La sélection Modzik pour sonoriser ton weekend.

 

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CAMILE YEMBE – NOTHING TO CELEBRATE

Deuxième extrait de son premier album, Jeune et Laide (attendu le 22 avril 2026), après Je ne l’ai jamais dit à personne, Rien à fêter confirme la singularité de Camille Yembe. Originaire de Molenbeek (Belgique), passée par l’écriture pour d’autres avant d’émerger en solo, elle ancre ici son récit dans un quotidien sans éclat. Elle a d’ailleurs confié : « J’ai évolué dans une famille recomposée et le mari de ma mère est marocain. De fait, il y avait un gros rejet dans ma famille de mon identité congolaise. C’était extrêmement complexant et j’ai mis beaucoup de temps à m’assumer ». Le refrain tourne en boucle : « Dix fois l’tour du quartier », image d’un ennui physique et mental. Sa pop hybride entre électro, rap et tension reste minimale. Les regards, la rue, l’alcool : tout compose un décor fermé, sans échappée possible. Rien à fêter joue les paradoxes avec son groove contagieux. Elle évoque en creux une identité heurtée, déjà présente dans ses prises de parole passées. Même ses répétitions « Mes chansons racontent la même chose », deviennent un geste artistique. Le clip, avec ses jeux d’inversion et ses déplacements urbains, évoque l’inventivité de The Pharcyde déjà mis à l’honneur par Jenevieve dans Waiting Room. (LFC)

Rien à fêter est disponible via Tie Break Music/Pafff Music. En concert à Paris (Maroquinerie) le 28 avril 2026. (Complet).

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ROYEL OTIS – SWEET HALLELUJAH

Dans la continuité de Hickey, Royel Otis affine encore sa formule sans vraiment en changer les contours. Sweet Hallelujah reprend ce qui faisait le sel de l’album : des relations instables, racontées avec des mots simples et une certaine distance. Les paroles tournent en boucle autour d’une même idée, fascination et inconfort, avec ce mélange de désir et de malaise déjà présent sur Hickey. Mais là où le disque multipliait les nuances, le single se concentre sur une seule impulsion. Le contraste entre attirance « She’s so fine » et douleur « It tastes like pain » est posé comme un constat. Moins d’ironie ici, même si l’écriture reste minimale. Cette économie de moyens joue en faveur du morceau, qui gagne en lisibilité. Le refrain, répété et ouvert, tranche avec leurs formats plus retenus habituels. C’est sans doute là que se fait la différence : Sweet Hallelujah est sans doute une tentative assumée d’élargir l’espace, à l’image de la vidéo. Un titre plus large, plus fédérateur, probablement l’hymne rassembleur de scène qui manquait encore à Hickey. (LFC)

Sweet Halleluja est disponible via Ourness/Universal. En concert au Festival Beauregard le 1er juillet 2026.

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RÉMI KLEIN – THE VIDEO SONG

Échappé des rangs de LORD$ et passé par les tournées de Clara Luciani ou du projet Please, Rémi Klein trace aujourd’hui une ligne plus personnelle, à la fois précise et rêveuse. The Video Song derrière une légèreté apparente et son vernis pop cache une mécanique d’orfèvre, façonnée dans la solitude studieuse des claviers. On y entend l’écho solaire des The Beach Boys, filtré par une ironie douce-amère très contemporaine. Klein cultive ce contraste entre bricolage et ambition sonore, signature d’un artisan méticuleux. Son écriture capte l’instant avec acuité. Il y a une sincérité entre fantasme et lucidité. L’EP Elton (29/05/2026) prolonge cette esthétique, entre nostalgie seventies et détours plus étranges, jusqu’à revisiter Tears for Fears avec élégance et douceur. The Video Song reste ainsi fragile et accrocheur. Rémi Klein dessine une pop lettrée, jamais figée, qui regarde autant derrière que devant. (LFC)

The Video Song est disponible via Tricatel. En concert au Printemps de Bourges le 15 avril 2026.

