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La sélection Modzik pour sonoriser ton weekend.
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JENEVIEVE – WAITING ROOM (FEAT. JORDAN WARD)
Avec Waiting Room, Jenevieve prolonge l’univers de son album sorti l’été dernier, en explorant ce moment délicat où l’on sait qu’il faut tourner la page mais qu’on hésite encore à le faire. Le morceau capte cette gêne intérieure, cette envie de partir discrètement, tout en jetant un œil à son téléphone, comme pour retarder l’inévitable. La basse et la rythmique mid-tempo donnent au titre une pulsation hypnotique qui rend l’écoute presque compulsive. L’entrée de Jordan Ward injecte un souffle nouveau, son phrasé fluide déployant une dimension singulière qui dialogue avec l’énergie de Jenevieve. La production de Tommy Parker et Elijah Gabor combine un groove inspiré des années 80 avec des textures modernes, créant une atmosphère à la fois chaleureuse et tendue. Le clip, réalisé par Yanchi, joue avec les plans inversés et les déplacements dans l’espace urbain, rappelant l’inventivité de Drop de The Pharcyde tout en établissant un parallèle visuel avec les thèmes de l’album Backward de Jordan Ward. Chaque cadre accentue la solitude et la confrontation silencieuse entre les deux voix, comme si elles gravitaient autour d’une même frustration sans jamais se rejoindre. Le morceau conclut sur une immobilité volontaire, laissant l’émotion s’imprégner dans l’air, un silence qui résonne comme un écho du parcours artistique de Jenevieve depuis Chrysalis (2025). Waiting Room confirme son instinct pour transformer l’intimité en puissance subtile. Définitivement, une des voix R&B avec laquelle il faudra compter. (LFC)
Waiting Room est disponible via Interscope.
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VICTOR – BARATIN
Victor confirme sa place sur la scène française avec Baratin, premier extrait de son EP Standard prévu le 3 juin, présenté en version piano-voix, qui met en lumière toute l’intensité de son interprétation. Composé et réalisé par Vincent Duteuil (Thérapie Taxi – Hit Sale), le morceau combine une sobriété instrumentale et une production subtile qui accentue le côté brut et intime du texte. Depuis son premier single Jane en 2023, le Montpelliérain d’origine construit un univers où franchise des mots et tension émotionnelle se rencontrent pour explorer les relations modernes. Sur Baratin, sa voix déploie des accents de Mathieu Chedid en voix de tête, ajoutant une fragilité au récit des désirs, regrets et manipulations. Le refrain répète « baratin », rappelant que les promesses et regrets peuvent n’être que des illusions. Les thèmes du désir mêlé à la méfiance s’inscrivent dans une continuité artistique claire, tout en révélant un Victor concentré sur l’intimité du moment. Baratin reste un titre sensible et maîtrisé, fidèle à son style et à son univers. (LFC)
Baratin est disponible via CS records/BSharp.
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GROS MO – TIMIDE (FEAT. ELGRANDETOTO)
Si « Gros Mo » est un nom qui ne dit rien à une majorité du grand public, il est connu de tout le milieu du rap français et a accumulé des dizaines de millions de streams sur les plateformes au fil des années. Ses talents de rimeur, son savoir-faire mélodique, son humour narquois et sa sensibilité en font une valeur sûre depuis plus de dix ans. L’artiste de Perpignan, qui a commencé comme backeur de son ami Némir, a collaboré à chaque projet avec d’excellents artistes comme Youssoupha, Alpha Wann, Jok’Air, EDGE… Dans Apothicaire, sorti le 20 mars, Gros Mo se montre plus introspectif et amoureux que jamais. Il s’ouvre sur ses failles, ses addictions et ses moments difficiles. Il s’essaye à une variété de couleurs musicales – toujours avec En’Zoo, producteur de Perpi’ qui signe la quasi-totalité de ses instrus. D’un piano jazz mélancolique à des synthés rétros qui donnent une ambiance vaporwave en passant par des rythmiques maghrébines et des guitares acoustiques pour des ambiances plus poignantes ou dansantes. Surprise qui a dû rendre plus d’un artiste jaloux : Gros Mo a invité en featuring la star du rap maghrébin ElGrandeToto, qui cumule des centaines de millions de streams et est écouté dans plus de 150 pays. Les racines marocaines de Mo ont sûrement facilité la connexion entre ce discret prince de Perpignan et le Roi de Casablanca, ville où a été clippé TIMIDE. C’est la chanson d’un amoureux en proie aux doutes, désarmé face aux hésitations de l’élue de son cœur. Un morceau entraînant et mélancolique à la fois, dont la mélodie efficace risque bien de vous rester en tête. (AC-Le Rapporteur)
TIMIDE est disponible via GZSC/DEMAIN – [PIAS]. En tournée à partir du 22 avril et à Paris (La Place) le 23 avril 2026.
