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NEWS !

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Dans un contexte marqué par les élections municipales en France, où les résultats ont confirmé une recomposition politique locale et une forte polarisation de l’électorat, certaines prises de parole artistiques ont trouvé un écho particulier, au croisement de l’engagement et de l’urgence contemporaine. « Je suis très malade et il y a qu’une seule chose qui pourrait me sauver avant la tournée… c’est que vous votiez la VRAIE gauche (Lutte Ouvrière, Nouveau Parti Anticapitaliste, La France Insoumise). Don’t be dumb ! Faites le bon choix. » a publié Théodora en story le dimanche 15 mars.

Sur les Instagram de la Boss Lady, Ino Casablanca, Solann… nombreux ont été les posts d’artistes incitant au vote et à la politisation de leur fans. Face au durcissement de l’actualité, une génération francophone connectée et peu frileuse serait-elle en train de ré-insuffler à la musique sa fonction politique ? La période offre ici l’occasion d’un chassé croisé entre les époques où les artistes ont généré des messages d’engagement, et celles où ils ont politiquement étés. Rétrospective et miroir tendu.

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Arts engagés dans le monde

« La politique peut être renforcée par la musique, mais la musique a une puissance qui défie la politique », expliquait Nelson Mandela dans son ouvrage Un long chemin vers la liberté (1994). Réel contre-pouvoir, dans la répression politique, l’initiative culturelle se renforce. Que son existence dérange donne une légitimité, et indique – malgré le risque – les libertés qui peuvent être gagnées. 

Si l’art émancipateur croît au contact de l’oppression, ses mélodies bourgeonnent, elles, sur les branches des genres passés, s’inscrivant comme héritières des revendications musicales d’hier. Le Folk en a été instigateur au siècle dernier, pavant par exemple le chemin du coréen Minjung Gayo (la musique du peuple). Le genre représenté par des artistes comme Kim Min-Ki et People Who Are Finding Songs naît dans les 70’s du mouvement étudiant pro-démocratie, contre les gouvernements militaires succédant à la guerre de Corée.

Folk aussi furent les prémices de la Nueva canción latinoaméricaine et hispanique, par la suite modulées au gré des rythmes locaux et d’influences pop-rock occidentales. De l’Argentine de Videla, contestée par la voix de Mercedes Sosa en passant par celle de Violeta Parra, s’érigeant face au Chili de Pinochet, avec un crochet sous l’Espagne franquiste, ou comme soutien à la faveur du Cuba castriste et des Sandinistes Nicaraguayen, la Nueva canción est intrinsèquement nouée aux turbulences politiques de la seconde partie du XXe siècle. 

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Parallèlement, la dictature militaire n’ayant épargné le Brésil, la réponse y fût musicalement autre : celle d’un rassemblement artistique protéiforme appelé tropicalisme ou Tropicalia. Dès les années 60, les Tropicalistes, unirent psychédéliques, rythmes africains, pop-rock dans une démarche de front commun, définit par le dit manifeste d’anthropophagie et l’album Tropicalia ou Panis et Circenses qui réunit Tom Zé, Caetano Veloso, Gal Costa et Os Mutantes.

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De même, l’incarnation artistico-politique est un moteur puissant du continent Africain. Au Nigeria, le père de l’Afrobeat Fela Kuti s’octroya un statut politique quand, en 1970, il auto-proclama l’indépendance de sa République de Kalakuta : une micro-nation délimitée par les murs de sa demeure. À l’inverse, nombreux.se furent les artistes qui malgré leur volonté de rester à distance du politique se retrouvèrent érigé en emblème de contestation. Bob Marley représente cette dualité. Avec son album Survival, il a notamment soutenu les rebelles de Rhodésie du Sud, dernier pays colonisé d’Afrique, avec le titre Zimbabwe. En Afrique du Sud voisine, alors qu’en 1976, le régime d’Apartheid fait rage, matérialisé lors des émeutes de Soweto, jouer d’une seule voix sans se soucier de la couleur de peau devient un acte de lutte, réaffirmé par des hymnes comme Soweto Blues et la campagne mondiale Artists Against Apartheid.

