. Surtout, après une année 2025 compliquée par les annulations de plusieurs têtes d’affiche et un exercice déficitaire, le festival renoue avec les bénéfices, comme l’a confirmé son directeur Matthieu Ducos.
Un résultat qui donne un relief particulier au choix de cette programmation 2026. En remettant le rock au premier plan tout en ouvrant largement l’affiche aux nouvelles générations et aux esthétiques qui gravitent autour du genre, Rock en Seine semble avoir trouvé une équation qui fonctionne aussi bien sur le terrain que dans les chiffres.
Mais un festival ne se résume évidemment pas à ses seuls chiffres ou à sa programmation. C’est avant tout une aventure humaine, faite de rencontres, d’échanges, de discussions improvisées et de personnes qui, chacune à leur manière, permettent à tout cela de fonctionner.
Alors, un grand merci à l’ensemble de nos interlocuteurs, aux équipes du festival, aux attaché(e)s de presse, aux équipes de management et à tous ceux qui auront facilité les rencontres, les interviews et le travail pendant ces cinq journées. Sans eux, ces kilomètres auraient été bien plus longs et surtout beaucoup moins riches.
Maintenant, la rentrée peut commencer.
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Texte Lionel-Fabrice Chassaing
Image de couverture Marina Viguier
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