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La sélection Modzik pour sonoriser ce weekend.
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DEBBY FRIDAY – BET ON ME
À chaque nouvelle sortie, la canadienne Debby Friday gratte un peu plus loin sous la surface. Avec Bet On Me, la productrice canado-nigériane livre un morceau à la fois hédoniste et triste, porté par un breakbeat qui frappe fort. On pense à Strangers de Kenya Grace, pour cette capacité à faire danser la mélancolie, mais chez Friday, le groove est presque sale. La fête ici est une fuite : « I don’t write all my thoughts down / Scared of the permanency ». Une ligne qui résume à elle seule une certaine forme d’urgence. Si elle explore aujourd’hui des textures électroniques plus accessibles, Debby Friday n’a rien perdu de son tranchant. Ses deux premiers EPs, Bitchpunk (2018) et Death Drive (2019) sentaient la sueur, l’indus d’une scène underground post-punk. En 2023, elle décroche le Polaris Prize avec son premier album Good Luck, une récompense majeure au Canada pour l’album considéré comme le plus marquant de l’année. La sortie de Bet On Me s’inscrit dans une trilogie de singles entamée avec 1/17, un morceau gonflé à l’EDM, All I Wanna Do Is Party, calibré pour les clubs. Enfin, Lipsync aux influences techno-industrielles. Cette quadrilogie annonce The Starrr Of The Queen Life (1/08/25), un kaléidoscope sonore, produit par l’australien Darcy Baylis, avec les apports de Tayhana (Rosalía, NAAFI), Graham Walsh (METZ, Holy F*ck). Une œuvre où elle affirme sa volonté de briller – mais à ses conditions. « Cet album parle de cette idée d’atteindre quelque chose », explique-t-elle. « Il s’agit de voir les signes et d’essayer de suivre cette impulsion, toujours avec en filigrane le potentiel de voler vers le soleil ou de retomber sur terre. » Debby Friday ne cherche pas à s’élever au-dessus du monde, mais à y inscrire son énergie.
Bet On Me est disponible via Sub Pop/Modulor.
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DRAKE – WHAT DID I MISS?
Drake revient sur le devant de la scène avec What Did I Miss?, premier single de son prochain album très attendu, Iceman. Après une parenthèse R&B sensuelle aux côtés de PartyNextDoor sur le projet Some Sexy Songs 4 U, ce nouveau titre marque un retour au Drake « old school » : incisif, rancunier, mélodique… et furieusement calculateur. On retrouve le Drake qui a construit sa légende : un rap mélancolique aux punchlines amères, posé sur une prod. minimaliste, dans la lignée de ses morceaux cultes comme 6PM in New York. C’est le Drake introspectif, à fleur de peau, qui maîtrise l’art du sous-entendu et de la vengeance élégante. La phrase « I’ve been gangsta since Headlines » n’est pas anodine. Elle fonctionne à la fois comme un rappel de sa longévité et comme un coup de gueule envers ceux qui ont douté de lui – ou pire, l’ont trahi. What Did I Miss? est une réponse implicite à l’onde de choc causée par sa brouille avec Kendrick Lamar ainsi qu’à LeBron James, aperçu au concert Pop Out de Kendrick, hilare et dansant sur Not Like Us. Mais plus largement, le morceau dresse l’inventaire de ceux qui ont déserté. La vidéo qui accompagne le morceau est un objet visuel aussi froid que son titre. On y voit Drake au volant d’un semi-remorque, traversant Toronto, isolé dans sa propre ville. Puis, reclus dans un entrepôt vide, dans un entrepôt aux couleurs d’Iceman. C’est un morceau d’humeur, de solitude assumée, où le rappeur règle ses comptes avec froideur. C’est aussi un rappel : malgré les coups, les polémiques et les fluctuations d’inspiration, Drake reste ce stratège hors pair, capable de revenir à l’essentiel quand il en a vraiment besoin. S’il faut croire le titre de l’album à venir, Iceman, ce retour commence sur du béton gelé.
What Did I Miss? est disponible via OVO/Republic Records/Universal. En concert à Paris (Accor Arena) les 7 et 8 septembre 2025.