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L’activisme artistique prend de nombreuses formes : dans ses paroles, sa musique, son incarnation, son action. Dans un contexte de guerre froide aux multiples secousses et ultra polarisé, le mouton noir anticonformiste, accroché à la contestation dans son désengagement le plus politique, c’est le punk-rock. 

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De l’autre côté de la piste : l’exemple du punk-rock

À la mention du punk-rock, un imaginaire surgit instantanément. Pointes acides sur Mohawk ; « A cerclé » dégoulinant sur débardeur noirs ; piercings multiples transperçant arcade sourcilière ; dans les oreilles, accords bruyants et lyrics crachés, Anarchy in the UK des Sex Pistols suivi d’Holiday in Cambodia signé des Dead Kennedys.

Écœuré du pacifique hippie et du glamour disco, l’esprit « planète punk » des 70 mélange un soupçon de Bowie, d’Iggy Pop et de situationnisme Dada. Le punk c’est un état d’esprit. Celui de la provoc et du Do It Yourself (bidouillage fait maison) qui crée la musique dite « garage » aux states, « pub rock » chez l’homonyme britannique. L’idéologie politique est essentielle : libertaire, bien souvent nihiliste et anarchiste, toujours réfractaire. Les paroles, trash, racontent les classes populaires, le chômage, le sexe sans fioritures. 

Le punk-rock émerge d’abord entre 1974 et 1976 aux Etats-Unis par des groupes emblématiques comme les Ramones, le Patti Smith group, les New York Dolls ; en Grande Bretagne avec The Clash, les Sex Pistols. Tout au long de son évolution, le mouvement se crée un visuel reconnaissable, portée notamment par le graphiste Jamie Reid, la designer Vivienne Westwood et son mari, l’emblématique manager Malcolm McLaren. La violence du punk crée des séquences historiques qui froissent comme lorsque dans le titre God Save the Queen les Pistols font le rapprochement entre la Reine Elizabeth II et un régime fasciste. Le scandale nationale va ériger le refrain, « no future », en slogan mythique du genre.

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Les années 80 voient la diversification du punk-rock. Pacifiste, écologiste, solidaire et précaire revendiqué, une branche, le hardcore, tend vers la radicalisation politique et l’agressivité musicale. De l’autre côté de l’échiquier, un morceau du punk, souvent associé à la oi! style Sham 69 ou street punk, délaisse sa gauche pour s’incorporer au mouvement Skinhead. Les Skrewdriver prêtent leur voix au national front britannique, parti ultranationaliste, xénophobe et suprématiste. À l’antithèse, les punks proches du Communist Party of Great Britain vont répondre par le mouvement Redskins, issu du groupe éponyme, qui s’approprie les codes et les modes d’actions skinhead (fanzine, concert, collages, service d’ordre et de sécurité).

Si le punk était originellement peu enclin au politique car désillusionné, le mouvement s’est rapidement politisé. Les émeutes du carnaval de reggae et musique caribéenne de Notting Hill de 1976 furent une première étincelle. The Clash en écrira le morceau White Riot pour inciter la jeunesse blanche et prolétaire à résister contre la police. « Les Noirs ont plein de problèmes. Mais ça ne les empêche pas de lancer des briques. Les Blancs vont à l’école. Où on leur apprend à être bête (Thick). » Cette même chanson clôturera leur passage au Rock Against Racism en 1978, mouvement de protestation contre la vague anti-migrante portée par le National Front. Alors qu’en parallèle, la France voit une montée similaire de crime raciste et du vote en faveur de l’extrême droite, c’est le groupe Bérurier Noir, visages de l’anarcho-punk bleu blanc rouge, qui fera onde de choc avec le morceau Porcherie et son fameux « La jeunesse emmerde le Front National » en 1985. 

