PETiTOM sort son EP Equilibre avec un premier concert à Paris, aux étoiles… deuxième EP, c’est l’eau. L’eau qui prend le dessus C’est une nouvelle direction : de nouvelles émotions à transmettre, et plus de couleurs aussi.
PETiTOM, de son vrai nom Tommy Tremblay, est un auteur-compositeur-interprète, chorégraphe, danseur, acrobate et comédien canadien, né le à Québec.
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Aux Étoiles, à Paris, PETiTOM a vécu ce qu’il décrit comme « une soirée dont je vais me souvenir très, très, très longtemps et le début de quelque chose de nouveau ». Ce soir‑là, il fêtait la sortie de son EP Equilibre devant un public qui le découvrait pour la première fois en France. « C’était ma première scène à Paris. Beaucoup d’appréhension, beaucoup de stress. Quand je suis stressé, je me prépare énormément », raconte-t-il. Mais rien ne l’avait préparé à ce moment où ses fans ont repris Pas sans toi en chœur, avec des paroles réécrites spécialement pour lui : « Ils avaient réécrit la chanson sur des feuilles de papier… et ils chantaient tous ensemble. Même si je me prépare au max, dans des moments comme ça, tu te laisses porter ». C’était son premier concert parisien, un moment qu’il attendait « depuis très longtemps ».
Cette scène résume parfaitement l’artiste que PETiTOM est : instinctif, sensible, profondément connecté aux gens. Et son parcours, fait de virages, de risques et de recommencements, en est la preuve.
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Un artiste né du mouvement
Avant la musique, il y a eu le corps. La danse, l’acrobatie, le break, les freezes en classe primaire qui l’ont fasciné. « C’est comme si je chantais et que mon corps était mon instrument de musique », explique-t-il. Il a dansé pour des artistes, pour des compétitions, pour le Cirque du Soleil. Il a représenté le Canada aux championnats du monde de hip-hop. Et cette discipline physique, il la porte encore dans sa manière de travailler : « Ma méthode de travail est très athlétique dans tout ce que j’entreprends. Aussi, prendre soin de soi, mais prendre le temps de kiffer aussi dans la vie. Je suis exigeant avec moi-même, mais je ne m’en veux pas si je ne réussis pas ».
Cette exigence, on la retrouve dans ses challenges sur les réseaux, chorégraphies ou corde à sauter qu’il a fait avec Sam Jump, qui réalise toutes ses vidéos en mocassins. « J’arrive en mocassins aussi. On était sur du béton le lendemain, je ne pouvais plus marcher pendant genre trois jours. Ça m’a pris peut-être dix, quinze fois à réussir. Et il me disait, t’inquiète, ça va aller. Et moi, je me frustrais parce que je suis exigeant avec moi-même. J’avais tellement du mal à repartir ». Tom aborde cela avec humour mais aussi avec une vraie rage de réussir. « Pourquoi faire ce qu’on connaît ? Pourquoi pas aller chercher plus loin ? J’aime bien pousser les limites ».
Et quand le corps a tout donné, une autre discipline s’impose naturellement : apprendre à construire l’émotion autrement.
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La musique, autre terrain de jeu
Pourtant, malgré la danse, la musique est là. Il apprend à jouer du piano et de la guitare et « J’ai fait un an de chant classique. Les cours de chant privés, quand j’étais plus jeune, c’était trop cher. Donc, j’ai préféré aller dans une école où tu payes une session et tu as des cours et tu apprends. Cela m’a beaucoup aidé pour la respiration, tenir des voix, la nuance aussi, chanter fort, chanter doucement. Par contre, je n’avais pas envie d’avoir mon diplôme. C’est vraiment juste pour alimenter mon art, en fait. C’était pour avoir un langage plus diversifié ». Mais Tom veut poursuivre son apprentissage musical. « Pendant la COVID, je me suis acheté Ableton. J’ai investi pour comprendre le langage du studio et pouvoir mieux communiquer en session. Je voulais développer ce langage-là pour créer avec les gens en studio. Et c’est là que j’ai commencé à me passionner énormément pour la production ». Son interprétation de Debout d’Ariane Moffatt à La Voix (The Voice), lui verra proposer par la chanteuse de reprendre et réarranger Seul dans sa catégorie, pour les 20 ans de son album Aquanaute. « Elle prenait plein d’artistes québécois qu’elle kiffait, de la relève, et il fallait réinventer la chanson. Trop bel exercice. Néanmoins, je ne me considère pas comme un grand producteur. J’aime bien aussi travailler avec quelqu’un pour peaufiner les détails. Mais c’était un honneur de pouvoir faire partie de ce projet. »
Mais pour comprendre ce qui l’a vraiment déclenché comme interprète, il faut revenir à un concert précis.
