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Molly Santana est en train de transformer son image en phénomène. Des grillz noirs à la marque Crookedmouth, tout circule et elle s’impose partout.
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Dans le rap underground américain, il est difficile de se faire une place. Entre des titres qui buzzent sur TikTok et disparaissent le lendemain, des cas problématiques ou simplement un manque de développement, on comprend que le monde musical va vite et que s’y intégrer est une chose, mais y rester en est une autre.
Parmi ces artistes, certains se démarquent grâce à leur versatilité. L’industrie n’aime pas le redondant et c’est pourquoi la plupart essayent différents styles musicaux et se positionnent en fonction des tendances. D’autres font la différence en se créant une réelle identité.
C’est le cas de Molly Santana, qui mixe les deux pour le grand plaisir des auditeurs, entre rage, tendances, versatilité et surtout un style unique qui influence une nouvelle génération.
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Qui est Molly Santana ?
Ce qui est intéressant chez Molly Santana, c’est qu’elle a très vite cherché à dépasser l’image d’un simple phénomène viral. Là où certains artistes restent associés à un titre TikTok, ses projets suivants viennent confirmer une véritable construction, avec des morceaux comme Windows Up ou So Right, qui s’inscrivent dans une dynamique plus large.
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En 2025, elle revient avec l’album Molly And Her Week of Wonders, inspiré du film éponyme Valerie and Her Week of Wonders (film de Jaromil Jires de 1970), confirmant une direction plus esthétique et affirmée, et ajoutant une nouvelle étape à sa trajectoire.
Au-delà de la musique, son style joue un rôle central. Bien avant sa montée en visibilité, Molly Santana utilisait déjà les réseaux sociaux pour construire une identité visuelle : streetwear revisité, associations colorées, différentes coupes et nail art. En observant ses anciennes publications Instagram, on comprend une logique de transformation permanente, presque comme si elle changeait tout les jours. Un principe que l’écosystème mode et musical valorise aujourd’hui plus que jamais.
Cette dimension visuelle dépasse rapidement le cadre des réseaux pour entrer dans celui de l’industrie mode. Molly Santana est notamment invitée à assister à des événements liés à des maisons comme Louis Vuitton ou Kenzo, une reconnaissance précoce qui vient renforcer la légitimité de son image au-delà de la sphère musicale.
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Multiplication des identités
Dans le détail, le style de Molly Santana repose sur un principe précis : être décalée. Que ce soit dans les volumes ou les contrastes, elle n’hésite pas à pousser les proportions, avec des pièces oversize qui structurent la silhouette de manière presque excessive, contrebalancées par des éléments plus ajustés ou plus courts. Cela crée une sensation de déséquilibre calculé, dont elle fait sa signature.
Sa palette oscille entre couleurs vives et tons plus sombres, parfois au sein d’un même outfit, créant des ruptures récurrentes plutôt qu’une harmonie classique. Molly l’a bien compris : son style lui appartient, et c’est ce qui la rend unique. Elle navigue ainsi entre des références comme Rick Owens, le Balenciaga de l’ère Demna, et des marques plus indépendantes ou décalées.
Enfin, les détails jouent un rôle clé. Nails, accessoires, coiffures, maquillage ou choix de finitions ne sont jamais anodins et viennent renforcer son esthétique. Un équilibre qui participe directement à rendre son image reconnaissable.
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Une influence silencieuse, mais visible
Molly Santana n’impose pas son influence, elle diffuse son esthétique, qui est ensuite reprise par la Gen Z. Le mécanisme est simple : un style identifiable circule, est partagé, screené, puis intégré dans des logiques d’inspiration qui passent aujourd’hui autant par Instagram que par TikTok.
Ce phénomène s’ancre particulièrement dans la culture des screenshots et des moodboards. Certains découvrent Molly Santana sur leur feed et enregistrent ses looks comme référence pour plus tard, d’autres la croisent sans même s’en rendre compte sur Pinterest, intégrée ensuite dans des inspirations. L’influence se construit ainsi dans l’arrière-plan, sans qu’elle soit forcément consciente.
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Dans ce système, c’est notamment ce que l’on retrouve chez des figures comme North West, représentative d’une génération exposée très tôt à l’image, et qui puise dans ces esthétiques pour construire la sienne. Entre références punk, coiffures, nails et désordre maîtrisé, elle reformule les codes de Molly à sa manière en étant par la même occasion une fan.
Molly Santana appartient ainsi à ces influences diffuses, moins frontales, mais profondément intégrées dans la manière dont une génération construit aujourd’hui son rapport au style.
C’est précisément dans cette logique de circulation que certains éléments de son esthétique s’imposent, à commencer par les grillz noirs, qu’elle a récemment remis au centre de son univers.
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Les grillz noirs deviennent une obsession
Si l’on observe aujourd’hui la montée en puissance des grillz noirs dans le paysage des accessoires mode, c’est en grande partie grâce à des figures comme Molly Santana et Sukii Baby, qui ont contribué à les mettre au centre de l’attention. D’abord perçu comme un élément « bizarre », puis progressivement adopté, le grillz noir s’inscrit désormais dans une véritable histoire.
Ses origines viennent de l’ohaguro, une pratique japonaise ancienne consistant à noircir les dents à l’aide de préparations à base de fer et de vinaigre. Cette coutume, historiquement pratiquée par certaines femmes mariées et des membres de l’aristocratie guerrière, s’inscrivait à la fois dans des logiques de protection dentaire et de codes esthétiques liés au statut et au raffinement. Réinterprétée et transformée au fil du temps en Asie, cette pratique trouve aujourd’hui une nouvelle lecture dans l’univers contemporain de la mode, où elle est détachée de sa fonction initiale pour devenir un choix purement esthétique.
Dans ce contexte, le grillz noir dépasse la simple variation pour s’imposer comme l’évolution du grillz classique. Plus avant-gardiste, plus sombre, il devient un objet que l’on souhaite obtenir.
Molly Santana apparaît comme une figure qui participe à la circulation et à la création de nouveautés.
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Crooked Mouth : Une influence qui devient une marque
Molly Santana, avec Sukii Baby, sont les figures qui ont contribué à la mise en lumière de la vague des black grillz, et elle a rapidement compris le potentiel de cet objet dans son propre univers. C’est dans cette continuité que Crooked Mouth est lancé, la marque de grillz développée avec Molly et Sukii, avec une première sortie baptisée OHAGURO, directement inspirée de l’origine historique de cette pratique.
Le projet repose sur un système de drop limité à 50 pièces sur-mesure, avec un scan 3D intra-oral réalisé en clinique. Le résultat : un grillz noir parfaitement ajusté, reprenant l’esthétique portée par Molly Santana, dans une finition brillante, précise et sans danger pour l’émail.
Au-delà du produit, Crooked Mouth s’inscrit dans une logique plus large : celle d’un univers qui passe de la passion à l’influence, puis de l’influence à la création d’objets, jusqu’à devenir une véritable marque. Molly Santana ne se contente plus de diffuser, elle transforme en système.
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Cela montre que Molly va bien plus loin qu’une simple tendance. Elle pousse son univers au maximum. Ajouté à cela, ses nouveaux extraits musicaux renforcent encore le personnage et la hype autour d’elle. On comprend alors que Molly Santana ne suit pas un mouvement : elle le construit et l’agrandit en continu.
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Texte Maël Delanoë
Image de couverture @mollysantana00
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