/
La sélection Modzik pour sonoriser ton weekend.
/
JEWEL USAIN – IKEBUKURO
La saga Jewel Usain continue. Fort de 15 ans de rap, il a conquis la critique en 2024 avec son premier vrai album Où les garçons grandissent. Avant de sortir le deuxième, il nous a concocté un court EP qui sert de transition entre les deux œuvres. L’EP sera accompagné de trois clips qui ont une fonction narrative forte. Ils sont tels une mini-série intercalée entre deux longs-métrages, qui en complète le puzzle. Ikebukuro est le premier acte. Ces très-court-métrages réalisés par Kidhao, talentueux ami de Jewel, ont été en partie tournés au Japon. Non seulement parce que la culture japonaise a beaucoup compté pour le rappeur, mais aussi parce que c’est une terre de passionnés et d’innovateurs du hip-hop. Comme le rappeur et danseur nippon Acchi Mello, au centre du casting. Le rappeur Prince Waly apparaît, lui, brièvement en début de vidéo. Sur Ikebukuro, Jewel Usain brille avec ses rimes en cascade, sa confiance en lui et son humour, sur une très belle instrumentale du trompettiste et producteur Béesau, au sample de voix envoûtant. Montez dans le train et veillez sur la sortie des prochains clips si vous voulez en prendre plein les yeux, les oreilles et découvrir une surprise inédite. (AC-Le Rapporteur)
Ikebukuro est disponible via LES GRANDS / Play Two.
/
ROXANE – RAIN ON MY PARADE
Premier long format pour Roxane, jeune autrice-compositrice-interprète franco-suisse qui navigue entre Genève, la France et Londres, et impose déjà une identité forte. Nourrie autant par le rock anglo-saxon que par la chanson française, elle trace une ligne personnelle, quelque part entre tension retenue et lâcher-prise. Sa voix, sombre et légèrement ébréchée, capte immédiatement l’attention : un grain singulier, capable de passer de la douceur fragile à une intensité abrasive sans jamais perdre en justesse. Les arrangements, façonnés aux côtés du producteur britannique Paul O’Duffy (Lisa Stanfield, Amy Winehouse…), gagnent en relief, mêlant épure acoustique et élans plus amples, avec une élégance aux accents cinématographiques. Le disque s’appuie sur des moments comme Fall in Love in June ou Sing to Me, où tout repose sur la justesse de l’interprétation, tandis que Your Love is Toxic laisse éclater une énergie incontrôlée. Ailleurs, Have to Let You Go et Snow Is Covering the Mountain, qu’elle a interprété lors de notre session Rhythm, livrant une performance habitée, prolongent cette atmosphère introspective. Quant à Rain On My Parade, mis en images s’impose comme l’un des pivots de l’album Still Waters Run Deep. Un disque inaugural élégant et sensuel qui révèle une artiste en pleine affirmation. Roxane est assurément une voix à suivre. (LFC)
Still Waters Run Deep est disponible via Decca Records/Peermusic.
/
PREMIER MÉTRO – SOLEIL NOIR
Il semblerait que la fête soit finie. Avec Soleil Noir, Premier Métro abandonne les dernières lueurs de la nuit pour fixer une époque qui s’assombrit. Né entre Angers et Paris, le groupe, longtemps porté par une pop synthétique de fin d’after, opère ici un virage plus rock et frontal dans la lignée de Nique le réel où les guitares viennent griffer leurs textures électroniques. Le morceau avance comme une signal : dans la rue, les repères se brouillent, les discours s’entrechoquent, et l’insouciance d’hier laisse place à une tension « il fait jour mais il est tard ». Les paroles confrontent directement la montée des extrêmes et la banalisation de la violence, un prolongement naturel de leur précédent single Châteaux de sable, où le groupe dénonçait déjà la fragilité du monde moderne et l’overdose d’informations qui nous submerge. Produit par Dimitri Banton, chanteur du quatuor, ce titre marque une prise de contrôle artistique autant qu’un durcissement du ton. Loin des chroniques nocturnes, le groupe regarde désormais le réel. Ce single annonce un premier album attendu en 2026, et dont Soleil Noir semble donner le cap : plus tendu, plus incarné et combatif. Premier Métro documente ces moments où il devient impossible de détourner les yeux et de regarder en face. (LFC)
Soleil Noir est disponible via Premier Métro (autoproduit).
