CHÉRI continue de tracer sa route là où la pop alternative devient terrain de jeu. Artiste trans franco-espagnole, elle s’impose depuis quelques temps déjà comme une voix singulière, à la croisée des scènes alt-pop et techno, avec une esthétique aussi frontale que sensible. Après un début d’année marqué par la sortie de Criaturas, Vol.1, un featuring avec Ambrr et un passage remarqué au Primavera Sound, elle ouvre déjà un nouveau chapitre avec OLALA, un single taillé pour l’été. Rencontre.
Avec OLALA, CHÉRI injecte une dose immédiate d’adrénaline dans sa pop. Le morceau joue sur une dualité qui lui colle à la peau : une base bubblegum pop, innocente en surface, rapidement rattrapée par des sonorités plus sombres et une énergie qui déborde.
C’est un titre qui sent la nuit, les corps en mouvement et les états seconds. CHÉRI y capture ces moments volés où tout se mélange : l’euphorie, la fatigue, l’intensité des liens quand on danse jusqu’au matin, entourée des siens. Une vision très incarnée de la fête, entre esthétique Euphoria et réalité crue, où les « bad bitches » deviennent une forme de famille choisie.
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Dans le même mouvement, elle continue de construire son propre écosystème : une deuxième édition de ses soirées Chéri’s Club Créatures prévue en plein mois des fiertés, le 25 juin à la Wanderlust, suivie d’une série de dates live, dont un passage aux Solidays le 27 juin. Avec CHÉRI, la musique s’incarne dans les espaces, dans les corps, dans la nuit.
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Tu fais directement référence au roman de Colette dans ton nom. Est-ce que CHÉRI est, dès le départ, un projet pensé comme une histoire d’amour impossible, ou est-ce que ça s’est imposé avec le temps ?
Ça s’est imposé avec le temps. À la base, le projet est né d’un besoin d’écrire après une relation destructrice, et aussi du besoin de le faire en musique, qui a toujours été le moyen d’expression le plus évident pour moi. Aujourd’hui, CHÉRI a pris une autre dimension que celle du roman de Colette, même si ça reste l’origine du nom et quelque chose que je ne renierai jamais. Je m’en suis émancipée. Je ne pense même plus à mon ex. Je l’ai recroisé une fois, et ça m’a fait réaliser que c’était complètement derrière moi.
Ton parcours a commencé très tôt avec la scène et les comédies musicales. Qu’est-ce que ces premières expériences t’ont appris sur la performance et ton rapport au public ?
Tout. Pour moi, une artiste doit s’entraîner à être sur scène avant tout. Le talent ne suffit pas. C’est en pratiquant, en étant sur les planches, que le corps s’habitue et qu’on développe une vraie présence. On reconnaît quelqu’un fait pour la scène à sa manière de s’approprier l’espace.
Tu as ensuite traversé une période difficile, notamment la perte de ta voix. Est-ce que ça influence encore ta manière de chanter et de créer aujourd’hui ?
Totalement. Ma voix a une particularité : je n’ai pas de médium. Je dois chanter soit en voix de tête, soit en voix de poitrine. C’est devenu une singularité que j’utilise dans ma musique. Ça m’oblige aussi à faire très attention, et c’est pour ça que je fais peu de reprises. Ma voix n’est pas standard, mais elle me permet de créer une musique qui m’est propre, et de faire CHÉRI comme je l’entends.
Ton projet convoque des images fortes, entre réalisme et métamorphose. Tu le penses comme une fiction autobiographique ou comme un espace de survie ?
Pour moi, c’est une fiction autobiographique à 100%. C’est un univers parallèle dans lequel je vis réellement. Il y a deux réalités : CHÉRI et Lana quand elle rentre chez elle. C’est un personnage qui me permet d’explorer plein de choses, et j’aime cette double vie.
Tu évoques souvent les « créatures ». Est-ce que ce sont des alter ego, des figures, des refuges ? À quoi ça correspond pour toi ?
Les créatures, c’est ma communauté. Ce sont les personnes mises à l’écart, celles que la société regarde comme des curiosités. Ce sont des gens qui se sentent à part, et qui ont souvent trouvé des espaces de liberté la nuit, notamment dans les clubs. Je pense aux scènes new-yorkaises des années 70–80 : des lieux qui ont permis d’exister pleinement.