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Half Moon Run, le choc
« Half Moon Run, c’est un groupe qui a marqué mon adolescence. Ça a été mon premier concert avec un de mes potes. On avait fait une heure et demie de route, et c’était dans une petite église. Ils n’étaient pas connus. Quand je suis arrivé, il n’y avait quasiment que des gens de 50 ans et plus. Et moi, j’avais 19 ans avec mon pote… Je me disais : ‘Mais qu’est-ce qui se passe ?’ Tout le monde était assis. Nous, on est quand même allés devant, et on s’est même levés alors que tout le monde restait assis. Et j’ai vécu un de mes plus beaux concerts à vie. »
« Leur album, Dark Eyes, m’avait grave traversé. Quand j’ai fait La Voix, j’étais tellement proche de ce band émotivement que j’avais vraiment envie de me connecter à ces histoires-là. Et cette chanson Call Me in The Afternoon a un texte lourd, ça parle d’addiction. Pour se présenter à une émission comme The Voice, je trouve que ce n’est pas uniquement le talent de chanteur qui parle, c’est aussi comment tu vis la chanson. J’avais envie de rentrer dans ce personnage-là. Quand j’ai poussé les portes du show, directement mon corps est rentré dans cette histoire. C’était une évidence de vouloir faire cette chanson. »
Après ça, rester au même endroit n’a plus vraiment de sens : il lui faut un ailleurs, du nouveau, un décor qui l’oblige à se réinventer.
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Changer de pays pour rester créatif
Pour celui qui a changé trois fois d’école primaire et deux fois de lycée, le mouvement reste ancré en lui. Changer de pays n’était pas un caprice, mais une nécessité. « La créativité naît quand tu n’es pas dans ta zone de confort. Pour moi, c’est quand je suis dans l’inconfort que je me pose des questions, que je challenge mes émotions, mes idées. Je crois que quand je deviens confortable quelque part, je ne suis pas très près de ma créativité. C’est comme si ça devenait un peu du flux. Je veux juste essayer des trucs nouveaux, rencontrer de nouvelles personnes. Mais je suis un gars très loyal aussi, je garde mon équipe très près de moi. »
Il décrochera le rôle titre dans Molière, l’Opéra Urbain, après le départ de Lonepsi, et tournera pendant deux ans avec la troupe.
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L’image : vulnérabilité, eau, renaissance
« Le visuel du premier EP, c’était vraiment se mettre à nu. J’avais envie de plus de vulnérabilité, mais aussi de la montrer dans le corps. On voit d’ailleurs une épaule, légèrement penchée, comme si le gars s’était fait un peu abattre, mais qu’il était encore là. Et puis la veste reste ouverte : une forme de fierté dans la vulnérabilité. Et ce deuxième EP, c’est l’eau. L’eau qui prend le dessus : c’est le conducteur des émotions, il y en a beaucoup plus, et aussi ce désir de s’ancrer dans le sol, tout en restant dans le mouvement de l’eau. Il y a aussi une petite référence aux feuilles : j’écris beaucoup sur des feuilles, et j’ai voulu les mettre dans l’eau. C’est un clin d’œil à tout ce passé que j’ai vécu à travers Molière. Cet EP a été conçu 100 % en Europe ; ces dernières années, mon quotidien, c’était Molière et mes relations avec mes équipes musique. J’avais envie de mettre tout ça dans cet EP. C’est une nouvelle direction : de nouvelles émotions à transmettre, et plus de couleurs aussi. »
De la pochette aux clips, cette attention au corps et à la symbolique devient un fil rouge : à Paris, elle s’élargit naturellement à l’allure, à la manière d’entrer dans une pièce, de marcher, de se présenter.
À Paris, le choc est immédiat. « Ah ouais… on n’est pas sur le mode un peu schlag de Montréal. À Montréal, le délire friperie fait vraiment partie de la culture, et je trouve ça trop stylé. Il y a aussi de grands créateurs montréalais que j’adore. Et puis il y a ce côté un peu je‑m’en‑foutisme, que j’aime beaucoup. Ici, mes équipes m’ont tout de suite dit : ‘Attention, va étudier un peu la mode, va voir ce qui se passe’. Et j’adore ça : voir comment les gens prennent soin de leur tenue. Je trouve que ça change une façon de marcher, une façon de se présenter, l’énergie que tu dégages. Pour moi, enfiler un outfit, ça transforme tout : si je suis en pyjama chez moi, je ne marche pas du tout comme si j’ai une veste, tu vois. Je pense que j’y ai pris goût. »
Cette attention à l’allure et au détail nourrit aussi le studio : même exigence, même recherche d’équilibre.
