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La sélection Modzik pour sonoriser ton weekend.

 

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AUPINARD – LE PORT DES GENS MAL-AIMÉS

Spleen Social Club de Aupinard s’ouvre comme un carnet de nuits trop pleines, où le spleen devient collectif et générationnel. Entre Peau ébène, Grand cru et Le port des gens mal-aimés, le Bordelais déroule une chronique des élans contrariés, des attachements et des retours à vide. Le titre dit tout : un club où l’on partage moins la fête que ses lendemains. Dans la foulée de ses dates complètes à la Salle Pleyel, l’album marque un virage : fini l’isolement des débuts, la musique s’écrit désormais à plusieurs voix. Celles d’Anaïs Cardot, d’Ino Casablanca ou de Sonny Rave viennent fissurer le récit, lui donner du relief. Aupinard creuse encore cette nostalgie qui lui colle à la peau, mais élargit le spectre : la bossa des origines se dilue dans des teintes jazz, des dérives R&B, d’ambiances plus libres. Par endroits, une certaine manière de poser les ambiances feutrées, évoque un imaginaire proche de Frank Ocean, moins comme référence directe que comme climat intime, avant que l’ombre de Cesária Évora ne plane sur la sortie, comme une leçon d’élégance face au chaos. Autodidacte passé de YouTube à la scène, il prolonge ici une mue entamée depuis ses premiers projets : moins de posture, plus de récit. Un thé ? incarne sans doute le mieux cette mue. La variété devient alors une force : Aupinard fait voler en éclats le cadre de la bossa pour explorer un territoire plus large, sans jamais perdre ce fil mélancolique qui le définit. (LFC)

Spleen Social Club est disponible via Aupinard/BMG Rights. En tournée.

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PRINCE – WITH THIS TEAR

Dix ans après la disparition de Prince, With This Tear refait surface avec sobriété. Enregistré en 1991 à Paisley Park, ce titre inédit, aujourd’hui restauré, rappelle à quel point l’artiste maîtrisait l’épure autant que l’excès. Au piano, il livre une interprétation directe où chaque note semble pesée. La coïncidence avec l’anniversaire de la date de sa disparition souligne l’absence, mais aussi la permanence de son œuvre. Loin d’un simple document d’archives, le morceau conserve une force intemporelle. Il révèle un versant plus intérieur, rarement exposé avec autant de retenue, à l’image de son album posthume Piano & Microphone. Ce single ouvre aussi une perspective plus large : celle d’un ensemble d’enregistrements encore inédits, issus des archives de Paisley Park, appelés à voir le jour dans un projet annoncé dans le courant de l’année. Déjà interprétée par Céline Dion au début des années 90, la chanson retrouve ici sa forme originelle. La chanteuse a d’ailleurs réagi : « With This Tear était un cadeau de Prince que je chérirai toujours. J’ai gardé cette chanson avec moi pendant tant d’années. Entendre aujourd’hui sa version, partagée pour la toute première fois, est vraiment spécial ». Une version dépouillée, qui touche aux larmes. Dans ce dépouillement, il reste ce que Prince savait faire de plus rare : arrêter le temps, le temps d’une larme qui ne tombe pas tout à fait. (LFC)

With This Tear est disponible via Paisley Park/Legacy Recording.

 

 

 

HORSEGIIRL – EARTH IS TURNING

HorsegiirL revient à sabots feutrés sur le devant de la scène avec Earth is Turning, dévoilé pile pour l’Earth Day. Un timing bien senti pour celle qui cultive depuis ses débuts un univers à la fois absurde, hyper codé, mais toujours cohérent. Sous son masque de cheval iconique, la DJ-productrice s’est imposée comme un ovni de la scène électronique. HorsegiirL au delà du personnage, c’est des sets survoltés et morceaux viraux à la frontière de l’eurodance, de l’hyperpop et d’une techno volontairement kitsch. Un projet qui aurait pu n’être qu’un gimmick, mais qui tient sur la durée grâce à un vrai sens et une esthétique parfaitement maîtrisée. Aujourd’hui avec Earth is Turning, elle change légèrement de tempo. Le morceau se fait plus flottant, presque planant, porté par une mélodie entêtante et une énergie moins frontale. Toujours club, mais avec une touche plus rêveuse, comme si l’artiste levait un instant le sabot sans jamais quitter la piste. Et ce nouveau titre annonce NATURE IS HEALING, son premier album studio attendu pour le 5 juin. Une date à ne pas manquer ! (TR)

Earth is Turning est disponible via RCA Records.

