DIGITAL COVER

CRÉDITS MODE DIGITAL COVER
Son Little porte une veste UNIQLO, une chemise FANTAISIE MILITAIRE,
des jeans UNIQLO X JW ANDERSON et un bonnet CARHARTT.
/
SÉRIE MODE
CRÉDITS SÉRIE MODE
Photographe Mélanie Elbaz – Styliste Dorothée Evouna
Assistants styliste Flora Duarte et Willy Cazuguel – MUA & Hairstylist Karine Marsac
RHYTHM. LIVE SESSION
CRÉDITS MODE LIVE SESSION
Son Little porte des jeans COS, un pull KILIWATCH PARIS,
un bonnet CARHARTT et chaussures DOC MARTEN’S.
CRÉDITS LIVE SESSION
Direction artistique Henrik Jessen & Modzik Connect! – Réalisation Bellanopolis
Assistante Eloy Velaine – Assistant cheffe de projet Isaac Bernard – Assistant plateau & lumière Théo Nebout
Montage Emma Mabilon – Ingénieur du son Arthur (MOTIF Prod) – Styliste Dorothée Evouna
Assistants styliste Flora Duarte et Willy Cazuguel – Hair & Makeup Karine Marsac
Production Agence Modzik Connect! – Remerciements label Epitaph Europe
L’INTERVIEW
Rencontré dans nos studios à l’occasion d’une session live chaleureuse, Son Little nous a parlé de son nouvel album, Cityfolk. Entre soul héritée, conscience sociale et liberté créative, le chanteur américain nous a confié son rapport au lieu, à la collaboration et à l’intuition musicale.
/
/
Sur Cityfolk, Son Little poursuit sa quête d’identité entre blues moderne, folk cosmique et soul en clair-obscur. Parti sur les traces de ses origines maternelles dans le Sud des États-Unis, l’artiste trouve à Muscle Shoals, lieu teinté d’histoire, un terrain fertile où la mémoire des pionniers de la soul se mêle à ses propres tourments. C’est cette géographie, ce rapport au sol et aux racines, qui irrigue un disque traversé par l’idée de filiation, de survie et de fraternité dans un monde en désordre.
Chaque morceau semble guider ce retour aux sources à sa manière : là où Rabbit pulse comme un gospel battu du pied, entre colère et espoir, Whip the Wind mêle groove afro‑latin et synthés dans une prière presque dansante contre l’arrogance des pouvoirs. Plus grave, Paper Children s’élève comme un cri contre les injustices héritées, le tout porté par une émotion qui transperce celui qui l’écoute.
Toujours insaisissable, Son Little tisse sur Cityfolk un son particulièrement hybride, à la limite du collage. Folk, R&B, rock et blues s’y fondent sans hiérarchie pour raconter l’humain avec sincérité. Et c’est en refusant les carcans de l’industrie et les artifices du moment qu’il signe l’un de ses disques les plus cohérents : à la fois enraciné et libre, ancien et à vif.
Enregistrer à Philadelphie, à Paris ou à Muscle Shoals raconte-t-il la même histoire sonore ? Est-ce le lieu qui influence la production, ou imposes-tu ta propre empreinte à chaque endroit ?
C’est probablement un peu des deux. Le lieu influence toujours la musique, mais ma manière de travailler reste la même. À Paris, par exemple, j’enregistrais tous les jours au studio. Je prenais le métro le matin, il pleuvait souvent… cette routine a forcément infusé dans ma musique. Il y avait une ambiance particulière, une forme de mélancolie urbaine que j’ai appréciée. Paris m’a un peu rappelé New York : l’énergie de la ville, les trajets en transport, le quotidien des gens. Tout cela finit par façonner ce que tu crées. Bien sûr, on reste soi-même, mais l’atmosphère du lieu laisse toujours une empreinte.
On vient de l’évoquer, Muscle Shoals est un lieu légendaire pour la soul et le R&B, mais aussi un symbole de racines et d’histoire. Qu’as-tu découvert sur toi-même en t’y confrontant pour Cityfolk, ton nouvel album ?
