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Le 1er mai 2025, le featuring entre Maureen et Kalash, Laptop, devenait le premier morceau de shatta à être certifié single de diamant par la Snep. Né au milieu des années 2010 en Martinique, ce genre est devenu une vitrine de l’identité de l’île, poussé par des artistes locaux avec une grande volonté d’expansion. Et à raison. Si la salsa cubaine, le calypso trinidadien ou le reggae jamaïcain ont fait danser le monde entier, pourquoi pas le shatta ?

Le 22 juin prochain, France TV diffusera sur France 3 le documentaire Shatta, une génération, deux notes. Réalisé par Léa Mormin-Chauvac et Malo Delarue, il revient sur les origines de ce mouvement et met brillamment en lumière la scène actuelle au travers de ses attitudes et de ses combats. L’occasion pour Modzik de revenir sur les 15 ans d’un phénomène musical devenu incontournable.

Le shatta est un descendant direct du dancehall qu’on aurait robotisé et densifié. À l’instar de son oncle jamaïcain, son riddim se trouve autour de 100 bpm. Mais lui ne s’encombre pas d’instruments acoustiques, ou alors de manière très discrète. Tout se joue dans la basse : « si le caisson ne résonne pas, on ne peut pas appeler ça du shatta », résume la chanteuse Mina dans le documentaire. Ajoutez à cela des percussions sèches, des voix vibrantes, des paroles en créole martiniquais, et obtenez une musique bâtie pour le live, qui peut faire danser n’importe qui n’importe quand, d’où le succès grandissant des soirées consacrées à celle-ci dans l’Hexagone. 

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Mais le retentissement du shatta n’est pas uniquement dû à ses riddims dansants. C’est un son parfaitement imbriqué dans son époque, inséparable de ses problématiques, et dont les personnes qui le pratiquent sont les symboles de ces combats. C’est une musique qui crache au visage du racisme, de la misogynie, de la glottophobie et de plein d’autres mots en -ie. Le shatta est un mouvement libre, qui laisse ses artistes exprimer leur joie, leur rage, leurs plaisirs charnels, sans se soucier de choquer. 

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De Fort-de-France à l’Hexagone sans toucher à son identité

C’est au cœur du quartier de Volga-plage à Fort-de-France que PSK Shatta fut l’un des premiers à composer des riddims de ce genre au milieu des années 2010. Il recevait alors de nombreux artistes, dont son compère de toujours, Danhtology, avec une envie : raconter leur quotidien, des galères financières aux relations amoureuses en passant par leurs revendications politiques. C’était un moyen d’expression de ceux qu’on entendait pas, notamment dans l’Hexagone, une sorte de décolonisation par la musique, ou du moins de rappel de l’identité Martiniquaise.

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Depuis cette époque, le genre s’est féminisé, devenant le relais du défoulement des femmes martiniquaises par le rythme, le corps et les paroles mi-drôles mi-trash, dans la lignée d’autres chanteuses noires comme Theodora ou Meryl. Car c’est ça le shatta : se libérer des regards (masculins surtout), dire aux hommes ce que l’on a à dire et affirmer son identité antillaise avec fierté et humour. Le shatta, ça se twerke et ça se chante avec autorité, comme pour dompter les productions métalliques sauvages. 

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Les grosses têtes d’affiche de la scène comme Maureen, Shannon ou Natoxie se produisent maintenant plusieurs fois par an dans l’Hexagone, preuve s’il en fallait que le shatta a largement dépassé la Martinique. L’éclosion d’artistes hors de l’île comme la guyanaise Bamby ou le francilien Blaiz Fayah n’est donc qu’une suite logique. Cet été, le festival Yardland accueillera entre autres Natoxie mais aussi N’Ken et Shaydee’s dans le cadre d’un Carribean World Show animé par le martiniquais DJ Killerz. De quoi créer une véritable célébration du shatta, pour les pionniers comme pour les néophytes.

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Shatta, une génération, deux notes, documentaire de Léa Mormin-Chauvac et Malo Delarue, le 22 juin 2026 sur France 3.

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Texte Erwan Cler

Image de couverture France TV

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