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Le Disquaire Day SCPP au Ground Control est une journée dédiée à la musique et aux amateurs de disques vinyles. Un événement organisé dans le cadre de la journée internationale des disquaires indépendants : soixante-dix disquaires étaient présents, des conférences et 10 ateliers de création. Cette année, 6 600 personnes ont rejoint l’événement aux portes de Paris. 

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© David Poulain

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Une idée née de l’amour du vinyle

Le Disquaire Day, c’est une idée que David Godevais développe avec son ami Michael Kurtz pour redonner un élan au marché des labels indépendants, en France. Réunis à Londres, ils inventent alors la branche française et anglaise du Record Store Day, concept déjà en marche aux Etats-Unis. « J’avais déjà le nom en tête. Le Disquaire Day, c’est à la fois une boutique et un métier ». Tout le concept prend vie avec l’exclusivité de titres d’artistes connus et la mise en place d’un support capable de rejoindre l’idée d’un jour unique, en même temps que le téléchargement illégal prend place. « Et dans la discussion vient l’idée de le faire sur vinyle. Parce que le vinyle, plus personne n’avait de platine à l’époque. Maintenant, ça se compte en millions et ce sont les plus grosses ventes de musique physique. On n’avait pas du tout imaginé que ça allait déclencher ce genre de choses. » David a été un acteur clé pour transporter l’histoire du vinyle, de sorte à que jamais il ne meurt. L’opération mondiale a bénéficié de tout le soutien d’une communauté musicale avec l’exclusivité d’artistes connus comme Les Rolling Stones ou David Bowie, fervents défenseurs du projet : « C’est à dire que les artistes ont permis la réussite de cette histoire. L’exclusivité a perduré au long du temps et c’est ce qui fait la richesse de cet événement. La première année, en France, on a sorti 30 disques. Maintenant, c’est 370 vinyles exclusifs qui sortent pour cette journée-là »Fête des disquaires indépendants, c’est aussi devenu la fête de l’icône intemporelle qu’est le vinyle. Cette journée représente 80% de leur chiffre d’affaires. Pour David, ils ont été les premiers vecteurs de ce retour de l’équipement en platines. 

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L’objet d’une fête

La liberté du partage se ressent lorsque l’on traverse les différentes tables, tous genres confondus. On passe d’une variété de musique à une autre, traversant les époques avec les photographies de Philippe Levy, témoin de la scène musicale rock « indé » depuis le début des années 90 : NirvanaBeastie BoysMagic… On plonge dans ses photographies monochromes, certaines argentiques et d’autres plus modernes, explorant ainsi l’ensemble de son projet Photodiscographie. La scène musicale s’ouvre avec les artistes. June The Girl qui danse et chante la pop culture aux accents horrifiques qui, cette fois, nous enjaille. Flore and The Sensibles Notes, sans artifice d’époque, interprète une chanson que l’on ne leur connaissait pas encore : un moment hors du temps, une exclusivité d’écoute. En passant d’un artiste à l’autre, on perçoit les sessions d’enregistrement, les enfants qui courent et crient autour de leurs créations, leurs coloriages, et même un petit van qui lit un vinyle sur pattes. Étonnant ? On se laisse transcender par la voix de Marie Sarah, une soul précieuse, tel un diamant. Une ambiance jazz soul qui ouvre Nouvelle Vague. Le projet reprend des titres interprétés en 2025 par Mélanie Pain, mais cette année ce sont Marine Quéméré et Shanice Sloan. Les voix s’affolent, les langues tournent et les pieds tapent au même rythme que les mains applaudissent. Le Disquaire Day, c’est ça : une énergie qui va dans tous les sens de la musique, où chaque recoin est perçu comme une pièce d’un immense puzzle qui recouvre une histoire commune à tous : la passion musicale, le culte d’un trésor d’exception, et des personnes inconnues qui se demandent si tous sont musiciens entre eux. Bien plus qu’un hommage au vinyle, cet événement est devenu une véritable occasion de partage et de découverte, mûrissant avec le temps et s’enrichissant des questions sociétales qui s’y mêlent. 

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Flore and The Sensibles Notes © David Poulain

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Lien romantique

Devenu emblématique et source de découverte pour la nouvelle génération, l’accès à la culture musicale et son origine se maintient grâce au mélange générationnel que certains labels mettent en place. La reprise de chansons, exclusivement connue à l’époque sur vinyle, donne vie à une passion qui était alors inconnue : c’est l’envie de découvrir comment on écoutait la musique. Marc Colin, producteur et fondateur du projet Nouvelle Vague raconte : « Les vinyles, c’était un album qu’il fallait économiser. Et quand tu en avais un, il fallait l’user. C’est à dire que j’écoutais les disques et je lisais. Je me rappelle encore, j’allais à Duros, c’était un disquaire indépendant à Paris, absolument dingue. Il avait tout. Je revenais dans ma banlieue et je prenais le train. Je prenais les vinyles et je les scrutais. J’avais tellement hâte de les écouter ». La « chasse du disque vinyle » est principalement perçue comme une approche masculine. Les femmes vont avoir une approche plus émotionnelle constate Monsieur Vinyle, intervenant lors de l’événement mis en place par la SCPP au Ground Control : « Toutes les femmes collectionneuses que j’ai pu rencontrer du fait de mon parcours ont un rapport avec la musique, l’artiste, l’émotionnel. Elles parlent d’anecdotes, elles ont une approche qui est très complémentaire ». Le vinyle, qui a traversé plusieurs générations, se réinvente dans sa manière de vivre au sein de la génération Z et Alpha. Avec les plateformes numériques, le lien avec le support est glorifiant. La mise en valeur de l’artwork rend cette fascination possible auprès des plus jeunes : « L’objet musical fascine beaucoup et le support vinyle conjugue tout ça. Donc, la nouvelle génération a une approche plus du physique et l’émotionnel évidemment, car ils ressentent la musique à 100% ». 

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Nouvelle Vague © David Poulain

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Le vinyle à l’ère du numérique 

Longtemps perçues comme un risque d’effacement pour l’objet lui-même, les plateformes numériques se présentent aujourd’hui comme complémentaires à la vente du disque vinyle. La jeune génération partage rapidement les nouveaux morceaux via différentes plateformes comme Youtube, Spotify ou Deezer… Cette réactivité rend la vente du disque quasi immédiate lors de sa sortie. Menacés de disparition, les disquaires indépendants ont également su retrouver un nouveau souffle en partageant leur passion à travers des interviews en ligne sur des chaînes dédiées à la musique. Ce type de contact, d’abord à distance, incite ensuite à la rencontre lors d’événements comme celui organisé le 18 avril 2026. 

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©David Poulain

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Le vinyle dépasse largement son statut de simple support musical. Il incarne une expérience sensorielle et émotionnelle, intime, où chaque crépitement et chaque geste participent à une forme de rituel. Cette relation quasi amoureuse contraste fortement avec la période où il semblait voué à disparaître, éclipsé par des formats jugés plus modernes. Pourtant, loin de s’éteindre, le vinyle a survécu, porté par cette fascination persistante pour son authenticité et son charme intemporel, comme si sa fragilité même renforçait l’attachement qu’on lui porte. 

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Texte Andréa Martins

Image de couverture iStock

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