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RAYE – ‘CLICK CLACK SYMPHONY’ (FEAT. HANS ZIMMER)
Quatre saisons, quatre états d’âme : This Music May Contain Hope trace un chemin qui mène lentement de l’ombre vers la lumière. Tout commence sous un ciel parisien, lourd et brillant à la fois. I Will Overcome installe une héroïne qui avance dans la ville comme on traverse un hiver intérieur, telle une comédie musicale en clair-obscur. Cette ouverture est la première saison du voyage, celle où l’on affronte le froid, le doute, la solitude. Puis le paysage se déplace vers Londres, et la glace commence à craquer. Beware… The South London Lover Boy, avec son clin d’œil à Thriller, apporte un swing insolent comme si le printemps tentait de s’infiltrer dans les fissures. WhatsApp Shakespeare transforme une désillusion amoureuse en polar musical, crescendo dramatique compris sur fond de son hybride R&B / hip-hop. Puis survient Click Clack Symphony. Hans Zimmer déploie une architecture orchestrale qui ouvre grand les fenêtres, et RAYE s’y engouffre avec une énergie nouvelle. Life Boat pulse comme une bouffée d’air pur, une affirmation simple d’espoir avec un virage house/trance, lumineux. Goodbye Henry, le duo avec Al Green apporte une chaleur soul intemporelle qui densifie encore cette saison lumineuse. Nightingale Lane, ballade soul, revisite les premiers chagrins avec une douceur qui réchauffe. La lumière semble revenir. La chaleur s’installe vraiment lorsque les titres centraux du disque s’ouvrent. Skin & Bone revisite Rock Steady d’Aretha Franklin avec une sensualité sans cynisme que Beyoncé n’aurait pas renié. C’est l’été du disque : généreux et lumineux. La dernière partie du voyage respire l’apaisement. Fields, avec la voix fragile et bouleversante de son grand-père, ajoute une dimension transgénérationnelle qui ancre l’album dans quelque chose de profondément humain mêlant folk, gospel et soul. Joy, juste après, réunit ses sœurs Amma et Absolutely dans un éclat solaire, un funk‑soul groovy traversé d’un souffle disco orchestral. Puis vient FIN., morceau grandiloquent porté par un orchestre symphonique, où RAYE remercie l’auditeur « Thank you for listening until next time. Lots of Love. Raye » avant d’énoncer l’ensemble des crédits de l’album comme un dernier salut. This Music May Contain Hope porte bien son nom : l’espoir y est conquis, un album qui déborde (17 titres), qui guérit. Un voyage où la musique devient un refuge, un moteur, une preuve que la lumière finit toujours par revenir. (LFC)
‘Click Clack Symphony’ est disponible via RAYE/Human Re Sources.