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disiz – TON VENTRE
Avec Ton Ventre, disiz revient là où son dernier album L’Amour nous avait laissés : entre les méandres de l’intime et la lumière de la vérité affective. Ce nouveau single est une plongée dans la source même de l’amour, un retour à l’origine, au ventre maternel, une forme de psychanalyse musicale. Dans une vidéo intitulée L’Amour, diffusée à la sortie de son précédent album, disiz donnait la parole à sa mère. Une phrase en particulier résonne avec force : « L’amour est plus grand avec nos parents que l’amour avec un homme ». Une vérité désarmante qui fait écho, lorsque, dans Ton Ventre, l’artiste chante avec une tendresse presque enfantine : « Ton ventre, c’est le confort c’est clair, la piscine dans ton nombril est claire ». La poésie touche ici au sensoriel, à cette mémoire corporelle de l’enfance qu’on tente tous, un jour, de retrouver dans le corps de l’autre. L’amour, chez disiz, est souvent un aller-retour entre le passé et le présent. Musicalement, le titre épouse cette dualité. La production signée Emmanuel Camy, Théo Philippe et Thomas Sega enveloppe la voix. disiz ne rappe plus ici, il se livre. Depuis quelques années, l’artiste a pris le virage d’une pop alternative nourrie de variété française et de confession poétique. Une mue amorcée bien avant L’Amour, mais qui trouve aujourd’hui sa forme la plus aboutie. Car disiz n’est pas seulement musicien. Il est aussi écrivain (avec notamment le roman Les derniers de la rue Ponty), acteur, poète – un artiste complet, capable de changer de médium sans jamais perdre sa sincérité. Le clip de Ton Ventre, co-réalisé par Luàna Bajrami et Sandor Funtek, prolonge cette quête dans un cadre cinématographique organique. Ton Ventre parle du refuge qu’on trouve parfois dans un corps – celui qui nous a donné la vie, celui dans lequel on essaie de survivre. disiz y livre sans doute l’un de ses titres les plus sensibles, un bijou de pudeur et de profondeur qui confirme, une fois de plus, la trajectoire unique de cet artiste insaisissable. Un poète moderne, passé du chaos du monde à la tempête intérieure.
Ton ventre est disponible via Carré Bleu Productions/Sony.
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KESHA – RED FLAG.
Avec Red Flag., dernier single de l’album .(…) que la presse a baptisé Period, Kesha est en terrain connu : groove électro, provocation crue, humour noir. Elle y chante son goût pour les « bâtards désespérés » sur fond de synthés mordants. C’est un retour au chaos joyeux. Mais cette fois, Kesha est aux commandes. « Enfin… », dit-elle à répétition, dans une interview à Billboard. Après dix ans de litiges avec son ancien producteur Dr. Luke, une bataille qui a redéfini sa carrière et mis en suspens sa liberté artistique, la chanteuse sort ici son premier album sur son propre label, Kesha Records. « C’est la première fois que je me sens vraiment libre », confie-t-elle. Period est né de cette urgence : celle de recoller les morceaux, de retrouver son nom, sa voix, son corps. Si l’album semble renouer avec l’hédonisme de ses débuts, il le fait avec la conscience d’une femme sans doute marquée à jamais. « Pour y arriver, il faut d’abord se sentir en sécurité. C’est un besoin humain fondamental », dit-elle encore. Ce besoin irrigue l’album tout entier, qui embrasse tout ce que la pop contemporaine digère : hyperpop, disco rétro (Love Forever), bubblegum-country (Yippiee-Ki-Yay), synth-rock 80s, autotune tapageur, punchlines absurdes, électro glitchée (Glow, Boy Crazy). Il y a des moments d’errance, de redite, voire de surproduction. Mais à d’autres endroits, Period vise juste : avec la gravité de Freedom qui ouvre l’album, titre de six minutes et demie et Cathedral, morceau final, où elle transforme son propre corps en lieu de culte : « Je suis le sauveur, je suis l’autel, je suis le Saint-Esprit ». Kesha semble se chercher, à découvrir sa vérité « J’ai attendu ce moment toute ma vie », dit-elle. Period est parfois inégal, mais avec ce premier album sorti sous son propre label, Kesha reprend le fil du chaos là où elle l’avait laissé et cette fois, elle l’embrasse pleinement. C’est un retour à l’absurde, à la fête, à ce « n’importe quoi qui fait sens ».
Red Flag. est disponible via Kesha Records. En concert à Paris (Zenith) le 6 mars 2026.
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DERNIER MOTEL – EN NOIR ET BLANC
Malgré son titre, le clip d’En Noir et Blanc n’a rien de monochrome. C’est même tout l’inverse : une plongée dans une esthétique saturée de couleurs, baignée d’une lumière tantôt chaude, tantôt artificielle. Le groupe Dernier Motel, formé entre Brest et Paris, signe ici un morceau qui convoque la nostalgie disco-funk tout droit sortie des années 80, mais le regard tourné vers la scène. En Noir et Blanc est un premier fragment d’un projet artistique total, où la chanson française épouse le théâtre, le cinéma, et l’univers du live immersif. Dernier Motel, c’est d’abord une idée : celle d’un lieu. Un espace mental et scénique, où l’on s’arrête une nuit pour mieux se retrouver, ou se perdre. Leur spectacle, Le Dernier Motel avant la nuit, n’est pas un concert au sens classique du terme. C’est une mise en scène musicale où chaque chanson ouvre la porte d’une « chambre » du motel, avec ses secrets, ses fantômes, ses visions. Cette approche s’explique : plusieurs membres du groupe viennent du théâtre. Jean Battant, chanteur et cofondateur, est acteur, vu notamment au cinéma chez Lucas Belvaux ou dans la série 37 secondes. Thomas Gendronneau, guitariste, est lui aussi comédien, auteur, metteur en scène. Dernier Motel, c’est avant tout une histoire : celle d’un acteur qui se réfugie dans un motel lors d’un tournage. Et dans cet endroit isolé, les souvenirs ressurgissent. Rêves, cauchemars, visages du passé. Le public, lui, n’est pas simple spectateur, mais client du lieu. Il participe, danse, chante, entre dans la fiction comme on entre dans une salle obscure. Dans En Noir et Blanc, cette idée de mémoire et de vertige est omniprésente. La guitare funk rappelle Nile Rodgers, le saxophone (signé Frédéric Ruiz) flirte avec les textures 80’s, tandis que la ligne de basse (Benjamin Gazzeri), les percussions (Hugo Zanetti) et la batterie (Jacques Salamaka) donnent au morceau un groove discret mais entêtant. Le clip, réalisé par Raphaël Naasz, met en scène les membres du groupe comme autant de fragments d’histoires : ils passent dans une chambre, disparaissent, reviennent, enfilent des rôles. Il y a quelque chose d’intensément cinématographique dans la manière dont la chanson prend vie et cette cohérence artistique donne à Dernier Motel une identité forte. À une époque où les projets ont tendance à se ressembler, Dernier Motel propose un ailleurs, où la chanson française dialogue avec le fantasme américain, où le live devient théâtre et où la musique raconte.