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Comme avec son ainé le hardcore et son cadet le streetpunk, le genre fait des petits. Par son idéologie libertaire, le punk se prête à de nombreuses causes et déclinaisons. Les Riot grrl des 90’s s’inscrivent dans celle du féminisme. Le taqwacore des années 2000 revendique le punk de l’Islam aux Etats-Unis, un sous-genre encore différent de son cousin Indonésien, le punk muslim. En Russie, dès 2011, les Pussy Riot se servent du punk pour critiquer le régime de Vladimir Poutine.

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Les tensions qui habitaient les jeunesses militantes de deux côtés de la manche, il y a de cela 50 ans, résonne étrangement avec l’actualité française, alors qui pour prendre la relève du punk en politique ?

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Un contexte chargé 

Retour à nos jours, quand dans la nuit du samedi 14 février, à Lyon, un jeune militant identitaire succombait à des blessures reçues lors d’une violente rixe entre service de sécurité d’ultra droite et groupe d’autodéfense antifasciste. À quelques centaines de kilomètres, la Tournée Municipale contre l’extrême droite de Grünt déposait ses punchlines devant le public de la Cabane à Toulouse, avant de clôturer par une dernière date à Paris au Cabaret Sauvage, la veille du premier tour des élections municipales. Actualité cacophonique, débat public et financement sous pression… Happé par un tourbillon contradictoire, les Arts pâtissent et cherchent quel rôle prendre au sein de ce que les sphères politiques qualifient de bataille culturelle.

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Toucher et s’éduquer : une question de survie

Aussi inattendu que puisse paraître l’insertion d’une référence de littérature humaniste dans un article qui croise politique et musique, laisser trainer une oreille du côté des classiques permet ici une écoute éclairante de la période. Dans son Discours contre la servitude volontaire, du XVIe siècle, le jeune Étienne de La Boétie esquissait les prémices de la psychologie des foules. Il y fait le constat paradoxal d’une population dominée – par la personne du tyran – en position d’inertie et incapable de percevoir à la fois son statut de victime et sa capacité à s’en extraire. L’écho du discours résonne encore cinq cents ans plus tard : ce même paradoxe émerge. 

La contradiction ici n’est pas celle d’une population qui se laisse assourdir du fait de sa servitude envers un tiers, mais bien sa perte de lucidité, abasourdi par les discours de peur qui inondent l’espace public. Alors, certes, La Boétie ne vivait pas à l’air des fake news, des algorithmes et de la mondialisation, mais il décrivait déjà les outils de manipulation du tyran comme étant ceux de la désinformation et de l’endormissement par le plaisir. Un discours d’autant plus pertinent dans une période de populisme global. La conclusion de La Boétie – celle d’une population qui doit être éclairée sur autrui et en pleine possession de son savoir – marque aujourd’hui encore une boussole politique dont la culture peut se saisir. 

En ce sens, divers médias de la presse écrite et web, (L’Humanité, Les Inrockuptibles, Radio Nova, StreetPress et Blast) ont travaillé collectivement afin de publier un hors série intitulé Combat !. Leur objectif : mettre en lumière la gestion de l’extrême droite. « On ne combat pas l’extrême droite avec des incantations. On la combat avec des faits, des récits, des enquêtes, des solidarités et des projets » ont conjointement publié les rédactions. Côté musique, les artistes ne sont pas en reste. 

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Couverture du hors série Combat !
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Grünt en résistance

Regard braqué sur les municipales 2026, pour véhiculer un message d’engagement et de mobilisation, il faut regarder la proposition du média Grünt. Lancée en 2012, la plateforme qui met à l’honneur les sessions freestyle a décidé d’utiliser le son comme vecteur politique en organisant une Tournée Municipale contre l’extrême droite. Le militantisme a toujours eu une bande son. Celle du désormais incontournable magazine de hip-hop se joue contre la dédiabolisation des idées d’une extrême droite à l’étroit dans sa politique de la cravate.

