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Plus de dix ans après leur premier album éponyme, les soeurs franco-cubaines d’Ibeyi sont de retour avec Offering, leur quatrième album. Pour ce projet aux multiples influences enregistré entre Paris, Londres, New York et Los Angeles, Naomi et Lisa-Kaindé Diaz ont réalisé l’ensemble des visuels à Cuba, pays de leur père. Une véritable œuvre de globe-trotteuses sur fond de quête d’identité.

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C’est dans un appartement parisien très lumineux que nous retrouvons les non-moins solaires jumelles d’Ibeyi. Le temps d’un verre d’eau et d’une cigarette, et les chanteuses sont à nous. Elles s’installent sur le canapé et embraient sur quelques blagues, puis la discussion commence. « Cela fait dix ans qu’on vit séparément mais on est très souvent ensemble, on a l’habitude de fonctionner comme ça. Mais se retrouver et créer, ça c’est magnifique », commence Naomi. Les sœurs n’ont jamais été faciles à classer musicalement, et cet album est dans la continuité des précédents à ce niveau-là, avec des sonorités plus électroniques qu’auparavant, et des basses très vibrantes. Naomi l’explique : « On n’écoute pas du tout les mêmes choses. Moi j’écoute beaucoup de rap. Sur les premières années, on se basait un peu plus sur les influences de Lisa-Kaindé, mais le curseur est un peu plus tourné vers moi désormais ». Le tonitruant Moshpit promet par exemple de grands moments de pogos pour la tournée prévue en fin d’année 2026. Les sœurs affirment se projeter assez vite dans le live lors de la composition d’une chanson. Elles repartiront cette fois-ci à deux sur les routes, après une tournée précédente accompagnées d’un groupe. « On a retravaillé les chansons d’avant avec une nouvelle énergie, ça fait un bien fou. On a fait nos premières répétitions et on est très heureuses », raconte Lisa-Kaindé avant que sa sœur ne plaisante : « attendez-vous à un peu de drill ».

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« La main tendue »

Une totale liberté qui se retrouve aussi dans l’album, enregistré pour la première fois en indépendant, avec leur propre label. « Ça commence à faire un petit moment qu’on est dans le milieu, donc il a fallu se poser, réfléchir à comment on voulait faire les choses. C’était un peu une mort de l’égo. On a eu besoin de se demander qui on est, avec ou sans Ibeyi », développe Naomi.  Une quête d’identité pleine d’humilité qui se traduit par le nom de l’album, Offering. Modzik demande alors la plus grande offrande qu’on leur aie faite. « La main tendue », répond Naomi, validée par sa sœur. Elle enchaîne : « Ce dont je suis le plus fière, c’est qu’on sait bien s’entourer. Ça s’apprend, mais parfois on a juste beaucoup de chance. Et donc quand on vit des moments beaux ou plus compliqués, c’est magnifique d’avoir des gens autour de soi qui sont extraordinaires ». Un propos qui relate totalement l’album, qui parle autant de rage que de tristesse, de reconnaissance et de joie. Un mix d’émotions que Naomi analyse : « On peut avoir de l’ego et être vulnérable en même temps. C’est important de se remettre en question et d’être vulnérable, de vivre les émotions et de ne pas les éviter ». C’est dans cette idée que Lisa-Kaindé s’est fait raser les cheveux dans le clip de Offerings : « C’était une offrande à moi-même parce que j’avais besoin de ce renouveau. C’était aussi une offrande que m’a faite ma sœur parce que j’avais peur de le faire toute seule et j’avais besoin qu’elle le fasse avec moi. Et puis, c’était une manière de lâcher. De lâcher une identité que j’avais avant, de me libérer parce qu’on se met tous dans des cases tout le temps. Et des fois, on a besoin que ça pète ».

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« L’amour peut tout »

La symbolique est d’autant plus forte que le clip a été tourné à La Havane, comme l’ensemble des visuels de l’album. Filles du légendaire Anga Díaz, percussionniste du Buena Vista Social Club, les jumelles ont vécu deux années de leur enfance à Cuba, pays avec lequel elles gardent forcément un lien particulier. « Pour nous, Cuba, c’est vraiment notre père. C’est un lien à notre culture et à nous-mêmes. C’était d’autant plus important pour nous d’y aller maintenant et de faire ces clips maintenant aussi. On avait envie de rendre à Cuba ce que Cuba nous a donné », raconte avec émotion Lisa-Kaindé. Les deux sœurs avaient une vraie volonté de montrer leur Cuba, qui n’est pas exactement le même que celui que tout le monde pense connaître. « Toutes les personnes qui ont un bled s’y reconnaîtront », soutient Naomi. La photographe de la cover est d’ailleurs l’artiste cubaine Lisandra Alvarez. En ces temps difficiles pour l’île, qui subit, entre autres, un blocus économique et énergétique, les sœurs trouvaient d’autant plus important d’y aller, et de la mettre en valeur. « On a demandé à notre famille et nos amis si c’était le bon moment. Ils nous ont dit que oui, que ça comptait plus maintenant qu’avant », narre Lisa-Kaindé. Naomi explique : « Pour nous, c’était une façon de donner avec le cœur, parce que l’amour peut tout », avant que sa sœur ne rebondisse : « c’est très dur de voir ce qu’il se passe là-bas. On est de tout cœur avec eux ». Elles se souviennent émues du défilé croisière de Chanel à la Havane en 2016 auquel elles avaient participé. « Ce qui était extraordinaire, c’est la manière dont Chanel a aussi voulu montrer Cuba comme Cuba était. Il y a eu plein de Cubaines qui ont défilé pour la première fois. Les musiciens étaient tous du pays. Pour nous qui sommes franco-cubaines, ça faisait tellement sens d’être là », raconte Lisa-Kaindé. Sa sœur rebondit en expliquant qu’en plus, la mode les intéresse, car c’est une façon de s’exprimer, une forme d’art. Elle continue : « je pense aussi que l’habillement a donné confiance à beaucoup de gens ».

Tant qu’elles le pourront, les jumelles d’Ibeyi s’exprimeront à travers leur art, narrant leur quête d’identité en musique, en vêtements, en clips ou sur scène. De quoi danser sur Moshpit et bouger la tête sur Asets.

 

Offering est disponible via Awal Recordings. En concert à Paris (Cirque d’Hiver) le 9 novembre 2026, puis Nantes, Marseille.

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Texte Erwan Cler

Image de couverture Lisandra Alvarez

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