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NEWS !
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Après une parenthèse de deux ans, le groupe de rock français Skip The Use est de retour. Il se revendique plus frontal dans sa manière de créer une scène : elle est revendicative d’une jeunesse qu’il faut guider, mais surtout écouter. Le rôle de l’art lui-même est réorienté avec l’expérience gagnée, en tant qu’êtres humains, mais aussi grâce à la maturité de chacun, afin de créer un lien dans un monde devenu illusionniste autour de nos émotions.
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Politique collective
Le concept de se détacher et de balayer tout comportement décrit comme « politiquement correct », Skip The Use en porte le nom. Dès leurs premières paroles, qui remonte à 2008, on peut remarquer une dimension individualiste qui est dénoncée. Chaque morceau écrit porte encore aujourd’hui un poids. Désormais, le groupe veut toucher un public plus large et écouter une jeunesse baignée dans un Fast Food Nation, un capitalisme ambiant qui se gangrène avec la montée des technologies, rendant notre quotidien anxiogène et égoïste face à la recherche collective d’un monde meilleur : « Penser que l’individualisme va résoudre un problème, bien-sûr que non. C’est le collectif qui peut changer les choses. C’est absolument en étant à l’encontre de tout ce que l’on te dit d’être », affirme Mat Bastard. Dans cette même revendication de ne pas appartenir à un cadre, le groupe veut ouvrir les yeux du monde sur des problèmes plus larges qui dépasse nos frontières. L’échange avec le public leur permet d’atteindre cette objectivité commune. Il renchérit : « Si tu veux changer les choses, il faut être plein. Il faut être ouvert à ce qui se passe. C’est dans le collectif où tu peux changer les choses, même politiquement. Penser qu’un homme politique va régler tes problèmes, c’est faux. Plus on est au service d’un système et plus on est inoffensif. En tournée, on joue devant 40 000 personnes ou même 10 000. C’est à ce moment que tu arrives à créer un mouvement populaire autour d’un concept ».
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Ce concept, le groupe le porte de façon identitaire, dans la manière qu’a Mat de chanter, en prenant sa voix comme une lutte : la faire hurler sans qu’elle devienne une haine perceptible à l’audition. Yan Stefani accompagne cette prise de position dans l’anonymat qu’il revendique comme le visage de tous les êtres humains présents dans cette société. Leur live est ancré avec des références anticapitalistes, tout en restant sobres, afin que la musique soit la seule perception passionnelle qui unit des personnes venant de milieux totalement différents, autour du débat et du questionnement de leurs propres actions sur Terre. Dans une totale spiritualité, sans appartenir à aucun cadre religieux, pour ne pas être vus à faire valoir une idéologie plutôt qu’une autre, les membres tendent la main : « Pour moi, un Quentin Deranque ou un Jordan Bardella, c’est un échec aussi. C’est notre faute. S’ils sont devenus ainsi, c’est qu’on ne leur a pas tendu la main. Take My Hand, c’est une chanson qu’on a dans l’album. On ne l’a pas fait à un moment où on aurait pu, avant que ça bascule et que ce soit devenu trop compliqué. Les gens qui sont rentrés chez eux et ont osé dire à ceux qui leur ont imposé cette vision-là que ce qu’on leur disait n’était pas vrai ; s’ils ont réussi à ressentir cette différence le temps d’un concert ou d’une chanson, pour nous, on a réussi notre job », accrédite Mat.
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Miroir innocent
Love & Anxiety suggère un rapport au temps, à une jeunesse solitaire qui fonctionne comme un miroir du groupe : c’est un dialogue constant entre ce qu’ils transmettent sur scène, cet amour ressenti, qui prend plus d’envergure devant les fans, et l’anxiété qui nous rend solitaires, plus vulnérables, au retour dans un cadre proche et familial qui leur apprend à redevenir eux-mêmes. Il y a cette envie de dialogue empathique face à ce qu’ils peuvent transmettre avec leurs paroles. Mat confie : « Cette notion de miroir est personnel. On n’a pas vraiment la maîtrise de ce que l’on voit. En même temps, c’est la beauté de la vie, avec des bons et des mauvais jours. C’est ce qui donne du relief à la réalité ». Le morceau We Are Good, inspiré de ce choc auditif que peuvent procurer certaines chansons, comme celle de Marilyn Manson dans le drame de Columbine en 1999, met en lumière la responsabilité qu’ils ressentent avec la maturité : « Écouter ce qu’ils ont à dire. Ce rapport à la jeunesse, de l’adulte avec la jeunesse, c’était ça que l’on voulait mettre en chanson. On s’excuse de ne pas avoir peut-être prêter l’oreille à cette jeunesse. En tant qu’adultes, on essaie de pallier ça en mettant des sujets sur la table, en discutant avec eux et en les écoutant. On est très fiers de faire un feat avec Shayne. Quand tu te rends compte que l’expérience est intéressante, mais que la fraîcheur l’est tout autant ; quand les deux interviennent ensemble, c’est là que ça devient captivant ».