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WESLEY JOSEPH – JULY (FEAT. JORJA SMITH)

Formé au cinéma avant de s’imposer comme musicien, Wesley Joseph publie avec Forever Ends Someday un premier album longtemps différé, façonné entre Londres, Los Angeles, la Suisse et Walsall, sa ville natale des West Midlands. Joseph a laissé mûrir son projet après deux EP remarqués (Ultramarine, Glow). Cette patience irrigue tout le disque. Il porte la marque de ses principaux co-producteurs, au premier rang desquels Nicolas Jaar, dont le travail sur les textures et les dynamiques irrigue l’ensemble, aux côtés d’A. K. Paul, Harvey Dweller et Tev’n. If Time Could Talk expose d’emblée son écriture fragmentée : voix superposées, basse minimale, sentiment d’intimité sans emphase. Pluto Baby prolonge cette dérive nocturne, oscillant entre guitare et électronique, portrait d’une jeunesse lucide mais instable. Sur Peace Of Mind, la collaboration avec Danny Brown tranche le climat : flow sec, structure coupée au scalpel, Joseph y affronte ses propres limites. Le triptyque Blinded / July / Seasick constitue le noyau émotionnel du disque ; solitude mentale, retour aux racines avec Jorja Smith, puis malaise relationnel, le tout traité sans pathos. Enfin, Shadow Puppet, à l’image de Glow, s’impose comme l’un des titres les plus forts : ballade nerveuse, voix dépouillée, où Joseph poursuit son travail introspectif, préférant la tension à la résolution. Forever Ends Someday affirme une vision cohérente, personnelle, et confirme Wesley Joseph comme un auteur, compositeur exigeant et captivant. (LFC)

Forever Ends Someday est disponible via Secretly Canadian/EEVILTWINN. En concert à Paris (Main Room) le 6 mai 2026.

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WIT. – CULTIVE LA LUMIÈRE

Comment expliquer que Wit. n’ait pas le succès qu’il mérite dans le rap ? Malgré son talent de rimeur, sa passion pour l’innovation et l’éventail d’émotions qu’il sait susciter : rire, tristesse, colère, remise en question… ? C’est d’autant plus étonnant que sa carrière est intimement liée à celle de son ami de quinze ans, Laylow, que Modzik a eu le plaisir d’interviewer en 2017. Laylow est l’artiste par excellence qui a transformé une proposition « radicale, alternative, underground » en un succès massif. Wit. collaborait déjà avec lui en 2012, ils ont le même manager et ont sorti un EP commun en 2015 avant que le rappeur de Toulouse ne voit sa carrière décoller. Ils ne se sont jamais lâchés depuis leurs débuts, s’invitant sur chaque projet. Alors on imagine Wit. comme un petit frère (il a trois de moins que Jey) plus torturé et radical encore que son aîné. Wit. refuse violemment le jeu de notre société superficielle et cynique. Il a aussi eu des soucis personnels qui ont ralenti sa carrière. La comparaison entre les artistes s’arrête là car ils ont chacun leur propre son, leur propre message. Depuis son retour en 2024, Wit. a affiné sa proposition : moins expérimentale, elle est plus épurée et intime. Avec Cultive la Lumière et son clip, le rappeur de Montpellier nous plonge dans son cerveau qui est uniquement habité par la musique. Il en a d’ailleurs co-produit l’instrumentale. On est bloqués dans sa tête, dans un décor d’enceintes, de basses, d’ordinateurs et de claviers. La mélodie est entêtante et redondante, comme une comptine que Wit. se récite pour continuer à avancer. Bien qu’il soit toujours dans l’ombre, il persévère à regarder la lumière et à la laisser passer, comme l’indique le refrain : « Je regarderai le meilleur même s’il a laissé la place au pire ». C’est le deuxième extrait d’un projet qui arrive très bientôt et qu’on attend impatiemment. (AC-Le Rapporteur)

Cultive la Lumière est disponible via Apollo240 / Sony Music Entertainment France.