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SLAYYYTER – GAS STATION
Longtemps associée à une hyperpop clinquante nourrie de nostalgie 2000s et d’ironie internet, Slayyyter a construit sa trajectoire par glissements successifs. Des débuts viraux à l’énergie DIY jusqu’à Troubled Paradise, puis STARFUCKER, chaque projet a épaissi le personnage. WOR$T GIRL IN AMERICA marque un nouveau déplacement : moins de masque comme si l’esthétique qu’elle manipulait finissait par se fissurer. Le disque avance par blocs. Les morceaux les plus directs CRANK, BEAT UP CHANEL$, CANNIBALISM! misent sur une surcharge sonore où club, électro et restes de pop se percutent. À l’inverse, OLD TECHNOLOGY ou UNKNOWN LOVERZ ouvrent des espaces plus étirés, tandis que $T. LOSER et WHAT IS IT LIKE, TO BE LIKED? interrogent frontalement la fabrication d’une image et son épuisement. Puis GAS STATION qui fonctionne comme une halte : un morceau qui installe une sensation d’errance et donne un cadre à l’ensemble. Cette idée d’une Amérique périphérique, déjà présente en filigrane dans ses précédents projets, devient ici un décor récurrent. Même les titres plus retenus comme PRAYER ou BRITTANY MURPHY prolongent cette ligne. Rien de spectaculaire dans la progression, mais une densité nouvelle. L’album demande de s’y attarder, de naviguer dans ses contrastes. En consolidant ce virage, Slayyyter signe un disque moins immédiat qui reconfigure sa discographie en profondeur. (LFC)
GAS STATION est disponible via Slayyyter/RECORDS/Columbia. En concert à Paris (Trianon) le 18 octobre 2026.
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NINA UZAN – HIMALAYA
Avec Charade, Nina Uzan affirme sa liberté artistique et transforme ses expériences intimes en pop 80’s maîtrisée. Composée et arrangée sur son laptop pendant près de deux ans, l’EP a été produit avec Saint DX, qui a repensé les beats et sublimé les textures, tandis que Louis Delorme à la batterie et Adrian Edeline à la guitare enrichissent la palette sonore. La fièvre et Himalaya sont de petites perles new wave, entre lignes de basse marquées et synthés lumineux, offrant un équilibre entre nostalgie et énergie dansante. La foudre tranche par son intensité dramatique portée par une production qui convoque les climats électro‑pop de Mylène Farmer (période Boutonnat) et Jeanne Mas (période Musumarra), mêlant synthés chargés et textures sombres qui traduisent l’urgence émotionnelle du morceau. Les titres Charade et Entre-deux sont plus doux et sensuels, instants caressants où la voix de Nina se mêle à des nappes synthétiques entre rêverie et séduction. Chaque morceau témoigne d’une écriture précise et d’une production soignée, alternant exaltation pop et instants de rêverie. En mêlant nostalgie 80’s, modernité pop et intensité narrative, Charade transforme les blessures et les doutes de son autrice‑compositrice en chansons à la fois addictives et profondes. Un premier geste qui confirme Nina Uzan comme une créatrice capable de capturer ses émotions dans des paysages sonores à la fois personnels et irrésistibles.
Himalaya est disponible via Glory Box Music. En concert à Paris (POPUP!) le 9 avril 2026.
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CAMILLE – LA TERRE
Camille revient enfin avec La Terre, premier single de son futur album The Sound Of Milk, prévu à l’automne 2026, et c’est un moment de poésie qui secoue les sens. Le morceau, court et dépouillé, associe cordes et harmonies de vocoder pour créer un climat à la fois doux et tendu. Les paroles sont au passé, et Camille explique : « Au présent, ce serait trop violent. C’est violent ce qu’on vit », justifiant ce choix poétique qui transforme nostalgie et mémoire en musique. Chaque image la Terre, la Mer, l’Amour devient une méditation sur la fragilité et la beauté de notre existence. L’album, fruit de quinze années de création, se construit comme un triptyque explorant naissance, enfance et adolescence, avec la maternité comme fil conducteur. Le clip, tourné en famille près de chez elle, renforce cette dimension de proximité et de vérité. La tournée Sound Of Milk Tour débutera le 5 novembre 2026 à Rouen, avec un Olympia annoncé au 1er février 2027, promettant des concerts profonds et riches en poésie. Avec La Terre, Camille transforme le souvenir et le quotidien en matière sonore, chaque note portant le poids de l’expérience humaine et préparant un album déjà incontournable. (LFC)
La Terre est disponible via Balulalo/Because Music. En tournée à partir du 16 avril 2026 (Printemps de Bourges) et à Paris (Olympia) le 1er février 2027.