Muscle Shoals se trouve à seulement trois heures de route de chez moi. Pour y aller, je traverse des champs de coton, ce qui porte évidemment une charge émotionnelle forte pour les Afro-Américains. Et pourtant, au milieu de toute cette histoire douloureuse, il y a ce lieu où, dans les années 1960 et 1970, des gens ont choisi d’aller à l’encontre de la ségrégation pour construire des studios où se retrouvaient des musiciens noirs et blancs. Des groupes blancs accompagnaient Aretha Franklin, Mavis Staples, et d’autres artistes noirs. À l’époque, c’était inconcevable. Aujourd’hui, c’est toujours une petite ville, mais pleine de studios et de musiciens. C’est un endroit particulier, chargé d’une mémoire inspirante.
Cityfolk mêle introspection personnelle et conscience sociale. Comment trouves-tu l’équilibre entre tes histoires intimes et le poids des injustices que tu évoques ?
Je ne force rien. On me demande souvent d’aborder les sujets sociaux parce que je suis sensible à ces questions, mais tout ne se prête pas à la chanson. Je ne me vois pas comme un représentant politique, mais la musique, en soi, est déjà politique. Mes auditeurs savent qui je suis : quelqu’un d’empathique, et concerné. Mais si l’on cherche à délivrer tout le temps des messages, cela peut étouffer la créativité. Donc, si un sujet m’inspire, je l’aborde, je ne me contrains jamais. Ma musique peut porter un message politique, sans que ce soit son intention première.
Ta collaboration avec Ben Tanner semble avoir créé une vraie alchimie. Qu’as-tu dû lâcher pour que ça fonctionne ?
Je travaille seul depuis longtemps, donc je suis habitué à tout décider moi-même. Le grand changement, c’est d’accepter une autre voix dans un processus très personnel. C’était plus difficile pour moi par le passé, mais j’y ai pris goût. C’est enrichissant, car ça m’oblige à expliquer ce que je veux, à exprimer mes intentions plutôt qu’à tout faire directement. Et surtout, c’est stimulant : j’apprends beaucoup des autres. Aujourd’hui, j’aime ce mélange entre travail solitaire et collaboration.
D’ailleurs, tes collaborations vont du hip-hop à la house, en passant par le blues et la soul. Quand tu choisis un partenaire, cherches-tu à compléter ton univers ou à le confronter à quelque chose d’inattendu ?
Probablement les deux. Parfois, la collaboration vient à moi. Ce qui m’attire, c’est la différence. Si un projet sort de mon cadre habituel mais qu’il m’intrigue et que je sens qu’il peut me convenir, je me lance sans hésiter.
Peux-tu nous parler de ton travail avec Mavis Staples ?
C’était un moment vraiment exceptionnel. Mavis est unique. Bien sûr, il existe beaucoup de grandes voix dans la soul, mais elle a quelque chose de spécial. Elle sait aborder, à travers la musique, les grandes comme les petites questions sociales. J’ai entendu d’elle des histoires incroyables, sur sa jeunesse, sa famille, ses sœurs, son père, leurs tournées, et leurs rencontres avec Martin Luther King ou Bob Dylan. Elle déborde de souvenirs et de sagesse.
Je lui suis profondément reconnaissant. C’est une personne incroyable, et sa voix dépasse tout. On dirait quelque chose de surnaturel. On ne devient pas Mavis Staples, on naît comme elle. Ce n’est pas le fruit du show-business : elle chantait déjà comme ça à huit ans. Des artistes comme elle, il y en a très peu ; c’est un véritable trésor.
Et enfin, que représentent pour toi les chansons Benny and the Jets d’Elton John et What’s Going On de Marvin Gaye ?
Benny and the Jets est sans doute la première chanson pop dont je me souvienne. Je l’écoutais enfant, dans la voiture de mes parents, peut-être à trois ans. C’est surtout le piano qui m’a marqué, c’est resté gravé dans ma mémoire. Quant à Marvin Gaye, c’est une influence majeure. En grandissant, j’ai beaucoup écouté sa musique. Son empreinte est si profonde en moi qu’il m’est difficile de séparer son univers du mien. C’est une influence existentielle, humaine autant qu’artistique.
/
/
Texte Tiphaine Riant et Lionel-Fabrice Chassaing
Image en couverture Mélanie Elbaz
/
/