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ROSALÍA – FOCU ‘RANNI

Focu’Ranni, l’un des morceaux bonus désormais accessibles en streaming, est extrait de Lux (Complete Works). À cette mise à disposition s’ajoute un clip réalisé par Petra Collins. Rosalía y adopte une approche plus intériorisée, portée par une production orchestrale aux cordes majestueuses qui installe un climat proche du rituel. Le morceau laisse la voix occuper presque tout l’espace sonore, comme un fil conducteur parmi les samples d’autres voix version Fakear. Le récit s’articule autour d’une rupture assumée et d’un refus de l’appropriation. Les paroles insistent sur l’idée de se détacher de l’autre, de reprendre possession de soi, jusqu’à revendiquer une liberté radicale. Le feu, au centre du titre, devient une métaphore de transformation. Le passage en sicilien accentue cette dimension, moment où la perte est envisagée comme condition de liberté. Le clip renforce cette lecture en alternant environnements urbains et séquences oniriques en forêt, créant un va-et-vient entre réel et imaginaire. Plusieurs références picturales y apparaissent, notamment Le Supplice de Lady Jane Grey (Paul Delaroche) et Ophelia (John Everett Millais). Des échos cinématographiques traversent également la vidéo, avec des influences de A Moment of Romance (Benny Chan) et de Pique-nique à Hanging Rock (Peter Weir), notamment dans le traitement de la disparition, de l’attente et des corps isolés dans le paysage. Focu ’Ranni fonctionne comme une séquence narrative où musique et image construisent ensemble une idée de libération progressive, à la fois intime et mythologique. (LFC)

Focu ‘Ranni est disponible via Columbia/Sony.

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TRICKY – OUT OF PLACE (FEAT. MARTA ZLAKOWSKA)

Hors de notre espace. Tricky, fidèle à son univers psychédélique, renferme une mise en abyme intérieure. Ce morceau mélange élévation et paroles brutales, avec son timbre fort et grave, posé comme une déclaration style pathos qui constitue un appel aux émotions et à nos idéaux, suscitant des sentiments préexistants de perte et invitant à laisser fléchir notre vulnérabilité. Contrairement à d’autres morceaux collaboratifs, où l’artiste cherchait à mettre en avant une disposition ouverte des vies, il cherche ici, avec Marta Zlakowska, à associer sa voix pressante au doux son d’une vague, à une voix aiguë, pour mieux colorer le voyage sensoriel qui débute comme une braise avant de devenir flamme. Le style musical imprime une cadence au cœur, comme s’il se battait contre le temps, une course dans laquelle on le sent pleinement vibrer. Son nouvel album, Different When It’s Silent, prévu le 17 juillet 2026, est un disque discret et concentré qui renoue avec le langage sonore distinctif qui définit l’œuvre de Tricky depuis ses débuts révolutionnaires en 1995 avec Maxinquaye. (AM)

Out of Place est disponible via False Idols. En tournée et à Paris (Trianon) le 25 mai 2026.

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NOBODYLIKESBIRDIE – SORS D’CHEZ TOI MA GUEULE

Né à Paris puis adopté par la banlieue lilloise quand ses parents musiciens y déménagèrent, Nobodylikesbirdie fut l’une de nos découvertes préférées du rap en 2024 avec The Birdie Tale II. Clairement, il s’intéressait plus à ce qui se passait outre-Atlantique que dans le rap français d’après sa manière de rapper, ses instrumentales ou ses références. C’est peut-être pourquoi il se démarquait tant. Ses flows faussement répétitifs, qui jouent avec les contretemps, rendent son rap hypnotique. Ils lui permettent de mettre en avant ses textes et sa personnalité qu’on se prend en pleine face durant l’écoute. On est piqués de curiosité par ce poids plume moustachu qui nous parle avec mélancolie de la vente de cocaïne dans les rues de Lille, des nuits passées dans des immeubles sordides ou de ses coups de bluff face à la juge. Tout ça savamment mêlé à de l’humour piquant et à des propos politiques dénonçant les inégalités, le capitalisme ou la fascisation de notre climat national. D’ailleurs, dans Sors d’chez toi ma gueule, extrait de son très bon projet Manifest, Birdie fait un rappel important. Si les nazis sont arrivés au pouvoir en Allemagne, c’est parce que les classes dirigeantes, économique et politique, ont préféré cautionner Hitler plutôt que de devoir partager les richesses avec le peuple en cas d’arrivée de la gauche au pouvoir. Chacun devrait garder ça à l’esprit alors qu’on a appris récemment que le Rassemblement National participe à des dîners privés avec des patrons du CAC40 pour discuter de « l’avenir du pays ». Pour accentuer la mélancolie qui l’habite et émane de l’instrumentale de Hyprr, le clip de _h2opium joue sur un paradoxe intéressant : tourné dans la belle Marseille, entre les calanques et le MUCEM alors que le soleil cognait sur les flots, l’image est en noir et blanc, à l’instar de la vue que Birdie porte sur le monde. Mais même si c’est effrayant dehors et qu’on est plus rassurés devant nos écrans, il nous invite à prendre notre courage à deux mains et à s’aventurer dans le vrai monde. (AC-Le Rapporteur)