Les créatures renvoient aussi à l’imaginaire nocturne, aux figures comme les vampires ou les loups-garous. C’est tout un ensemble d’images qui se répondent.
Après un premier volume, envisages-tu la suite de Criaturas comme quelque chose de plus collectif ou toujours intime ?
Je ne me pose pas vraiment la question. Je fonctionne au ressenti. En ce moment, je me sens très bien, j’aime ma vie, j’aime faire la fête, j’aime être moi-même. Le prochain projet, Criaturas Volume 2, sera imprégné de cette énergie : plus de pop, de danse, quelque chose de plus libre, plus rebelle. On m’a souvent qualifiée de vulgaire ou de trash depuis que je suis une femme. Du coup, j’ai envie d’aller encore plus loin dans cette direction et de me réapproprier ces mots.
Ton univers est aussi très visuel. Quelles sont tes références en termes de mode et de maquillage ?
En maquillage, je fonctionne beaucoup à l’instinct, j’expérimente. Côté mode, je travaille beaucoup avec de jeunes créateurs, souvent avec ma styliste. On va chercher des talents émergents, parfois directement dans des écoles de mode, parce qu’il y a une liberté créative qui n’est pas encore formatée par l’industrie. On collabore notamment avec Algieri, je suis très attentive à la scène queer parisienne.
Musicalement, ton projet est très hybride, entre flamenco, techno et pop. Comment tu fais dialoguer ces influences ?
C’est instinctif. Pour moi, c’est comme un cocktail : j’assemble des éléments, j’essaie, et je vois ce qui fonctionne.
Je fais énormément de tests en studio. Beaucoup de morceaux ne sortent jamais. Je n’arrive jamais avec une idée précise. C’est beaucoup d’improvisation, et le résultat est forcément influencé par ce que j’écoute sur le moment et par mon héritage flamenco.
Quels sont les artistes qui t’inspirent aujourd’hui, autant musicalement que visuellement ?
En ce moment, ma référence principale, c’est Courtney Love, surtout ses débuts. Je regarde aussi énormément de clips de Britney Spears, en particulier ceux des années 90. Et Slayyyter, une artiste actuelle que j’adore, qui fait des choses incroyables en ce moment. J’écoute tout ce qu’elle sort.
Tu as récemment collaboré avec Ambrr. Qu’est-ce que cette rencontre a apporté dans ton évolution artistique et personnelle ?
Ambrr est une amie de longue date. Elle était réalisatrice de clips avant de se lancer dans la musique. Quand elle m’a fait écouter ses morceaux, ça a été une claque. J’ai tout de suite eu envie de l’accompagner. On s’est retrouvées en studio, on a travaillé sur un type beat, ce qui était une première pour moi, et le morceau s’est fait très naturellement. Ce que j’aime aussi dans les collaborations, c’est pouvoir entrer dans l’univers d’un·e autre artiste. Ça m’ouvre à d’autres directions créatives.
Le single OLALA marque-t-il le début du Volume 2 de Criaturas ?
On ne sait pas encore. C’est un single qu’on a sorti, et il annonce quelque chose. Pour l’instant, il existe de manière indépendante. On verra ensuite comment il s’inscrit dans la suite.
Tu vas bientôt jouer à la Wanderlust, un lieu à la fois queer et festif. Qu’est-ce que ce type d’espace représente pour toi aujourd’hui ?
Ce sont les lieux où je me suis sentie libre pour la première fois. J’y ai exploré ma sexualité, ma sensualité, mon rapport à la fête. Même si je joue aujourd’hui sur de grosses scènes, ces espaces restent essentiels pour moi. À la Wanderlust, j’ai envie de donner davantage, parce que c’est là que se trouve ma communauté. C’est aussi là qu’existe ma soirée, le Club Créatures, dont je suis très fière.
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À retrouver en live à la Wanderlust le 25 Juin et aux Solidays le 27.
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Texte Tiphaine Riant
Image de couverture Axelle Jerina
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