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CONDORE – FLOWERS

Jamais les paroles n’auront autant emporté le cinéma dans une même poésie des traumatismes. On entre dans une cave, un endroit à soi où il est question de reconstruction ; les blessures sur la peau font mal. Elles sont internes, d’où le cheminement à travers les montagnes les plus ardues, tel celui que nous empruntons lorsque nous nous replions sur nous-même. Comme l’été, la guérison vient ; elle s’évapore comme une ode à la vie, une renaissance où tout devient plus clair, où la saturation du ciel prend enfin place dans un horizon sans grisailles. Sans teneur dramatique. Ce n’est plus elle qui demande la chaleur, la compréhension ou quelque chose de fort. C’est Condore qui nous le donne à travers un personnage sensible qui suit sa voix, transcendée par celle du piano. Ses notes frayent un chemin où les nuits sont longues et oppressantes. L’aube se libère dans la claustrophobie des murs de pierre. Là où elle accentuait auparavant la tonalité, comme pour éveiller la berceuse romantique de sa gorge, elle retrace la ligne de chaque étape de vie. Il n’y a plus de cauchemars, simplement la réalité, si vraie qu’elle se met en abyme. Le morceau, nouvel extrait de son prochain EP, Sorry for the Mute Crumbs, disponible le 22 mai 2026, invite à découvrir notre lieu refuge, celui qui permet de rester aussi stable que possible face aux épreuves. (AM)

Flowers est disponible via JauneOrange / Figures Libres.

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ICEAGE – EMBER

« Dying like a star, centuries apart », l’énergie est confondue avec l’ancienne ; la voix d’Elias Rønnenfelt est moins grave, moins dramatique, plus vivante dans ses oxymores, où il se dit mourir à des siècles d’écart. Le groupe, fidèle à son identité antifasciste, regroupe tout ce qui est décalé : entre signes de manifestations, comme un soulèvement, le drapeau de la Palestine ou encore une statuette orthodoxe, tout est mis en scène pour dénoncer une violence qui n’a aucun motif dans le monde glorifié par les guerres que nous regardons, choqués derrière les informations. Activistes, ils revendiquent le fait d’être opposés aux guerres mondiales. La société est mise en image telle une fable : les animaux les plus faibles de la chaîne, comme ceux connus comme les suiveurs et non les meneurs, suivent le rythme tout en étant complètement endormis. Tel un éveil, la maturité d’Iceage laisse la braise prendre place, où leur romantisme s’efface dans un miroir où ce qu’il dénonce est gommé par la vie commune d’amour et d’amitié. Alors, tant de jours nous avons voulu fuir qu’ils nous ont attrapé comme une braise qui s’échappe, comme les étoiles qui meurent en un clignement de cils, comme un sentiment de voyage sans courage, « On se pompe les veines parmi les coquillages les plus brillants ». La chanson, extraite de  For Love of Grace & the Hereafter, disponible le 29 mai 2026, est une main tendue accompagnée d’un sourcil levé, invitant son sujet à traverser la ville à toute vitesse, l’amour au cœur, à reprendre son souffle dans une ruelle, puis à repartir de plus belle. (AM)

Ember est disponible via Mexican Summer LLC.