/
HOSHI – BONJOUR DOCTEUR
Sans rompre avec sa trajectoire, Bonjour docteur prolonge les thèmes que Hoshi développe depuis ses débuts : la vulnérabilité, les relations qui marquent durablement, et la manière dont les expériences intimes façonnent l’identité et le rapport au monde. Mais ici plus de mise à distance. Le morceau avance sur une ligne fragile entre narration maîtrisée et chaos émotionnel, renforcé par la dimension autobiographique que suggère le contexte de la relation avec son ex-manageuse. L’écriture, toujours directe, laisse affleurer un besoin de comprendre et de mettre en mots ce qui dépasse, comme une tentative de reprendre prise sur une situation qui a échappé. L’apport de Mark Weld, déjà présent sur Amour censure, participe à cette continuité. Le « docteur » devient alors un point d’accroche, une tentative de mettre des mots sur un effondrement qui dépasse l’entendement. Bonjour docteur documente cette déflagration intérieure avec une intensité qui ne relâche jamais vraiment la pression, ni dans les mots, ni dans le son. (LFC)
Bonjour docteur est disponible via MAISON HOSHI/Jo&Co/Believe. En tournée en 2027 et à Paris (Accor Arena) le 18 novembre 2027.
/
LIZZO – DON’T MAKE ME LOVE U
Don’t Make Me Love U met en scène une tension entre image et identité : un face-à-face entre Lizzo et son double, figé pendant que la caméra tourne et que le corps reprend le contrôle. Produit par ses collaborateurs de longue date Ricky Reed et Cheche Alara, le titre s’inscrit dans une continuité de travail tout en ouvrant une nouvelle direction sonore, plus dépouillée et ancrée dans une esthétique rock-ballade. La vidéo suggère une lecture en miroir : celle d’une artiste confrontée à ses versions passées, à ce qu’elle a été et à ce qu’elle choisit désormais d’incarner. Les paroles, qui évoquent la crainte d’un attachement incertain, prennent ici une résonance plus large, comme si elles dialoguaient autant avec une relation qu’avec une trajectoire personnelle en mutation. « En 2025, j’ai changé, le monde a tellement changé, et il s’est passé tant de choses. » Dans cette période marquée par ces changements annoncés et une réorientation instinctive de sa direction artistique, Lizzo semble tester de nouveaux équilibres entre spontanéité et contrôle : un rôle au cinéma dans un biopic de la chanteuse, auteur-compositrice et guitariste de gospel et de blues Sister Rosetta Tharpe et un premier livre pour enfants, qui raconte l’histoire d’une petite fille se liant d’amitié avec une flûte. Don’t Make Me Love U, nourri par cette transition, s’inscrit dans un moment de bascule : un retour à l’essentiel où la performance, le corps et la voix convergent pour exprimer une identité en train de se redéfinir. (LFC)
Don’t Make Me Love U est disponible via Nice Life Recording/Atlantic Records.