En Noir et Blanc est disponible via Upton Park. En concert à Paris (Zèbre de Belleville) le 13 novembre 2025.
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THE FAVORS – THE HUDSON
Il arrive qu’une collaboration passagère devienne une évidence. Il y a quelques années, FINNEAS, tapi dans l’ombre de sa sœur Billie Eilish , élargit son univers sonore en travaillant avec d’autres voix. C’est là qu’il croise Ashe, avec qui il coécrit Till Forever Falls Apart. Une ballade qui, déjà, laissait entrevoir plus qu’une complicité artistique ponctuelle. En 2025, les deux artistes décident de poser un nom sur cette chimie : The Favors est né. Un duo, un projet, un souffle nouveau dans la scène folk-pop actuelle. Le premier single The Little Mess You Made donnait le ton, acoustique et organique, baigné dans une nostalgie dorée. Mais avec The Hudson, on entre dans quelque chose de plus viscéral. Dès les premières notes de piano, Ashe installe une tension douce. La mélodie coule comme le fleuve du titre, avec cette impression que tout peut basculer à tout moment. Et puis FINNEAS entre. Leur voix s’entrelacent, se répondent. Il y a du Carole King ici, du Simon & Garfunkel là, mais surtout cette capacité rare à faire du passé un terrain de jeu moderne. Et cette vidéo, signée Alex Lockett, ajoute une couche de réalisme poétique : New York filmée comme un souvenir flou. FINNEAS, dans un post sincère, prend soin de rappeler la frontière entre art et réalité. « Ce qui est réel, c’est notre amour et notre respect les uns pour les autres en tant qu’amis et collaborateurs ». Ce n’est pas une love story. Ce sont deux artistes qui savent jouer les émotions : l’amitié est réelle, l’émotion aussi. The Hudson pourrait être la bande son d’un coucher de soleil sur le trottoir d’un été new-yorkais, ou sur n’importe quelle fin de journée où l’on ne sait plus trop si on avance ou si on pleure. Deux morceaux, deux réussites. Et un album, The Dream, annoncé pour le 19 septembre, qu’on attend désormais avec impatience.
Hudson est disponible via Darkroom Records.
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THE HIVES – LEGALIZE LIVING
Avec Legalize Living, leur troisième single extrait de l’album très attendu Forever Forever The Hives (29/08/25), les Suédois ne déçoivent pas. Depuis leurs débuts au début des années 2000, The Hives sont devenus synonymes d’énergie brute et de riffs incisifs, un groupe capable de secouer n’importe quelle salle de concert avec une puissance dévastatrice. Ce qui distingue ce nouvel album, c’est la volonté de penser chaque titre comme un hit en puissance. Legalize Living incarne parfaitement cet esprit : un garage-rock aux guitares tranchantes, un tempo qui carbure à l’adrénaline et une voix de Pelle Almqvist qui lance ses invectives avec rage. Le titre apparait comme un cri de révolte dans un monde où la vie est trop souvent aseptisée, normée, encadrée. Legalize Living est un appel à briser les chaînes du conformisme et à retrouver cette liberté viscérale qui fait vibrer les concerts des Hives. Ce single s’inscrit parfaitement dans la continuité des précédents extraits, Enough Is Enough et Paint A Picture, qui avaient déjà planté le décor d’un retour en force. Mais c’est en live que la magie opère vraiment : The Hives restent l’un des groupes les plus explosifs sur scène, avec cette capacité à canaliser leur énergie en un tsunami sonore qui emporte tout sur son passage. Leur carrière, jalonnée de tubes comme Hate to Say I Told You So ou Tick Tick Boom, repose sur cette authenticité électrique, jamais perdue malgré les années. Ces trois nouveaux singles rappellent que The Hives ne sont pas simplement un groupe nostalgique, mais une machine rock affûtée, toujours prête à allumer la mèche et à faire sauter le toit. Forever Forever The Hives s’annonce rageux, explosif, direct et Rock’n Roll.
Legalize Living est disponible via PIAS. En concert à Paris (Zenith) le 20 novembre 2025.
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