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Dans Marty Supreme, l’Amérique des années 50 se raconte avec une bande-son qui semble venir d’ailleurs : les années 80, la new wave, l’électronique. Un anachronisme assumé et surtout pensé. En mêlant décorum néo-classique, pulsations synthétiques et nappes cosmiques, Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never) compose une mosaïque où le passé sert de labyrinthe, et la musique, de boussole intime vers un futur fantasmé.

Sorti en salle le 18 février, le film Marty Supreme est réalisé par Josh Safdie, cinéaste reconnu pour ses thrillers policiers, célèbre sous le nom des Frères Safdie (avec son frère Josh Safdie) Inspiré du recueil The Money Player: The Confessions of America’s Greatest Table Tennis Champion and Hustler, l’univers glorifié et sentimental de Marty Mauser s’ouvre en Amérique. En pleine immersion dans le rêve américain d’après-guerre, notre regard se fixe directement sur la personnalité du personnage. Interprété par Timothée Chalamet, sa ruse et son hypocrisie excellent dans l’art de la rhétorique. Alors que la musique commence (Change des Tears For Fears), le fond devient noir, comme dans une salle de concert. En deuxième rideau, sous un voile d’amour teinté, Forever Young d’Alphaville, accompagne un générique qui sonne comme la fourberie de Marty Mauser. La dramaturgie des nappes musicales de Daniel Lopatin se révèle tout au long du film avec le soin d’une signature romantique.

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Oneohtrix Point Never. ©DR

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Le cœur battant, chaque note conductrice du film devient extrême 

On marche avec le Marty’s dream à partir du battement d’une vie misérable vers son ambition. Dès les premières notes d’OPN, on sent soudain notre ardeur battre plus fort sous notre cage thoracique. On vit la Determination comme un rêve. La musique insuffle une véritable transcendance à l’expérience du film. Les scènes à caractère sensuelles, parfois embarrassantes déchaînent toute l’élégance des épousailles entre le cinéma et l’écriture musicale. Basée sur une histoire véridique, Holocaust Honey fait référence à l’empreinte dotée d’une magnificence idolâtrée ; dans une monochromie submersive teintée de terreur, au langage provocateur de Marty « I’m the ultimate product of Hitler’s defeat ». Précédée par The Apple, le personnage de Kay Stone (Gwyneth Paltrow) s’apparente à un portrait biblique d’Adam et Ève où l’on suit la séduction de l’homme dans son abdication. L’histoire d’un double personnage dansant se poursuit : l’exception de Fats DominoThe Fat Man nous plonge dans une schizophrénie pure, confrontant Marty face à son destin sentimental. The Scape revient comme le premier pas d’une course effrénée vers la liberté contre la fatalité misérable dont il est l’objet : Mother Stone. Véritable défenseur de son talent, The Necklace expose sa soif insatiable de luxure, jamais salvatrice, au détriment de sa dignité, jusqu’à vivre la scène gothique du titre Vampire’s Castle. Tel le dernier acte d’une salle de spectacle autant dans ce qui est vu et entendu, la star revient avec son interprétation finale. Force of life jette dans les abîmes, aux nuances d’opéra, tous les personnages au contexte géopolitique et nos yeux restent rivés à la projection, sans ciller jusqu’au dernier coup.

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Les marionnettes brutes 

Les scènes violentes où l’homme assume ses trahisons comme une destruction brutale échappent au registre d’OPN. C’est comme un personnage invisible tout au long du court-métrage. Il approuve une douceur avant la cassure avec Hoff’s : il tenaille la solidarité d’une amitié. La brutalité est portée par New Order : The Perfect Kiss est l’oxymore visuel du titre de la chanson. Tout se balance comme un baiser d’adieu. L’énergie opposée des deux personnages principaux, Marty et Rachel Mizler (Odessa A’zion) est juxtaposée. D’une table de cuisine, l’on passe à celle du match, les coups des deux hommes dans deux scènes drastiquement différentes sont au même rythme, comme si la mélodie était née de cette interprétation. Don’t Let the Stars Get in Your Eyes à la voix de Perry Como, donne l’éclat d’une scène de théâtre entre Timothée Chalamet et Tyler Gregory Okonma, alias Wally, où tous les coups sont permis, même l’insulte subordonnée de racisme, courante à cette époque. Everybody Wants to Rule the World est le chant des pleurs, de toute cette retenue que Tears For Fears interprète si parfaitement ; c’est l’Amérique des cœurs brisés dans le sang du sacrifice. 

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Marty Supreme en salle depuis le 18 février 2026. Marty Suprême (Original Soundtrack) est disponible via A24.

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Texte Andréa Martins 

Image de couverture A24

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