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La playlist Modzik pour sonoriser ton weekend.
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BLU SAMU – ADEUS
Salomé Dos Santos a mis dix ans pour livrer un premier album. Dix ans de scène bruxelloise, de collaborations unerground, de maturation lente et une thérapie de deux ans et demi qui transparaît dans chaque sillon de (K)NOT. Née au Portugal, grandie à Anvers, enracinée à Bruxelles, Blu Samu a longtemps été cataloguée du côté du hip-hop urbain avant de revendiquer, haut et fort, une identité de poétesse. Ce premier album est le résultat de cette émancipation. Adeus en est le point d’orgue, la dernière page d’un journal intime mis en musique, celle qu’on relit après avoir tout refermé. Sur un lit sonore qui flirte avec le fado sans jamais s’y abandonner, tendu entre fragilité acoustique et rythmique urbaine, Blu Samu dit au revoir à une ancienne version d’elle-même. Les paroles oscillent entre aveu (« I cry as I say goodbye ») et déclaration d’envol (« I got big plans for myself, yeah believe me »), sans jamais forcer le pathos ni chercher la rédemption facile. Le morceau monte, se dépouille, touche au spirituel « take me to my sire / to the angel choir » comme une prière laïque héritée de ses racines catholiques portugaises, avant de redescendre sur une évidence : « we can all aspire / to make the darkness brighter ». Ce glissement de la blessure intime vers quelque chose qui appartient à tout le monde, c’est précisément ce qui fait la force de Blu Samu. Là où l’album s’était ouvert en confessionnal, il se referme en promesse. Sobre, juste, et d’une efficacité redoutable. (LFC)
Adeus est disponible via Animal63. En tournée et à Paris (We Love Green) le 6 juin 2026.
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BRENT FAIYAZ – BUTTERFLIES.
Vous vous souvenez de cet amour que vous avez eu, sans être sûr qu’il était réciproque ? Si ce n’est pas le cas, butterflies. de Brent Faiyaz, avec son clip sorti ce mercredi, vous plongera totalement dedans. C’est l’histoire d’un amour né d’une certitude, mais dont on finit par douter. « Should I chill? » Brent est sous le charme, mais se demande si c’est réciproque, ou simplement si c’est aussi fort que ce qu’il ressent au point de se demander s’il ne devrait pas revoir ses sentiments à la baisse. L’amour simple et instinctif devient alors une source d’anxiété, et on en vient à se poser la question, comme dans la chanson : est-ce qu’aimer est censé faire de la peine ? Quand on a une chanson aussi explicite et qui résonne avec autant d’histoires, pas besoin d’en faire trop et c’est exactement ce que Brent Faiyaz a fait. Beaucoup d’animation, on ne le voit pas tant chanter que ça, parce que la chanson laisse place à l’imagination. On se projette à la place de Brent, avec cet amour de l’école, de la fac ou du boulot, avec qui on a eu un coup de foudre sans jamais savoir si c’était réciproque… (CHE)
butterflies. est disponible via Iso Supremacy.
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TIFFANY DAY – NO LUCK
Avec le clip de No Luck, Tiffany Day continue de préciser son univers, sans en faire trop. Le clip, extrait de Halo (son deuxième album sorti en avril), aligne lumières froides et errance un peu romantique : une esthétique indie sleaze déjà bien digérée mais qui, encore, fonctionne. Ça ressemble à des souvenirs recréés, entre nostalgie du passé et besoin de s’en faire de nouveaux. Depuis ses débuts (de YouTube à ses premiers titres qui circulaient en ligne ) la chanteuse américaine évolue sans rupture, mais avec une direction de plus en plus claire. Halo marque un vrai palier : les prods prennent de l’ampleur, les morceaux tiennent mieux, et surtout, l’ensemble sonne comme un projet pensé, pas juste une suite de chansons. No Luck s’inscrit pile là-dedans. Le clip capte cette façon qu’elle a de transformer des états très personnels en images presque distantes, comme rejouées après coup. Tiffany Day ne court plus après une vibe nostalgique : elle s’y installe, et commence vraiment à la faire sienne. (TR)
No Luck est disponible via Tiffany Day.
