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Co-réalisé par Clément Doumic et Antoine Fabry, Tout un fromage est présenté comme une « comédie documentaire » : un road-trip entre amis qui, à force d’enquêter, finit par lever le voile sur des pratiques moins pittoresques qu’il n’y paraît. À l’origine, il y a une tomme de chèvre du Larzac, dénichée sur un marché d’Arles. Un fromage mystérieux, un producteur introuvable, une rumeur d’ « homme des bois » armé et clandestin. De cette obsession gourmande naît un jeu de piste. De ce jeu de piste, un film. Et du film, un disque.
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Bascules vocales
Pour donner voix au mystère insatiable de la tomme, Clément Dourmic a réuni toute une génération d’artistes amis pour composer des titres inédits pour le film. Ofé, avec sa voix féminine, rend une dimension plus sauvage au titre Ne pas tromper le fromage. Elle laisse entendre une gravité à laquelle il ne faut pas succomber, « c’est comme un goût amer sur le bout de nos langues ». Qu’il s’agisse de Voyou ou de Feu ! Chatterton, la dimension romanesque du village, avec ses rumeurs, nous fait vivre à la campagne et nous immerge dans un univers troublé où, nous-mêmes auditeurs, ne savons plus si l’on parle vraiment de fromage ou d’états d’âme. Poppy Fusée offre cette interrogation avec son interprétation mélancolique Man of the Woods. C’est toute la beauté d’écouter cette bande-son en laissant, dans un premier temps, l’univers auditif primer sur le projet documentaire lui-même. Curieusement humain, il nous entraîne à l’aventure, avec les artistes, dans les méandres de chaque sensibilité à raconter une anecdote.
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L’absurdité métaphorique
Le Saint-Nectaire est une métaphore du désir. Alors on lui coupe la peau, on le laisse périr pour qu’il soit meilleur au goût. C’est un univers interstellaire que cette scène française réunit dans ses chants. Le voyage entre une mission sur terre ferme et l’enjolivement de la tristesse, est omniprésent tout au long de la bande-son. « Dehors, les plaines et les montagnes décadrent nos visages » : il y a une dévotion masculine qui cherche à se faire comprendre, au même titre qu’une voix italienne veut nous transporter sur les terres du soleil. L’ambiance gitane fait danser sur les pavés ; on imagine les saphirs bleus qui brillent dans une robe effleurée, dans une cavalcade de saveurs, jusqu’à ce que la nuit tombe sur la plaine et étale nos doutes sur tout un ciel noir d’étoiles.
Dix chansons autour du fromage, bien sûr, mais surtout de l’amitié, de l’illusion, et de l’enquête. C’est un disque né d’une fiction bien réelle. La bande-son répond à l’esprit du film : libre, drôle, parfois mélancolique et inattendu. Ce qui pourrait passer pour une fable est pourtant documenté : à mesure que le mystère s’épaissit, l’histoire devient plus grande que nature.
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Tout un fromage est disponible sur Arte.
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Texte Andréa Martins
Image de couverture Clément Doumic et Antoine Fabry
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