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Oubliez les étiquettes : Futuro Pelo, c’est le projet radical et sans filtre de Benjamin Sportès. Actif depuis 1983 sur la scène alternative, il a forgé sa renommée pendant quinze ans au sein de Sporto Kantes, dont des performances mémorables à La Cigale, le Trianon, le Bataclan, La Route Du Rock, Marsatac, Cabaret Vert, les Transmusicales, le Printemps de Bourges… L’artiste a troqué Paris pour un studio brutaliste à Bruxelles, le Brussels Unlimited Noise Klub, où il s’est réfugié pour écrire ce nouveau chapitre. Une déflagration sans aucune limite ni barrières, un cocktail molotov de rock’n’roll, électro, garage, punk, pop…
Sketches of Loss n’est pas juste une expérience de vie mise sur papier musical. C’est l’exutoire intimiste d’un couple, un abandon aux univers obscurs du deuil, et une recherche continue de guérison.
Face à face temporel
Le jeu du passé et du présent revient continuellement tout au long de ce voyage, de ce chapitre émotionnel au cœur de l’artiste. Ainsi, Crazy Fool nous fait entrer dans la balance de chaque cadence, au rythme que Stromboli nous fait inspirer : celui d’un cirque démantelé errant dans les rues grises bruxelloises. Le deuxième titre nous confronte à notre humanité personnelle : qui sommes-nous ? Quel jeu de personnalité joue-t-on dans une phase de deuil perpétuelle ? Devons-nous tenir une attitude directrice en rapport aux autres, loin de notre intimité ou pouvons-nous enfin être honnêtes ? The Thing et Mirror prolongent cette interrogation dans un besoin viscéral de se mettre à nu face à la marginalité de sa perte. La légende se mélange à l’amour ; on aimerait pouvoir ressentir sa haine, honteuse des masques que l’on porte à soi-même pour ne plus se sentir vide et déprimé. Vide, et chronologiquement perdu, on vacille dans l’intemporalité des flashbacks de Benjamin et de sa compagne, La Flaca, portée par une résilience de son corps qui fait contre-face à ses sentiments dans une mélodie purgatoire, sourde, presque insupportable : Trauma est la conclusion qui vient feutrer une sorte d’optimisme venu d’un son qui fonctionne comme des mirages sous un excès de chaleur. Topical Sun dissimule une décoloration solaire, un refuge vers la fraîcheur de la mort. Soutenu par des allégories chargées de sens, le cheval revient régulièrement comme symbole de fertilité que Benjamin porte tel un fantôme dans son quotidien : un symbole de motivation, de passion et de liberté, parallèle à ses cauchemars. Get Away transforme la joie d’être père vers le besoin d’oublier un drame impossible à effacer. Dans cette temporalité infinie, Got To Loose transmet une mise en abyme de son enfance. On traverse alors une masculinité longtemps taboue pour atteindre celle du 21ème siècle, où un homme peut pleurer et se montrer vulnérable face à ses faiblesses sans que son image en soit détériorée. D’où le fait que les pages de l’histoire de son père restent blanches : il n’existe aucun héritage émotionnel personnel.
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Sans limites, on retrouve finalement toutes les émotions que chaque stade d’une perte transmet. Cet album – unique – transmet enfin ce que des paroles ou des actes ne peuvent signifier même en les répétant. Du fait d’insinuations animales, on arrive enfin à faire transmettre des rythmes du cœur, discontinus : une voix, une guitare, une basse, des boucles de batterie qui reflètent une année de deuil marquée par la perte de son fils, puis de son père.
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Sketches of Loss est disponible via Exag’ Records.
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Texte Andréa Martins
Image de couverture ©FlorineHill & Benjamin Sportès
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