/
WITCH POST – WITCHING HOUR
Impossible de réduire Butterfly à une simple collection de morceaux : Witch Post y construit plutôt un espace mouvant, fruit de leur histoire singulière : un duo transatlantique formé par Alaska Reid (Montana) et Dylan Fraser (Écosse), deux trajectoires solo qui finissent par se rejoindre dans un même langage. Leur nom, emprunté aux « witch posts », ces sculptures du XVIIe siècle censées repousser les mauvais esprits, annonce déjà la couleur : un imaginaire fait de talismans, de présences diffuses et de réalités décalées. Dans ce sept titres, le duo croisent leurs voix comme deux lignes parallèles, un chant à l’unisson donnant aux titres une profondeur étrange. Changeling impose d’emblée une écriture concise et sans détour ; l’ombre des années 90 plane. Worry Angel, lui, explore une zone plus intérieure « un porte-clés porte-bonheur dont vous ne pouvez plus vous passer […] le sentiment d’être observé ». Le rythme accroche, mais quelque chose résiste. Et, il y a Witching Hour, traversé par le vertige des nuits sans sommeil et des pensées qui tournent en boucle. Il y a là quelque chose de profondément adolescent dans le regard, une envie de tenir le moment sans jamais y parvenir. Butterfly pourrait vouloir un peu plus de débordement. Pourtant, ce contrôle apparent fait partie du projet : Witch Post préfère installer des climats. « Nous voulions emmener les auditeurs dans un road trip sonore, fait de perspectives multiples et de lieux de passage. » Mission réussie. (LFC)
Butterfly est disponible via Witch Post/Partisan Records. En concert à Paris (Le Hasard Ludique) le 11 mai 2026.
/
MANDRAGORA – JUGO DE DIAMANTES
Sur Jugo de Diamantes, Mandragora confirme qu’il n’est plus seulement l’enfant turbulent de la psytrance, mais un architecte malin de la mutation club. Né au Mexique et révélé au Brésil, le producteur a longtemps dynamité les codes avec son futureprog survitaminé ; ici, il freine pour mieux séduire. Le morceau s’ouvre sur une guitare latino et une voix désinvolte, qui porte un récit de promesses brisées et de retour à vide. Puis la house prend le relais comme si le beat venait contredire l’émotion. Mais Mandragora revient sans cesse à ses racines, réinjectant des motifs latins dans cette mécanique club, créant un va-et-vient entre chaleur et froideur avec un refrain qui s’incruste comme une obsession douce-amère. Derrière le vernis dansant, le texte crache une désillusion, entre amour toxique et orgueil blessé. Mandragora troque les montées explosives pour un groove plus maîtrisé sans renier ses racines. Ce virage, amorcé depuis quelques années, divise : certains regretteront la fureur psyché, d’autres salueront la précision du dosage. Mais une chose est sûre : il sait écrire des morceaux qui s’infiltrent dans le crâne autant que sur le dancefloor. Moins explosif que ses anciens titres, ici, il ne s’agit plus de choisir entre psytrance et club, mais de raconter une fracture musicale autant qu’émotionnelle. (LFC)
Jugo de Diamantes est disponible via D.Y.O.R/All Night Long/Believe.
/
HAUTE & FREDDY – SHOWGIRL AT HEART
Duo alt-pop formé par Michelle Buzz et Lance Shipp, Haute & Freddy s’est taillé une signature très nette : une pop synthé ultra théâtrale, dopée aux références 80’s et à une esthétique baroque où perruques, couronnes et looks de carnaval racontent autant que leurs textes sur les gens qui refusent les cases. Avec la sortie de leur premier album Big Disgrace, le projet prend une autre ampleur et installe leur univers comme l’un des plus singuliers de la pop alternative du moment. Derrière cette profusion sonore et visuelle, le disque affirme une identité, entre excès assumé, sens du détail et volonté de transformer chaque morceau en scène à part entière incluant un petit clin d’œil à Versailles. Dans ce contexte, Showgirl At Heart fait office de pièce centrale : le morceau suit une performeuse qui vit pour la scène, entre l’adrénaline des projecteurs et le doute qui revient une fois le rideau tombé, quand elle se demande si son moment est déjà passé. Le clip, pensé comme une vidéo très ciné, pousse encore plus loin leur goût pour le mélange cabaret, Broadway et démesure : la figure de la showgirl est érigée en icône pour toutes celles et ceux qui continuent de danser comme si le monde entier était leur scène. Malgré la pression, les étiquettes, et un monde en pagaille. Entre énergie pop, sens du spectacle et regard sur la fragilité derrière la performance, le duo parvient à faire de cette mise en scène permanente un terrain d’expression assumé. (TR)
Showgirl At Heart est disponible via Runaway Carnie. En concert à Paris (Zèbre de Belleville) les 18 et 19 mai 2026 (Complet).