De nombreux.ses artistes ont répondu présent.e.s, – non pas pour attiser l’illusoire battle entre le bien et le mal, où régnerait une pesante binarité – mais pour permettre à chacun et chacune d’être maître.sse de son pouvoir d’expression. « On vit une urgence qui nous oblige à franchir le step de l’engagement en tant que tel, on avait jusqu’ici des positionnement et il faut aller plus loin », explique Jean Morel, co-fondateur de Grünt au micro d’Urbania

Fort d’engagements précédents et d’une communauté solide rassemblée lors de leur festival annuel, le magazine indépendant n’était pas tout à fait à son coup d’essai pour organiser cette tournée nationale. En 2025, Grünt s’était associé au rappeur Ben PLG dans une tournée pirate éclair en réaction aux coupes de subvention de la CNC et la CNM. Cette année, l’étincelle diffère mais le message est le même, celui « d’amour et de tolérance » face à la haine. Pour ce faire donc, le magazine s’est lancé le défi de se délocaliser et de poser ses micros dans diverses villes de France. Au programme, discours d’acteur.ices associatifs locaux, prise de position de rappeur.euses et incitation à la repolitisation notamment par le vote. 

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La rappeuse Zinée brandissant un drapeau de la Palestine durant la Tournée Municipale contre l’extrême droite (Toulouse, La Cabane) ©Nina Delgadillo

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La tournée comme levier politique

Électorale ou musicale, la tournée a toujours été un puissant médium par sa capacité à toucher la foule. En amenant le spectateur à s’oublier individuellement, elle lui fait vivre ses revendications. Si politiciens et artistes l’ont bien compris, le public aussi prend conscience de son impact. La tournée a passé et semé dans son sillon une empreinte écologique, un élan économique, une direction politique. Dans une période de sobriété nécessaire, l’acte de cesser les tournées, notoirement porté par le groupe Shaka Ponk en 2024, remet en question les modèles établis et impose le volet environnemental comme cœur de sujet politique. Ce geste militant reste une goutte d’eau à courant contraire des tournées gargantuesques et ô combien lucratives dont la Era’s Tour de Taylor Swift s’est fait tête de proue. 

Ainsi, entre les mains de ses têtes d’affiches, l’action de tourner peut devenir un instrument de diffusion ou de manipulation. Un récent exemple de la puissance politique de la tournée serait l’usage que Bad Bunny en a fait. Grâce à son tour de force, No me quiero ir de aquí, une résidence à guichet fermé de 31 concerts sur son île bien aimée, Puerto Rico s’est imposé mondialement, bien au-delà du planisphère Reggaeton. Au total, c’est plus d’un demi-million de spectateurs qui se sont précipités, générant plusieurs centaines de millions de revenus pour ce territoire ultra dépendant des Etats-Unis.

Néanmoins, quand la musique rayonne d’un tel contre-pouvoir, tourner, performer, amène son lot de responsabilités. Porte étendard d’une américanité plurielle lors de la mi-temps du SuperBowl, malgré les réticences de la maison blanche, Bad Bunny n’y a pas dérogé. À mobiliser autant de personnes vient le devoir de l’intégrité physique, que ce soit au sein des foules où en marge des concerts. En conséquence, afin de préserver ses fans d’une potentielle rafle massive perpétrée par ICE, la police de l’immigration, ce dernier a annulé la totalité de ses dates aux États-Unis. 

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La tournée et la voix des artistes, variable d’ajustement du politique ?

De ce côté de l’Atlantique, un regard vers l’hexagone annonce le ton sur les tentatives d’ingérences de politiques face aux Arts. Que la région Ile-de-France supprime les subventions de Rock en Seine afin de sanctionner le maintien du groupe irlandais Kneecap – dont les positions pro-Palestine incommodent – interroge. Qu’un député RN souhaite annuler les financements des Transmusicales, amalgamant l’événement pionnier comme étant un festival pour personnes trans, questionne encore davantage.

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La méconnaissance d’une partie du monde politique envers la culture ici donne à réfléchir. Lorsque le message dissone avec celui de la classe décideuse, les Arts deviendraient une variable d’ajustement budgétaires ? Malgré un risque économique réel, certains arts s’érigent comme fleurons de la contestation. Le son hip-hop s’est construit comme tel, mais l’est-il toujours ?

