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Il y a d’abord Luiza, cette boule d’énergie joyeuse dont l’élan déborde autant dans sa musique que dans sa manière d’habiter le métier. Une artiste qui traverse tout cela avec une forme d’auto-dérision touchante et solaire, sans jamais se prendre trop au sérieux, même lorsque tout s’accélère autour d’elle. Et il faut dire que l’année est vertigineuse : Soleil Bleu, certifié Diamant,  près de 60 dates à venir, elle est tout simplement l’artiste la plus programmée des festivals d’été. Chez Luiza, tout commence comme ça, par un attachement diffus, puis très concret, à des lieux qui la traversent.

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Entre Rennes, le Brésil et La Réunion

Née à Rennes, dans une histoire déjà traversée par le mélange des cultures, elle quitte la ville sans jamais la quitter tout à fait : « À chaque fois que j’y retourne, je me dis, ah mais c’est quand même trop cool ici ». Mais très vite, le mouvement l’emporte : « Quand j’ai eu mon bac, quand j’ai pu faire ce que je voulais, vivre comme je veux, je suis partie, je me suis envolée. Je suis allée au Brésil, ensuite à La Réunion. Je suis partie pendant peut-être sept ans, quand même ». Le soleil n’est pas une image, c’est presque une ligne de vie : « ma mère est brésilienne », rappelle-t-elle, et alors tout s’éclaire autrement : « Le soleil n’a jamais été très loin ». Même lorsqu’elle revient, même lorsqu’il faut habiter Paris, quelque chose en elle continue de regarder ailleurs. « Ma vie est là-bas. C’est là où je me sens mieux. C’est un petit peu compliqué quand même pour moi ici, en ville, à Paris… Mais, en même temps, il y a plein de belles choses et culturellement, c’est incroyable. » Elle insiste, comme pour ne rien retirer à cette ambivalence : « Ça foisonne de culture, d’art. C’est incroyable. Mais les arbres, c’est cool aussi quand même ».

Une voix façonnée par le classique

Quand la conversation glisse vers la musique, le paysage change sans vraiment changer : on passe d’une géographie extérieure à une géographie intérieure. Il y a eu « un an de harpe », « un an de piano », la guitare aussi, mais surtout « huit ans au conservatoire de chant classique ». Cette formation, reçue très tôt, dans un environnement familial déjà artistique, a structuré sa façon d’entendre. « On chante à trois voix au minimum. Donc, il y a soprano, mezzo, alto. […] Moi, je suis alto. » Elle raconte ce rôle avec précision : « dans le chœur, c’est les sopranes qui font les mélodies principales. Et nous, mezzo, alto […] on ajoute les notes qui manquent à cet accord, aux mélodies, pour appuyer cette mélodie ». Pendant des années, elle apprend ainsi « juste des sons », dans « des langues que je ne comprenais pas : en allemand, en latin », et de cette pratique naît un réflexe qui ne l’a plus quittée : « Tout de suite, du coup, je sais où placer ma voix. Je sais trouver quelles notes vont bien aller dans l’accord, en fait, c’est un automatisme ».

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Quand la mélodie surgit

« Je me souviens d’un jour », dit-elle, « il y a eu un déclic, d’un switch. […] Je me souviens de ce jour où j’ai anticipé la note d’après ». La phrase paraît simple, mais elle contient déjà toute la compositrice à venir. Aujourd’hui encore, la musique arrive comme ça, d’un seul bloc, sans prévenir : « J’ai des mélodies qui me viennent directement dans la tête ». Et souvent la nuit, dans cette zone étrange où l’idée est encore entière mais fragile : « Quand tu l’enregistres parce que tu as la rythmique et tout dans ta tête, même des violons, alors que tu ne joues pas de violon », alors elle essaie « d’ajouter une petite rythmique pour me souvenir un petit peu dans quel monde j’étais », parce que « parfois j’arrive à recapter entièrement l’univers, parfois non mais il en reste toujours quelque chose ».