Manifest est disponible via Broke Musique Records / DEMAIN – [PIAS]. En concert à Paris (Maroquinerie) le 6 décembre 2026.

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BOARDS OF CANADA – TAPE 05

Treize longues années se sont écoulées depuis Tomorrow’s Harvest, dernier album de Boards of Canada. Les fans désespéraient de voir ressurgir le duo, à commencer par Max Baby qui, interviewé en 2024, parlait déjà du groupe au passé. Mais à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle : face à un monde qui menace de s’embraser, Michael Sandison et Marcus Eoin sont de retour avec un nouvel album, Inferno. Pas d’annonce en fanfare pour le premier single, Tape 05. À la place, des cassettes VHS pour le moins cryptiques reçues par quelques fans et de mystérieuses affiches placardées sur les murs d’une poignée de villes. Une communication minimaliste, bien éloignée des logiques algorithmiques, mais qui sied parfaitement aux frères écossais, connus pour leur discrétion. Après treize ans d’absence, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. S’il ne figure pas sur l’album à venir, Tape 05 et son clip renferment certainement des indices sur la nouvelle direction du projet. Les synthétiseurs analogiques et les textures, qui font la signature de Boards of Canada depuis toujours, ne manquent pas à l’appel. Le morceau débute dans une sorte de magma presque dissonant, dont émergent peu à peu des nappes d’accords et une mélodie à la harpe. À l’image, les moins jeunes reconnaîtront le grésillement caractéristique d’une cassette VHS. S’ensuit une succession de films d’archives, montrant des foules en liesse, portées par une ferveur patriotique ou spirituelle. Au milieu de ces célébrations, les bougies et les armes annoncent le feu qui se prépare : préparez-vous, Inferno arrive le 29 mai. (Éloise Malgoire)

Tape 05 est disponible via Warp Records.

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TEDDYBEAR – CHAUSSURES ROSES

Chaussures Roses de Teddybear s’inscrit dans la continuité de Tout va bien, son premier single sorti en mars dernier, tout en déplaçant légèrement le regard porté sur lui-même. Jules, jeune artiste belge de 24 ans, formé au conservatoire en Flandres puis à Bruxelles, arrive dans la chanson après un parcours de batteur, prenant la suite paternelle, ce qui marque encore fortement sa manière d’écrire et de construire ses morceaux. Tout va bien puisait dans une matière intime, nourrie à la fois par des conversations avec son grand-père mineur de fond et par une berceuse transmise par sa mère, transformant ces héritages en matière sonore. Chaussures Roses déplace le regard vers l’image renvoyée aux autres et la difficulté à stabiliser une identité. La figure du « moi d’hier » y revient comme un motif récurrent, signe d’un personnage en construction dans un environnement saturé d’attentes sociales. Repéré en France et remarqué dans le paysage belge, il est aujourd’hui annoncé parmi les artistes du Chantier des Francofolies 2026, signe d’une reconnaissance grandissante. Teddybear possède une écriture qui s’inscrit dans une tradition de chanson francophone où l’intime s’appuie sur une dynamique rythmique héritée autant de la batterie que des influences rap et jazz que l’artiste revendique. À suivre de prés. (LFC)

Chaussures Roses est disponible via Ceinture Rose Records/Naïve/Believe. En concert à Paris (Pop Up) les 27 avril, 25 mai et 8 juin 2026.

