/

Il y a encore quelques années, le vintage avait quelque chose de profondément démocratique. On poussait la porte d’une friperie dans l’espoir de tomber sur la bonne trouvaille. Une veste en cuir oubliée, un jean Levi’s parfaitement usé ou une chemise que personne d’autre ne porterait. Le plaisir ne résidait pas seulement dans le vêtement, mais dans la chasse.

/

/

Aujourd’hui, la chasse ressemble davantage à une vente aux enchères. Une robe Dior imaginée par John Galliano peut dépasser les 10 000 euros. Les créations de Martin Margiela sont devenues des pièces de collection. Même certaines vestes Helmut Lang, autrefois dénichées dans des friperies anonymes, s’échangent désormais à des prix qui n’ont plus grand-chose à envier au luxe contemporain.

Le paradoxe est savoureux : le vintage était censé être l’alternative au luxe. Il en est progressivement devenu l’une de ses nouvelles déclinaisons.

/

Vestiaire Collective : Dior Galliano vintage

/

Il faut dire que la mode adore raconter des histoires. Et aucune histoire ne fait plus rêver qu’une pièce introuvable. Plus un vêtement est rare, plus il devient désirable. Plus il devient désirable, plus son prix grimpe. Le vintage n’a finalement fait qu’adopter les mêmes règles que le luxe : la rareté, l’exclusivité et cette délicieuse impression de posséder quelque chose que les autres n’auront jamais.

Les plateformes de revente ont largement participé à cette transformation. Acheter une pièce d’archive n’a jamais été aussi simple… à condition d’en avoir les moyens. Vestiaire Collective, eBay ou les boutiques spécialisées ont fait émerger un véritable marché de la mode d’archive, où certains vêtements sont désormais considérés comme des investissements autant que comme des objets de style. Faut-il s’en étonner ? Pas vraiment.

/

Hair jacket Martin Margiela SS09

 

Après tout, la mode a toujours eu un faible pour ce qui est inaccessible. Le vintage n’échappe pas à cette logique. Il a simplement changé de statut. D’objet oublié, il est devenu objet de convoitise.

Pour autant, le vintage n’a pas totalement perdu son âme. Les friperies de quartier existent toujours. Emmaüs continue de réserver son lot de bonnes surprises. Les vide-greniers restent parfois les meilleurs terrains de chasse. La différence, c’est qu’aujourd’hui, il faut distinguer deux marchés : celui de la seconde main et celui de l’archive.

Car tous les vêtements anciens ne sont pas du vintage au sens où l’entend désormais l’industrie. Une chemise des années 1990 trouvée pour quinze euros n’obéit pas aux mêmes règles qu’une robe Galliano ou qu’un sac Chanel des années 2000. Le premier relève encore du hasard. Le second appartient déjà à une économie de la collection.

Au fond, le vintage raconte peut-être la même histoire que la mode elle-même. Ce qui naît comme une alternative finit souvent par être récupéré, valorisé, puis transformé en objet de désir. À force de vouloir sauver les vêtements du passé, nous avons fini par leur attribuer un prix digne des pièces les plus convoitées du présent.

/

Guerrisol Paris

/

La vraie question n’est donc peut-être plus de savoir si le vintage est devenu un truc de riche. Mais si nous savons encore reconnaître une bonne trouvaille quand elle n’a pas d’étiquette prestigieuse.

/

/

Texte Hanaé Mamoum

Image de couverture  Steven Meisel 1995

/

/