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TOM MISCH – SISTERS WITH ME
Tom Misch boucle la boucle avec son nouvel opus Full Circle, et le titre n’a rien d’un hasard. Après l’élégance solaire de Geography et les explorations jazz parfois cérébrales de What Kinda Music, le Britannique revient à l’essentiel : la chair des émotions, la fragilité des liens, et une musique qui respire. Enregistré entre Londres, les Cornouailles, le Portugal et Nashville, l’album porte en lui ce goût du mouvement, du voyage intérieur autant que géographique. Les premiers singles donnaient déjà le ton. Red Moon groove avec une nonchalance rétro maîtrisée, quand Slow Tonight se laisse dériver dans une douceur née de l’instant. Ce Sisters With Me touche en capturant ces moments familiaux qui semblent insignifiants mais nous construisent. Et puis Old Man, dépouillé jusqu’à l’os, où Misch ose se montrer sans production comme sans armure. Mais c’est avec Echo From The Flames que l’album prend une autre dimension. Le morceau hypnotise dès les premières mesures, porté par une délicatesse qui évoque clairement Fragile de Sting : même tension, même pudeur dans l’émotion. Misch y chante sur une instrumentation qui laisse chaque note résonner plus longtemps qu’elle ne devrait. Ce nouveau single agit comme une clé de lecture de l’album entier : moins démonstratif que What Kinda Music, moins immédiat que Geography, mais infiniment plus habité. Au fond, Full Circle ressemble moins à un aboutissement qu’à un recentrage. Tom Misch choisit ici de s’effacer pour mieux laisser parler la musique. Dans ce voyage sonore, on entend les traces d’un Michael Franks revisité, croisé avec la mélancolie feutrée de José González, une rencontre improbable qui donne naissance à un écrin musical intime et organique. Il n’élève jamais la voix, mais capte l’attention par la nuance, par l’espace. (LFC)
Sisters With Me est disponible via Beyond The Groove/AWAL Recordings.
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THE TWILIGHT SAD – ATTEMPT A CRASH LANDING
Propre à leur identité mélancolique, les écossais de The Twilight Sad reviennent avec des paroles sombres qui se veulent plus douces, plus brunantes portées par la voix singulière de James Graham. L’espace-temps y est réduit et on rentre dans une introspection écoutant le rythme qui est plus clair et plus structuré, le son apparaît telle une résilience. Plus tôt dans leur discographie, les choses dites apparaissent comme une pluie de particules, l’on pourrait s’y tromper entre Waiting For The Phone Call qui nous emporte comme une course derrière la technologie, alors on se voit mourir. On revit les émotions de leur album Forget The Night Ahead (2009). On attend une réponse, la fin d’un rêve où il n’existe pas de retour en arrière, c’est l’avancement de notre vie vers des endroits superficiels, du matériel classé sans suite. Designed To Lose est une couture. On va sur la route, celle d’une fin irrémédiable jusqu’à la mort cérébrale. Robotisés, on attend le coup de téléphone. (AM)
It’s The Long Goodbye est disponible via Rock Action Records. En tournée et en concert à Paris (Trabendo) le 27 avril 2026.
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KALIKA – CRAZY
Crazy, le nouveau son de Kalika, se ressent comme une décharge électrique : vibrant, percutant, et porteur d’un vrai message. Elle y chante un monde « un peu crazy », miroir parfait de son univers toujours sur le fil entre désinvolture et grande lucidité politique. Depuis L’amour ça sert à rien et Adieu les monstres, la chanteuse française transforme ses fêlures en hymnes pop. Son esthétique, héritée d’un esprit Tumblr et bubblegum pop à la Marina, offre un refuge de nostalgie contemporaine où dansent ensemble ironie et colère. Dans ses sons, les guitares électriques s’entrechoquent avec des textures électro pour créer une tension : un joyeux bordel de teenage angst où chaque refrain cache une phrase qui percute. Mais sous les paillettes, Kalika aborde aussi ses traumas avec franchise. Sa queerness insuffle à sa musique une liberté instinctive, palpable dans Ballerines de Bourges en duo avec Tess, déclaration d’émancipation et de sensualité affranchie. Avec Crazy, Kalika ouvre la voie à Ma Claque, un projet annoncé pour le 29 mai, comme électrochoc émotionnel : celui d’une artiste qui assume chaque excès, chaque blessure, et transforme le tout en lumière. (TR)
Crazy est disponible via Cinq 7. En concert à Paris (Olympia) le 16 décembre 2026.
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