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I Think I Spoke Too Soon est le titre de son deuxième album, Rachel Chinouriri y délaisse en partie les guitares indie-pop de ses débuts pour explorer des sonorités plus dansantes, entre synthés, disco et pop électronique. Le changement est net, mais les préoccupations restent les mêmes. Au Trabendo, à Paris, le 11 septembre 2026, ces nouvelles chansons ont pris une autre dimension. Dans la salle, on danse autant qu’on chante des paroles qui parlent de solitude et de lendemains difficiles.

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Des blessures d’enfance à la scène pop britannique

Rachel Chinouriri a grandi à Croydon, dans le sud de Londres, au sein d’une famille originaire du Zimbabwe. Seule de ses cinq enfants à être née au Royaume-Uni, elle grandit dans un foyer où les difficultés matérielles n’empêchent pas de rire. Ses parents, qui ont connu la guerre d’indépendance du Zimbabwe dans leur enfance, ont appris à faire face sans renoncer à la joie. « Ils avaient trouvé le moyen de transformer les difficultés en quelque chose de beau pour survivre », racontait-elle au Guardian récemment. Cette manière de tenir bon sans faire disparaître les moments difficiles traverse aussi ses chansons.

À l’école, l’adolescence est autrement plus douloureuse. Dans un établissement majoritairement blanc, elle subit un harcèlement raciste particulièrement violent. La musique lui offre un refuge. En écoutant Daughter et Coldplay, elle trouve dans les chansons des émotions qu’elle n’arrive pas encore à formuler elle-même. « Je m’identifiais à leur musique et je me sentais moins seule », nous confiait-elle en 2024. Peu à peu, écrire devient sa façon de mettre de l’ordre dans ce qu’elle ressent. Une émotion surgit, elle essaie d’en faire une chanson. Le processus lui permet de mieux se comprendre, mais aussi de partager.

Après la Brit School, école londonienne qui a vu passer de nombreux artistes, Chinouriri se fait connaître à travers plusieurs EP et singles. En 2024, elle publie What a Devastating Turn of Events, un premier album qui lui ouvre les portes de la scène indie britannique. Les guitares mélodiques, les accents rock et les refrains pop accompagnent des textes où reviennent les déceptions sentimentales, la solitude et le sentiment de ne pas tout à fait trouver sa place. Sa voix, tantôt aérienne, tantôt plus incisive, donne à ces chansons quelque chose d’immédiat.

La reconnaissance grandit, sans que les questions disparaissent pour autant. En 2025, l’EP Little House prolonge cette exploration des relations amoureuses et du désir d’une vie plus sereine. Cet été, elle reçoit le trophée de la meilleure nouvelle musique aux O2 Silver Clef Awards, son premier prix après des nominations aux Brit Awards en 2025 et aux Ivor Novello Awards en 2021. Mais Chinouriri n’en a pas fini avec ses propres contradictions. Son deuxième album va les aborder sous un angle différent.

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Faire la fête sans faire semblant d’aller bien

Le titre I Think I Spoke Too Soon dit déjà quelque chose de cet état d’esprit. On croit s’être compris, avoir trouvé un équilibre, puis on se rend compte qu’on s’est peut-être un peu vite convaincu d’aller mieux. Avec le temps, ses certitudes ont bougé. Elle revient sur ses choix, ses relations et la manière dont elle se percevait, quitte à découvrir qu’elle s’était parfois raconté des histoires.

Musicalement, le virage est tout aussi perceptible. Les guitares qui ancraient le premier album dans l’indie-rock et la Britpop laissent davantage de place aux synthés, aux basses et aux rythmiques disco. Madonna, Kylie Minogue, Donna Summer, Prince ou LCD Soundsystem font partie de ses références. Des influences qu’elle assume désormais sans chercher à les concilier avec une image plus conforme à celle de l’indie britannique. Elle voulait retrouver l’insouciance qu’elle avait ressentie en découvrant des morceaux comme Hung Up.

La genèse de l’album a aussi connu quelques péripéties : Rachel Chinouriri a perdu sa tracklist au cours d’une soirée. Elle se trouvait dans son sac préféré, et c’est finalement un fan qui lui a permis de le retrouver.

Reste que I Think I Spoke Too Soon n’est pas un album qui cherche à faire oublier les mauvais jours. Il suit plutôt le cours d’une nuit : l’excitation du début, les rencontres, les emballements, puis les heures qui passent et le moment où la fête ne suffit plus tout à fait. On peut s’amuser, tomber amoureux, rire avec ses amis et finir par se retrouver seul avec des pensées qu’on avait réussi à tenir à distance.

« Parfois, il faut danser à travers la douleur », expliquait déjà Chinouriri à Modzik. Chez elle, la formule n’a rien d’un slogan. Il y a ces moments où l’on plaisante alors que rien ne va vraiment, où l’on sourit devant les autres avant de retrouver ses inquiétudes une fois rentré chez soi. La musique mêle états d’âme et fête, parfois au sein d’un même morceau.