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NUIT INCOLORE – ANGE & DÉMON
Trois ans après La loi du papillon, Théo Marclay refait surface avec un nouveau single. Lui, l’orphelin du Valais adopté depuis le Vietnam, qui avait bâti toute sa mytho sur l’insomnie et la mélancolie chambriste, débarque aujourd’hui armé de basses métalliques et du producteur de K-pop coréen Alawn (Stray Kids, TWICE, 45 numéros 1 au Billboard). La dualité ange/démon prolonge naturellement l’introspection douloureuse de Dépassé ou Loin mais l’habillage électro-cinématographique dilue quelque peu la fragilité qui faisait sa force. Toutefois, son univers poétique reste présent. Il élargit seulement son audience à l’international en adoptant des codes musicaux et visuels qui dépassent la scène francophone. Le refrain choral, répété jusqu’à l’incantation, fonctionne : il y a quelque chose d’hypnotique dans ce « Suis-je un ange, un démon » martelé comme une question sans réponse. Et le pont « Si tomber c’est renaître / J’accepterai enfin ma perte » rappelle qu’il reste, au fond, un vrai parolier. L’artiste lui-même parle de « pop sombre et cinématographique », de « basses métalliques puissantes mêlées à une orchestration plus légère et aérienne » un équilibre qu’il revendique comme la traduction sonore de sa dualité intérieure. Ce virage assumé vers une pop plus internationale sonne comme l’aboutissement logique d’un artiste qui, depuis ses nuits blanches valaisannes, a toujours rêvé plus grand que son miroir. (LFC)
Ange & démon est disponible via Cinq 7/Wagram Music. En concert à Paris (La Cigale) le 1er décembre 2026.
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MGK & WIZ KHALIFA – EVERYTHING TATTED
Il fallait oser revenir là. Sur Blog Era Boyz, mgk et Wiz Khalifa revisitent leur légende avec lucidité. Tout commence en 2013, avec Mind of a Stoner, premier acte d’une complicité qui n’a jamais vraiment disparu, et que cette mixtape vient aujourd’hui prolonger et consolider plus d’une décennie plus tard. Neuf titres qui ressuscitent l’esthétique instinctive et directe des mixtapes du début des années 2010, sans nostalgie ni calcul marketing. Le mélange est assumé et cohérent : rap, rock, weed culture et émotion cohabitent avec fluidité. Les productions de Sledgren, SlimXX ou No Love For The Middle Child déploient des textures sonores aussi bien vaporeuses qu’acérées, de la dream pop synthétique de Girl Next Door aux territoires trap de Everything Tatted, en passant par la guitare americana de Fill My Pocket. Les lyrics suivent le même mouvement : le storytelling est non linéaire, personnel, oscillant sans cesse entre ego gonflé à bloc (MPH) et vulnérabilité à peine voilée (Passport, Fiberglass). Ce que le duo dit en creux est plus intéressant que ce qu’il proclame : la réussite construite, les cicatrices, la loyauté et la famille comme derniers remparts. Blog Era Boyz est une mixtape accomplie, ancrée dans une époque et dans deux trajectoires humaines qui se retrouvent là où tout avait commencé. (LFC)
Blog Era Boyz est disponible via EST 19XX/Interscope Records.
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ANTONIN – PALME D’OR
Enfant du Cap-Ferret élevé entre les pins et l’océan, Antonin Bartherotte a longtemps œuvré dans l’ombre, leader de Hangar, bassiste de Papooz, collaborateur de Polo & Pan avant de s’avancer à la lumière. Avec Bleus, son deuxième album solo, il signe sans doute son œuvre la plus accomplie. Dix titres, vingt-sept minutes : pas une note de trop. Produit par Adrien Durand au studio Atlas avec une équipe resserrée, l’album déploie une pop organique et feutrée, construite autour de guitares acoustiques, de claviers aériens et d’une rythmique souple. La slide guitare vient, par endroits, creuser la mélancolie comme un sillon dans le sable. Antonin chante la vulnérabilité amoureuse, porté par des mélodies simples qui s’installent sans prévenir. J’sais pas dire non explore l’ambivalence d’une relation avec une économie de mots désarmante, Angle mort glisse vers un jazz intime, Palme d’or épingle l’amour contemporain devenu jeu de façades sans perdre sa légèreté, et J’suis pas ta guitare, dialogue imaginaire avec son instrument de prédilection surgit comme une libération électrique. Il a voulu « des fragments de vie, plus ou moins lumineux, posés sur des mélodies simples » et c’est exactement ce qu’on reçoit, avec la sensation que ces chansons nous appartiennent autant qu’elles lui appartiennent. Bleus est un album beau, vraiment beau : des bleus au corps, des bleus à l’âme mais aussi, en filigrane, le bleu du ciel en juillet au-dessus du Bassin, celui de l’océan un matin d’été où tout semble encore possible. Un album de cicatrices, mais aussi, étrangement, un album de saison. (LFC)
Bleus est disponible via Ekler. En concert à Paris (Bus Palladium) le 12 juin 2026.
