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On est surpris que Jolagreen23 n’ait pas insisté pour que 23 jours plus tard sorte le 23 mars 2026, date de son 25ème anniversaire. Son premier projet, intitulé 23, paraissait le 23/03/2023. On en deviendrait superstitieux en constatant l’ascension fulgurante de celui qui a mis la couleur de la chance dans son blaze…

Plus d’un million d’auditeurs mensuels sur la plateforme de streaming verte, deux millions de vues cumulées sur son Colors… Mais son succès ne se limite pas à la musique : son art, son charisme et son beau minois lui ont valu de signer avec la prestigieuse agence de mannequinat IMG Models, de clôturer le défilé de Yohji Yamamoto à la Fashion Week 2026 et de collaborer sur des campagnes Nike, Foot Locker et H&M. Pourtant, celui qui se prénomme Jorghen n’est pas apaisé par le succès. Au contraire.

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©Tony Raveloarison

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Dès le début de son nouvel album – qui comprend 23 titres – il est transparent sur son état d’esprit. Il ressent plus de pression que jamais. Il croule sous les obligations et demeure constamment sur ses gardes car le public, notamment des jeunes, ont les yeux rivés sur lui. « J’brille comme une étoile. Le p’tit s’demande si c’est réel donc il s’met à me follow » (MONSTRES&DEMONS). Jorghen regrette presque son passé dans l’anonymat. Mais puisqu’il est parvenu à s’exprimer via son art et à en vivre confortablement, il persévère et souhaite même marquer l’histoire : « Le but c’est de sortir un projet comme Temps Mort » rappe-t-il dans l’intro MONSTRES&DEMONS, en référence à l’album de Booba, classique du rap français.

Beaucoup d’efforts ont été mis dans la conception de ce projet, la pochette en témoigne. Elle nous plonge dans l’œuvre et l’état d’esprit de Jola. A-t-on affaire à une fiction léchée ou une réalité brute ? Cette tension est au cœur de sa musique. Car Jolagreen a toujours eu un pied dans la dure réalité de la rue, où il participait à des trafics de drogue avec ses amis plus jeune, et un autre dans le monde de la fiction qui le passionne. Le titre de l’album lui-même est une référence à 28 jours plus tard de Danny Boyle, film phare de la science-fiction post-apocalyptique, où quelques survivants se démènent pour rester en vie sur une planète contaminée par un virus zombifiant. Mais à choisir, Jola préfère garder les pieds sur Terre, même si ce n’est pas beau à voir. Pour preuve, la pochette est bel et bien une photo, prise à Chypre dans la ville fantôme de Varosha, sans artifices.

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©Julien Kudic

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La solitude et l’ambiance dystopique de la pochette se retrouvent dans la couleur musicale du projet. Comme les thématiques de la guerre et du combat, présentes dans toute la discographie de Jola et incarnées visuellement par le casque de camouflage militaire qu’arbore le rappeur. Sur cette photo comme dans l’album, il y a peu de lumière. Il fait froid. L’ambiance est incontestablement cinématographique quand elle n’est pas digitale, virtuelle. En fermant les yeux, on imagine facilement Jola dans une Gotham City pluvieuse, avançant à pas déterminés, se battant contre ses ennemis jusqu’à ce qu’il atteigne son but. Lui-même se dit « perdu » et « seul dans la zone » (PHANTOM) quand il n’est pas dans sa « grotte » à travailler sur sa musique.

Les paysages musicaux qu’on traverse à l’écoute du projet sont aussi léchés que froids et brutaux. Pour parvenir à ce résultat déstabilisant, une palanquée de compositeurs talentueux ont été mobilisés. Il y a 6dimeh, fidèle acolyte de Jola signé dans son label, 23CorP. Et beaucoup de grands noms de la production française comme Boumidjal, Twinsmatic, 2K (ancienne moitié de Double X), Gancho

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Fidèle à lui-même, le rappeur fait pleuvoir à chaque morceau les références aux mangas, aux jeux-vidéos, aux films et séries. Autant d’échappatoires qui lui ont permis de s’évader mentalement du monde dur et froid dans lequel il a grandi. Un morceau entier, JAPANEXPO, est consacré à l’amour qu’il porte à la culture populaire japonaise et ses protagonistes, d’Akira à Miyazaki en passant par la marque BAPE de Nigo et au designer Yamamoto, pour qui il a défilé. Trois acolytes de haut vol le rejoignent sur 23 jours plus tard : La Mano 1.9 et son agressivité au micro, Tiakola sur un des morceaux les plus doux du projet (LOCKED UP) malgré la mélancolie et le sentiment d’emprisonnement qu’y évoquent les deux artistes, et La Fève qui vient fusionner avec Jola sur JOLAF, morceau en deux temps où les rappeurs unissent leurs forces comme Son Goku et Vegeta. 

Jolagreen23 conclut le projet en se présentant comme un humain modifié en laboratoire, désormais doté de super-pouvoirs. Il se sent « comme Peter Parker ». Il ne fait pas de doute qu’il a acquis en quelques années une place de choix dans le paysage du rap français. Il se tient habilement à mi-chemin entre l’ambiance underground et inquiétante de sa musique et l’important succès populaire qu’il obtient au fil des mois. Minutieusement, il a taillé son propre son, reconnaissable parmi tous les gros noms du rap français. On dirait bien que l’homme-araignée de Bois-Colombes va continuer à tisser sa toile autour d’un public toujours plus grand.

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23 jours plus tard est disponible via 23CorP / Label Blue Sky. En concert à Solidays le 28 juin 2026

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Texte Antoine Clairefond – Le Rapporteur 

Image de couverture @worldwidezem/Konbini

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