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Écrire en équipe, produire sans se trahir
PETiTOM écrit ses chansons seul, mais aime s’entourer. Il sort un premier projet éponyme en 2022. « C’était avant d’arriver à Paris, conçu beaucoup au Québec, sauf une chanson qui a été faite en Belgique avec mes potes et Malik Boufenara, qui est un auteur », qu’on retrouve sur Équilibre. « Il écrit des textes comme il respire, ce gars ! Énorme sensibilité, énorme ouverture. Pour raconter des histoires, moi, je peux partir dans tous les sens. Toutes les chansons que j’écris sont très personnelles, mais j’ai quand même envie d’avoir quelqu’un avec qui je puisse structurer tout ça. Malik a été mon bras droit sur beaucoup de chansons de cet EP. Je suis un gars d’équipe. Et quand il y a un truc qui fonctionne avec quelqu’un, j’aime bien pousser plus loin cette relation. Je suis donc très, très fier qu’il ait participé à l’écriture de Équilibre avec moi. »
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Équilibre : plusieurs couleurs, un même corps
« J’ai voulu aller montrer beaucoup de couleurs de moi. Il n’y a pas un seul ADN dans cet EP. J’ai l’impression qu’il y a plusieurs couleurs qui me représentent à 100%. Et même moi, quand je l’écoute, ça me fait plaisir parce que je vois que c’est des petites parties de moi, de ma personnalité. »
Et puis, il y a ce titre Danger, co-écrit avec Malik Boufenara. « C’est ce fantasme, en fait, parfois, qui est beaucoup plus fort. Les histoires qu’on s’écrit dans nos têtes. » Il raconte la scène fondatrice : un aéroport, un regard, une inconnue. « J’avais cette impression que mon corps la connaissait déjà, même si on ne se connaissait pas. » Ils se parlent « quatre-cinq minutes », il monte dans l’avion. Il ne la reverra jamais. Mais la chanson, elle, existe.
De ces histoires intimes, il tire surtout une certitude : les chansons ne prennent leur pleine mesure qu’au contact du public.
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La scène comme vérité
S’il y a une certitude, c’est celle-ci « Je vis sur scène, je pense pas que ce soit un secret. Je pense que je suis un artiste de scène. C’est là que j’ai vu que le projet vit, je vis, les chansons vivent, le public vit, la relation se crée. » Après les Étoiles, il veut enchaîner : « là, on se prépare pour du live, du live, du live. » Et un album arrive : « L’EP, c’est un prologue à ce qui arrive. Je suis excité pour la suite. »
Et pour éprouver cette vérité, il aime aussi revenir au point de départ : une voix, des mots, un instrument.
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Acoustique : revenir au noyau
Dans la continuité de son premier EP éponyme, il en a d’ailleurs publié une version acoustique, comme un retour à la matière brute des chansons.
« Pour l’acoustique, c’est un désir de réinventer les chansons. Quand j’écris, souvent ça commence piano-voix ou guitare-voix. Donc quand tu arrives et que tu fais une production, tu peux dénaturer un peu l’essence de la chanson. Ce n’est pas négatif : c’est juste que tu l’amènes ailleurs, et ça raconte une histoire un peu différente, l’émotion est différente. »
« Et j’aime beaucoup revenir à l’essentiel. Donc pour moi, j’avais envie de faire quand même un EP qui était acoustique. Je suis un fan de l’acoustique. Tu n’as que la voix, tu n’as que les mots. Et une guitare, tu ne te focuses que sur ça. C’est trop beau. »
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La méthode PETiTOM
Au fil des projets, il s’est construit une règle simple pour garder le cap, les 3P, un repère très concret, à la fois humain et professionnel.
« Un projet, c’est les personnes, la paye et le projet. Si t’as deux P et que t’es content, le 3 peut suivre. Si la paye est bonne et le projet est bien, mais les personnes, t’es pas un… au moins t’en as deux : le projet se voit, on l’appelle. »
PETiTOM avance comme il danse : avec instinct, intensité, vulnérabilité et une énergie qui déborde. Il se met en danger pour mieux créer, quitte tout pour recommencer, transforme chaque chaos en art. Et surtout, il n’oublie jamais pourquoi il fait tout ça : pour que ça vive, là, devant et chez les autres.
Equilibre est disponible via Momentom Productions/Hyronik/Play Two.
Texte : Lionel-Fabrice CHASSAING
Image de couverture © David Delaplace