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LUIZA – JET LAG

Entre deux rives, Luiza trace une ligne mouvante où se croisent héritage brésilien et sensibilité française, nourrie par une formation classique mais affranchie des cadres. Fille d’artistes et voyageuse, elle injecte dans ce premier album une matière vivante, déjà esquissée sur son EP Fantastik, mais ici plus dense et plus incarnée. Soleil Bleu, Étincelles et Jet Lag dessinent les contours d’un disque lumineux sans être naïf : ça circule entre appel du large et vertige intérieur. Jet Lag déroule ses images comme un mirage en transit, tandis que Étincelles, en duo avec Carbonne, électrise l’ensemble d’une nouvelle énergie pop. Sur Nuages, la présence de Ladaniva apporte une couleur supplémentaire, entre énergie collective et échappée aérienne. On retrouve en filigrane ses complicités passées, de Flavia Coelho à d’autres scènes métissées. La reprise de Demain Demain des Fabulous Troubadors vient bousculer l’équilibre, apportant une dimension plus ancrée, politique. Sa relecture du thème d’Orfeu Negro en version pop-reggae laisse affleurer une saudade diffuse, entre souvenir de carnaval et mélancolie saline. À la croisée du portugais et du français, Luiza façonne ici une synthèse personnelle de ses deux cultures. Entre élans solaires et nostalgies, son univers célèbre la liberté, la nature et cette saudade persistante, porté par une voix claire. (LFC)

Luiza est disponible via Chapter Two/Wagram. En tournée et à Paris (Cigale) le 5 mai 2026 (Complet) et Olympia le 20 mars 2027.

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FRENCH79 – THE ADVENTURER

Chez French 79, alias Simon Henner, The Adventurer s’inscrit dans la continuité d’une électro mélodique installée depuis Olympic (2016). Ce titre évoque les passions du producteur marseillais pour l’alpinisme. Le morceau suit une progression linéaire, comme une ascension lente. Mixé et masterisé aux Miraval Studios par le désormais incontournable Damien Quintard, il affiche une production sobre, sans fioritures. On peut parfois penser à un Kavinski dépouillé. Une voix parcourt le titre, à la fois commentaire détaché et pensée intérieure. Le propos touche à la solitude face aux éléments, avec une remise en question de l’ego. Henner y ramène l’élan individuel à quelque chose de plus fragile, avec une légère pointe d’humour, citant même The Beatles. L’ensemble conserve une dimension visuelle évidente, proche du documentaire sportif. Cette approche fait écho à son travail pour la BO de Sur le fil en 2024. The Adventurer décrit moins une conquête qu’un recentrage, où l’exploration devient intérieure, jusqu’à cette mise à distance lucide : « Il est temps d’abandonner cet égoïsme, de voir plus grand […], de commencer à se soucier des autres ». (LFC)

The Adventurer est disponible via IN/EX/Grand Bonheur/Alter K.

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ACHILE – VENISE

Vivement les Vacances, dont est extrait Venise, s’ouvre comme un espace-temps dans le quotidien : un disque qui oppose le vacarme du monde et le besoin d’air. Achile y déploie une pop à fleur de peau, entre nappes électroniques et écriture singulière, où chaque morceau agit comme une tentative de ralentir la course. Achile navigue ensuite entre liens fragiles et vertiges intimes : Millions de cœurs capte la solitude à l’ère des connexions permanentes, Comme les autres dissèque le malaise identitaire, tandis que Bien partout et Venise auscultent des amours qui se fissurent lentement. À l’inverse, une lumière plus fragile, presque arrachée au chaos clôt l’album avec Combattre les monstres et Radieux. Il y a chez Achile quelque chose de l’ado qui n’a jamais complètement quitté la chambre, mais qui regarde désormais le monde droit dans les yeux. Révélé à 16 ans avec le viral 2h12 enregistré à Tours jusqu’à l’arrivée à Paris, en passant par Pas si simple, où plane encore l’ombre bienveillante d’Oxmo Puccino puis Entre-acte, charnière plus assumée vers la chanson. Sa participation à la Session Cool Tristes Vol. 3 de Dani Terreur et sa rencontre avec Gaëtan Roussel ont visiblement élargi le cadre, sans lisser les aspérités. À 24 ans, Achile assemble les morceaux d’un paysage intérieur mouvant, entre envie de disparaître et besoin de lien. Vivement les Vacances capte précisément cet entre-deux celui où l’on rêve de partir sans savoir encore comment rester.

Vivement les Vacances est disponible via Premier Sous-Sol.

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