/
MUSE – BE WITH YOU
Muse signe une nouvelle transportation solaire. Elle nous accueille dans des lumières vives qui accompagnent la voix montante et les guitares, toujours puissantes et massives. On revient vers ce que le groupe a produit au début des années 2000, électrique, avec une réverbération pour créer de l’espace avec la batterie. Be With You est cinématographique, leur style crée un mur de son large, une évasure spatiale. La voix, dominante, n’est pas dramatique : elle arrive à la suite d’un crépuscule nouveau et laisse pleinement sa place à la fusion analogique, spectaculaire, qui peut même surprendre : elle transforme directement le son vers une finalité dynamique et apocalyptique. Le départ d’orgue donne une métaphore visuelle, elle nous fait rentrer dans une sphère émotionnelle qui laisse notre corps méditer entre malédiction et salvation. Muse guette une lecture graphique et littéraire pour ce single qui annonce le mélange du nouvel album à venir The Wow! Signal. La curiosité s’empare des auditions. L’espace est régie dans une création vierge, où l’on n’en ressort frustrer du fait d’un temps si court de volupté musicale. (AM)
Be With You est disponible via Warner Records.
/
KIM GORDON – BUSY BEE
Depuis No Home Record en 2019, Kim Gordon continue de s’épanouir en solo avec un nouvel album sorti ce vendredi 13, intitulé Play Me. Continuation de The Collective, son deuxième album sorti en 2024, la Sonic Queen de 72 ans – divinité tutélaire d’une certaine idée de la coolitude – reste toujours fidèle à son décor sonore noise, aux pulsations électroniques lancinantes. Mais quelque chose a changé : là où The Collective cultivait l’opacité, l’intime et une forme de non-sens poétique, Play Me tranche. Plus frontal, plus lisible, presque programmatique, il s’impose comme son disque le plus direct à ce jour. Cette intention est parfaitement explicitée par la reprise du morceau phare de The Collective, BYE BYE, dont les paroles sont ici remplacées : de la liste d’achats pour le supermarché, on passe désormais à une liste de mots bannis par Donald Trump. Plus de place pour les subtilités : Kim semble vouloir sortir de son royaume « arty » pour s’adresser de manière frontale à tous ceux qui voudraient l’entendre. Dans ce choix, il y a une clé pour comprendre l’esprit qui anime ce dernier opus. Si The Collective poussait la recherche et la poésie à l’extrême, il s’agit ici d’une création plus directe et ouverte, ce qui, dans le cas de Kim Gordon, pourrait bien être interprété comme une forme originale de prise de risque. Voici, en guise d’amuse-bouche, Busy Bee, avec la batterie irrésistible de Dave Grohl et la voix samplée de Julia Cafritz, ancienne complice de Kim au sein du projet Free Kitten. (EU)
Play Me est disponible via Matador/Beggars. En concert à Paris (Trianon) le 17 avril 2026.
/
ORLANE – AMOUR PLURIEL
Orlane, c’est la révélation belge remarquée en 2025 pour l’album Aller-Retour et ses premiers morceaux où elle a le don de transformer ses doutes en matière pop. Et avec son nouveau single Amour Pluriel, dévoilé le 20 mars, elle ouvre un nouveau chapitre : nouvelle coiffure, nouvelle DA, et une prise de parole encore plus queer et féministe. Ce morceau, c’est à la fois l’exploration d’une sexualité qui s’affirme, un point de vue sur la place des femmes dans la société actuelle : le tout sur une prod cinématique qui monte en tension, où les arpégiateurs se mêlent au son du saxophone pour éclore en une montée épique. Entre fragilité assumée et revendication, Amour Pluriel ressemble à un vrai petit manifeste pop : un titre qui revendique la liberté du corps, du choix et des identités, et qui s’ancre résolument dans son temps. (TR)
Amour Pluriel est disponible via Prisme Records.
/