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JELLAM – MI AMOR
Ce que raconte JELLAM avec Mi Amor est un amour qui n’est pas idéalisé, pas fantasmé mais vécu. Dès les premières images, le ton est donné. On n’est pas là pour romantiser, beaucoup plus pour dénoncer tout en respectant l’art que propose le clip, réalisé par Yeux Ébènes. Il plonge dans quelque chose de plus profond, une réalité qu’on préfère souvent ignorer, celle d’une femme qu’on réduit à une étiquette, sans jamais chercher à connaître son histoire. Et c’est là que le morceau devient encore plus fort. Parce qu’il ne parle pas seulement d’amour. Il parle de regard. Du regard qu’on pose sur les autres, souvent sans recul. Mais ce qui crée un vrai contraste, c’est le son. Une vibe amapiano légère qui donne envie de danser. Un rythme entraînant solaire… à l’opposé de ce que racontent les images. Et c’est précisément là que JELLAM frappe fort : il nous fait bouger sur une histoire lourde. Il nous fait ressentir sans nous mettre directement mal à l’aise avant que le fond nous rattrape. Une manière de rappeler que derrière chaque image se cache une histoire qu’on n’a pas pris le temps d’écouter. Et lorsque la phrase apparaît à la fin du clip « derrière chaque prostituée se cache une histoire que personne n’a voulu écouter », tout prend alors son sens. Pas besoin d’en faire trop. L’esthétique est sombre, marquante, presque pesante par moments. Mais portée par une musicalité qui contraste, elle nous capte différemment. Parce que le message ne doit pas être confortable, il doit rester. (CHE)
Mi amor est disponible via ikigai Production.
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LOLA YOUNG – FROM DOWN HERE
Il y a, à l’évidence, dans ce single à la fois une économie d’énergie et une force de caractère retrouvée. Lola Young revient quelques mois après s’être effondrée sur scène à New York, la Londonienne signe From Down Here, un premier pas musical mesuré. Le tableau d’ouverture est d’une précision clinique : une robe d’anniversaire, une table sur laquelle on ne parvient plus à danser, une conversation qu’on n’arrive pas à démarrer dans son endroit pourtant préféré. Le malaise est banal, donc universel. Le chorus l’élève sans le dramatiser « not quite alive, I’m somewhere in between » avant que le bridge ne retourne l’ensemble avec une ironie tranquille : « but what a boring book it would’ve been anyway ». Co-écrit et co-produit par James Blake, qui confiait récemment à propos de Young : « To have that so young is actually really unique. I just love her ». Le morceau porte cette double empreinte, la sienne, atmosphérique, et celle d’une autrice qui n’a jamais eu besoin de forcer le trait. Brute, mélancolique, sans paillettes mais avec les crocs. Quelques mots suffisent. Ça n’a pas changé. (LFC)
From Down Here est disponible via Day One Music/Universal Music.
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ED O’BRIEN – INCANTATIONS
Ed O’Brien dévoile cette semaine Blue Morpho, son premier album sorti sous son propre nom. On pourrait s’attendre à ce que le guitariste de Radiohead, à l’origine d’un premier disque solo, Earth (2020), soit rôdé à l’exercice. Pourtant, la naissance de Blue Morpho est loin de s’être imposée comme une évidence pour l’artiste, qui a abordé ce projet avec la candeur d’un auteur-compositeur débutant. Ce n’est pas un hasard si le disque emprunte son nom à un papillon irisé découvert par O’Brien au Brésil : il est le résultat d’un processus de transformation long et douloureux, mais nécessaire pour permettre à l’artiste de trouver sa voie et prendre son envol. Les premières bribes de l’album sont nées dans une période particulièrement sombre de sa vie. En plein confinement et au plus fort de sa dépression, il s’est mis à jouer de la guitare pendant des heures chaque jour, sans autre but que de traverser l’obscurité. Porté par son intuition, il a laissé la musique venir à lui, enregistrant des bouts de mélodies ça et là. Sans le savoir, il posait les bases de Blue Morpho : un disque personnel et spirituel aux sonorités psychédéliques, quelque part entre la folk, le jazz et le trip-hop. Enregistré entre le Pays de Galles et le mythique Church Studios de Londres, l’album est aussi le fruit de rencontres avec le producteur Paul Epworth (Adele, Paul McCartney), et les compositeurs Shabaka Hutchings et Tõnu Kõrvits. Sans plus attendre, voici Incantations, titre d’ouverture progressif de huit minutes, qui nous plonge d’emblée dans l’univers hypnotique d’Ed O’Brien. (EM)
Incantations est disponible via Trangressive Records.
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