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GRAHAM COXON – BILLY SAYS

Billy Says marque un retour à l’essentiel pour Graham Coxon centré sur la guitare et une esthétique mod épurée, dans la lignée de The Kinks. Le morceau est porté par une mélodie simple et un refrain immédiatement lisible. Le titre s’inscrit dans un contexte particulier : il provient de Castle Park, enregistré en 2011 dans la même énergie de A+E (2012), mais resté inédit pendant plus de dix ans. Sa sortie en 2026 accompagne une réédition complète de son catalogue solo, qui remet en perspective une discographie souvent éclipsée par Blur. Le morceau conserve des traces de cette période : une énergie sincère, proche de certains climats pré-Modern Life Is Rubbish (1993) de Blur, avec une production légèrement densifiée. Les guitares, précises et aérées, structurent l’ensemble. Le texte repose sur une parole répétée et décrit un personnage qui affirme aimer et promet de partir, mais qui ne passe pas à l’acte. La répétition des formules « His heart is so true », « He’s leaving her soon » installe progressivement un doute et le décalage entre discours et réalité. Billy Says apparaît ainsi comme un lien entre différentes phases du travail solo de Coxon, remis en lumière dans une temporalité décalée mais cohérente. (LFC)

Billie Says est disponible via Trangressive Records.

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SKIP THE USE – WE ARE GOOD

Après une parenthèse de deux ans, le groupe de rock français est de retour. Leur scène est revendicative d’une jeunesse qu’il faut guider, mais surtout écouter. On rentre dans une course sociétale où la jeune génération est prédominante, observatrice de cette fuite où le groupe se lance contre la matrice même de la civilisation. Les immeubles, tout s’effondre. Le morceau est politique et voué à une empathie qui suggère un soulèvement populaire, une prise de conscience de nos vies. Skip the Use s’inspire de faits d’actualité remontant à l’année 1999 et au choc auditif que peuvent procurer certains morceaux, comme ceux de Marilyn Manson, à l’époque. Conscients du rôle de la musique dans un monde technologique en expansion où l’échange devient obsolète, le groupe reste fidèle à ses valeurs : « Cette chanson est une envie de s’adresser à cette chorale de petites filles qui chantaient sur Ghost il y a treize-quatorze ans. Qu’ont-elles à nous dire ? Et quoi faire de notre côté, sinon les écouter ? Et peut-être nous excuser ». Qu’il s’agisse de l’engagement politique, la lutte contre l’angoisse, l’avertissement contre les extrêmes ou même la dépendance aux réseaux sociaux, l’album signe une signature rebelle et romantique qui relève de chaque battement de deux entités : l’amour et l’anxiété. (AM)

Love & Anxiety est disponible via 6&7. En tournée et à Paris (Solidays) le 28 juin 2026. Au Zénith le 05 décembre 2026.

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KEHLANI – BACK AND FORTH (FEAT. MISSY ELLIOTT)

Kehlani choisit l’autocélébration avec son cinquième album intitulé sobrement Kehlani, mais pas seulement. Une pluie de featurings en irrigue les 17 plages. À 31 ans, la chanteuse d’Oakland resserre son écriture après des années à affiner son registre. Porté par Khris Riddick-Tynes, l’album repose sur une production précise, entre instrumentation organique et finitions contemporaines, dans le sillage d’artisans comme Babyface ou Jermaine Dupri. Tout converge vers la voix, désormais plus dense. « J’ai beaucoup plus de collaborations que je n’en ai probablement jamais eues, et ce sont toutes des personnes que je respecte vraiment », explique-t-elle. Un principe qui se vérifie à l’écoute : Brandy apparaît comme une influence devenue partenaire, Usher construit un véritable échange, tandis que Missy Elliott dynamise Back and Forth. Le morceau fait référence à Try Again d’Aaliyah. Missy lui rend également hommage : « got me feeling like Aaliyah ». Ces échos prolongent une histoire d’une autre filiation. Folded, récompensé par deux Grammy Awards, et Out the Window donnent la clé du disque : une écriture tournée vers l’intime, où Kehlani explore l’amour dans ce qu’il a de plus fragile, accompagne sa propre mutation artistique et esquisse une forme d’équilibre à l’aube de ses 31 ans. Mais, nous retiendrons Unlearn, sans doute le meilleur morceau de l’album qu’elle interprète seule, sans production sophistiquée. Dans ce dépouillement, Kehlani atteint une forme de justesse sincère. « Je veux simplement que les gens retiennent que le R&B de qualité est un véritable chef-d’œuvre, et qu’il mérite d’être respecté dans son essence même, sans avoir besoin d’être modifié ou transformé », dont acte. (LFC)

Kelhani est disponible via Atlantic Records.

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