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One Song Away From Crying donne le ton dès les premières notes. La production synth-pop invite à bouger, tandis que le personnage de la chanson semble à deux doigts de craquer. Même décalage dans Broken Chair, où l’image d’une chaise abandonnée au bord de la route ouvre sur des questions plus sombres : l’alcool, la solitude, le besoin de ne pas rester seul. Le refrain se retient immédiatement, alors que le fond du morceau l’est beaucoup moins. C’est l’une des particularités de Chinouriri : elle peut donner envie de chanter à tue-tête des paroles qui, lues sur le papier, auraient quelque chose de franchement triste.

La question de la sobriété rend cette tension plus personnelle encore. Dans The Good Fight, elle revient sur les soirées, les amitiés qui ne lui convenaient plus et les lendemains difficiles. Le regard qu’elle porte sur cette période est celui de quelqu’un qui commence à comprendre ce qui se jouait derrière certains comportements.

Cette prise de recul change aussi sa façon d’écrire. Sur le premier album, elle essayait de comprendre ce qui lui arrivait au moment où elle le vivait. Ici, elle revient sur les événements avec un peu plus de distance, sans pour autant prétendre avoir tout compris. Elle résume elle-même cette évolution : « Mon premier album parlait de la façon dont j’étais perçue en tant que femme noire dans ce milieu. Maintenant, il parle de la façon dont je me perçois moi-même dans ce milieu ».

Avec le recul, Rachel Chinouriri porte un autre regard sur ses relations. Elle voit mieux ce qui la poussait vers certaines personnes, et pourquoi elle a parfois accepté des choses qui ne lui convenaient pas. Tout n’est pas également convaincant sur le plan musical. Certaines compositions, plus lisses, laissent la production prendre le dessus sur la voix et les textes. Shiver échappe à ce travers : la voix de Chinouriri y ressort davantage, et l’on retrouve cette mélancolie qui faisait la force de ses premières chansons.

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Au Trabendo, la fête devient collective

Le soir du concert parisien, le Trabendo affiche complet. Le public est venu retrouver les chansons du premier album autant que découvrir celles du nouveau. Pour Rachel Chinouriri, c’est une première en tête d’affiche à Paris, après notamment une première partie de Sabrina Carpenter en 2025. Elle est malade ce soir-là, mais a tenu à maintenir le concert.

Dès son entrée sur scène, les cris qui l’accueillent donnent le ton. Sous les lumières bleues et argentées, elle attaque avec One Song Away From Crying. Le choix fonctionne bien : le morceau donne immédiatement envie de danser, tout en laissant planer cette menace de craquer à tout instant. Dans la salle, personne ne semble avoir besoin de trancher entre les deux. On bouge, on chante.

La setlist traverse les différentes étapes de son parcours. It Is What It Is ramène aux premières chansons, tandis que 23:42, extrait de Little House, témoigne du chemin parcouru. Le public connaît même les paroles de Make Believe, publié le jour du concert.

Suivront So My Darling, Can We Talk About Isaac et  The Hills. Sur scène comme dans la salle, les deux facettes de la musique de Chinouriri trouvent leur place. Les chansons peuvent parler de solitude et de désarroi sans empêcher qu’on s’y abandonne avec plaisir.

Le concert ne dure qu’une cinquantaine de minutes. On aurait volontiers pris quelques morceaux de plus, d’autant que la soirée se termine avec deux des titres les plus appréciés du premier album,  All I Ever Asked et Never Need Me. Cette dernière, douce-amère mais déterminée, rappelle qu’une relation ne devrait pas conduire à s’oublier soi-même. Il n’y a pas de rappel. Le public reste pourtant encore quelques minutes.

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Cover

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I Think I Spoke Too Soon marque une évolution intéressante pour Rachel Chinouriri. Plus ouvertement pop, l’album lui permet d’explorer de nouvelles sonorités sans abandonner les textes personnels qui ont fait la singularité de ses débuts. Les synthés et les rythmes disco apportent une énergie nouvelle à des chansons qui parlent de solitude, de relations compliquées et de remise en question. Un virage musical qui lui va bien, même si les morceaux les plus dépouillés restent parfois les plus touchants. Album qu’elle défendra de nouveau à Paris en juin 2027. Pour l’occasion, Rachel Chinouriri s’est par ailleurs associée à PLUS1 : un euro sur chaque billet vendu est reversé à des organisations qui défendent l’équité, l’accès aux droits et la dignité de toutes et tous.

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I Think I Spoke Too Soon est disponible via Atlas Artists/Parlophone Records. En concert à Paris (Olympia) le 22 juin 2027.

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Texte Lionel-Fabrice Chassaing

Image de couverture Yana Van Nuffel

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