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Émotions complémentaires
L’amour et l’anxiété sont complémentaires : ce sont des émotions en dualité infinie. Les morceaux Open Your Eyes et Are You Dreaming marquent une pause dans l’extériorisation musicale. Le premier surprends comme ouverture pendant que le deuxième, l’entité amoureuse vient rejoindre tout le tumulte de la première partie de l’album : c’est une pause dans toute cette vivacité que la peur, la culpabilité ou l’atrabilaire cause ; un son rassurant qui vient à l’encontre de Distorter. Elles se retrouvent dans l’expression d’une écriture ou dans la compréhension même au sein du groupe, lors de la présentation d’une chanson. Nelson Martins voit l’amour comme une puissance destructrice que l’anxiété vient tempérer, dans cette envie de se dépasser, par ce besoin de s’exprimer et de voir comment les sentiments résonnent avec les autres. La question de savoir comment l’une réagit avec l’autre amène à réfléchir à ce qui leur a été hors de portée dans l’exportation de leur message universel : « C’est un véritable combat intérieur. Nous cherchons à nous nourrir des autres, à tirer parti de différentes expériences pour les traduire en musique et, peut-être, aller plus loin, vers des horizons où les mentalités diffèrent des nôtres. Voyager, notamment en Europe de l’Est, en Allemagne, en Europe du Nord ou aux États-Unis, est essentiel, car ces cultures occidentales offrent une vision très différente de notre réalité. Je pense par exemple à Mat, qui a vécu aux États-Unis et s’en est inspiré ».
Il confirme : « J’aimerais bien aller jouer en Afrique du Sud. Je suis noir, aller faire du rock’n’roll en Afrique, aller jouer dans les pays de l’Est, moi j’y ai laissé deux dents. La dernière fois que nous y sommes allés, on est tombé sur des néo-nazis. Mais il faut y aller. On en chie dans ce que l’on vit, dans nos histoires personnelles, on en chie avec nous-mêmes. La difficulté, on sait ce que c’est, ce n’est pas grave. Lutter en ayant un objectif, c’est déjà autre chose. En tout cas, nous, ça nous fait avancer. L’album a failli s’appeler Not Too Late d’ailleurs ».
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Projections extérieures
Skipe The Use garde une identité proche de l’empathie, qui mûrit avec le temps pour mieux bousculer les codes et provoquer une prise de conscience immédiate. Passant d’un punk rock brut et explosif à une musique plus mélodique et introspective, les morceaux sont guidés par une énergie presque chaotique, avec des paroles directes. La sonorité reggae d’Anxiety vient panser le mal-être tout en conservant l’intensité collective que le groupe s’est forgé avec son public, au fil du temps. La connexion est avant tout émotionnelle avant d’être revendicative. Grew Up Mad lance une projection physique dans le monde devenu artificiel, derrière des écrans, on sent la plume raturer toute la solitude qu’un être humain ressent au fond d’une dépression : « Vu que l’album est un concept, l’amour et l’anxiété s’entremêlent. Ils ne sont pas un mais deux entités bien différentes. On avait envie d’en faire une origine story de ce personnage sombre. Mad, c’est un peu plonger dans cette fiction, comme un récit de cette entité. On a essayé de décorréler pour que les gens puissent se projeter ».
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Love & Anxiety est disponible via 6&7. En tournée et à Paris (Solidays) le 28 juin 2026. Au Zénith le 05 décembre 2026.
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Texte Andréa Martins
Image de couverture Andréa Sena
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