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Le rap contre les idées de l’extrême droite

Vald demandait dans Eurotrap « comment faire du rap sans être dissident ». Comme s’il paraissait impossible d’enlever au rap sa marginalité, sa tonalité insurgée, (cf. un article de Raplume sur la dissidence du rap). En réalité, c’est arrivé. Ainsi, le rap est aussi passé par une période de froid et de désengagement. Ces 25 dernières années, le genre a reflété son époque, reléguant le conscient pour s’affairer aux rythmes et aux musicalités. Certes, l’industrie musicale française s’est assagie depuis qu’en 2004, Diam’s déclamait sa prose à Marine. Moins enclin à haranguer le politique, au sens de la classe gouvernante, de nouvelles thématiques ont émergé, amenées par les différentes waves d’auteur.ices, leurs problématiques et leurs milieux sociaux. (À regarder : le documentaire Saveur Bitume pour explorer cette fameuse diversification.)

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L’élargissement du regard ébranle cette fameuse dissidence immuable du rap. Devenu mainstream, second genre le plus écouté en France, il a bien cessé de faire rempart par son existence même. Puisque le rap n’est plus uniquement la manifestation d’une jeunesse des années 90, racisée et oppressée par son milieu social, celle de feu Calbo (Ärsenik) et du « Qui prétend faire du rap sans prendre position ? », sa puissance vient désormais du qui parle, de ce qui y est dit, et de la manière employée. Puisque « être du rap » ne suffit plus pour afficher sa résistance, il faut retourner à l’action, au terrain, au charbon. Et, alors que la culture hip-hop s’est métamorphosée au contact de sa société, serait-elle en train de renouer avec ses armoiries d’antan ?

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Que la culture s’autodétermine

Au lieu de mettre dos à dos la culture et sa gouvernance : « qu’elle s’administre » fût la réponse de plusieurs artistes. Aux municipales de 2001, le groupe toulousain Zebda, visage d’une France métissée bercée au black blanc beur des années 80-90, s’y était essayé avec leur liste électorale motivé-e-s, obtenant 12,38 % des voix et quatre sièges au conseil municipal. Durant les décennies suivantes, le groupe a agi dans la société civile, au sein de l’association Tactikollectif dont il est issu, par des actions comme le festival Origines contrôlées.

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Ça bouge au Nord – logo ©Association Tactikollectif

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Vingt-cinq ans plus tard, l’art veut toujours tourner pour sa jeunesse. Le constat suscité à l’époque par la liste Motivé-e-s d’un « accès à la politique de cette génération trop souvent décrite soit comme désintéressée de toute action publique, soit handicapée par une appartenance ethnique ou culturelle » (L. Visier & G. Zoïa) résonne avec la voix d’un Grünt qui veut « aller à la rencontre de la jeunesse inquiétée et politiser la fête ». Pour 2026, Toulouse, les ex-membres de Zebda ont remis donc le couvert sur divers listes de gauche avec la volonté de s’investir à nouveau dans les institutions.

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Se laisser infiltrer 

Devant ces efforts et cette volonté de créer le lien, le militantisme revêt ses propres faiblesses. Si la tournée permet de resserrer les rangs, les ouvre-t-elle ? L’heure est à se décentrer, se laisser infiltrer, investir l’espace par le dialogue. Quand dans leur album PRETTY DOLLCORPSE mis en lumière par un passage au Grünt, Ptite Sœur et Neophron (FEMTOGO) parlent d’une jeunesse blanche, queer, issue de ruralité, des portes se sont entrouvertes à la fois dans le rap et dans le débat public. Malgré le lourd scandale des agressions sexuelles commises par Femtogo, qui cadenasse à nouveau le sujet, l’impact du projet a déjà infusé.

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Dans une telle période de compression, il est bon d’espérer que les voix d’un Grünt, d’un Pussy Riot ou d’un Bad Bunny s’exportent, pour clarifier ne serait-ce qu’un soupçon la playlist du monde, permettant à celles et ceux qui ont rompu les communications de faire ce que La Boétie recommandait : « s’entreconnaître ».

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Texte Louise Pham Van

Image de couverture @angy___vision

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