Une musique à l’image de ses traversées

L’an dernier, elle publie un EP Fantastik, puis récemment l’album éponyme. Ces deux opus semblent porter exactement cette logique de circulation, de superposition. « Dans l’EP Fantastik, on peut quand même retrouver mes influences classiques », dit-elle, « parfois avec toutes ces grandes harmonies vocales et des envolées un peu épiques ». Mais il y a aussi « évidemment mes influences latines, brésiliennes qui sont bien ancrées », et puis « mon lien avec ma génération, le son underground électro qui m’appartient aussi fortement ». Elle résume elle-même ce tissage en une formule qui sonne comme une ligne artistique : « c’est une hybridation de tous ces mondes ». L’album est né avec le même mélange d’élan et de précision. À travers quatorze titres, elle y déploie un univers solaire et métissé où la chanson française croise le reggae dub, la bossa nova, la pop ou encore des influences brésiliennes, traversé aussi par des collaborations comme celles de Carbonne ou de Ladaniva : « Il y a des morceaux aussi très épiques de mon influence classique qui est toujours là. J’ai besoin aussi de partager ce côté-là de moi. »

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Trouver son nom, trouver sa place

Au delà de la musique, Luiza partage aussi une trajectoire. Avant de porter son propre projet, elle a longtemps été la voix des autres : « Pendant longtemps, j’ai uniquement collaboré sur les projets des autres. Puis, j’ai eu un duo de dub qui a duré deux ans. Mais, on n’a finalement rien sorti. On s’est séparés. On a partagé les morceaux. Lui, il en a gardé cinq, moi, cinq ». À l’époque, dit-elle, « je ne sortais nulle part, je n’avais même pas Instagram, je n’avais même pas une page Facebook ». Même le nom restait une question ouverte. « Je pensais m’appeler Luz, parce que je signais ça quand je faisais de la peinture », raconte-t-elle, avant de revenir à l’évidence : « Louisa, au moins, c’est pratique. C’est mon prénom, je ne vais pas m’en lasser », un nom qu’elle finira par écrire Luiza. Ce choix n’a rien d’anodin : « J’ai créé mon identité petit à petit ». Derrière le nom, elle sait aussi tout ce qu’il contient de travail invisible, de nuits, d’endurance, de collectif : « c’est toi qui portes le truc, c’est toi qui écris, qui es là, qui composes, qui ne dors plus au studio ». Mais elle ajoute aussitôt ce contrepoint essentiel : « évidemment que je suis très bien entourée et que j’ai beaucoup de chance d’avoir des complices autour de moi avec qui travailler ». Le succès de Soleil Bleu, la sortie du premier album et l’ampleur prise par la scène depuis ne font finalement que prolonger ce qu’elle raconte ici : une artiste passée des marges, des collaborations et des allers-retours à une forme d’évidence plus exposée, sans rien perdre de sa pluralité.

Une esthétique de l’instinct

Même son rapport aux vêtements raconte ce chemin fait d’empêchements, de retours, de réappropriations. « Jusqu’à maintenant, je n’avais jamais eu d’argent pour m’acheter des vêtements », dit-elle. Longtemps, cela a été « hyper frustrant ». Puis il y a eu les années dans la nature : « j’ai vécu dans la nature,  je vivais avec le moins de tissu possible, pieds nus », alors « la mode n’existait plus du tout ». Aujourd’hui, elle s’autorise autre chose, mais à sa façon. Elle rit de cette veste Zara croisée en triple dans le métro « on était trois à avoir la même veste dans la même rame », et en tire une ligne personnelle : « je préfère acheter des pièces de gens qui créent, des pièces uniques, des créateurs que j’adore. J’ai  d’ailleurs trouvé une créatrice aux Puces de Saint-Ouen qui fait des vêtements incroyables que j’adore ». Elle se dit pourtant « un peu perdue, un peu détachée », reconnaît qu’elle n’a « pas trop les codes de la mode », qu’elle est « un peu décalée ». Peut-être parce qu’elle a vécu « quasiment sept ans dans la forêt et sans téléphone pendant quatre ans, comme si je vivais dans une grotte ».

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© BRK Studio

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Mais au bout du compte, là encore, tout revient à une vérité très simple, presque un art de vivre : « Tu t’achètes ce truc parce que tu l’aimes ». C’est peut-être cela, au fond, qui relie toute sa parole : une manière de ne pas dissocier les lieux, les sons, les vêtements, les rythmes de vie, comme si tout relevait d’une seule fidélité à ce qui vibre juste. Et chez Luiza, cette fidélité s’entend et se ressent immédiatement.

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Luiza est disponible via Chapter Two Records/Wagram Music. En tournée et à Paris (Olympia) le 20 mars 2027.

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Texte Lionel-Fabrice Chassaing

Image de couverture Emma Birski

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