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NEWS !
Peaches revient en trombe avec No Lube So Rude comme si elle n’avait jamais quitté le ring : plus explicite, plus politique, et surtout plus vivante que jamais.

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Du rock de Toronto à l’électroclash à la berlinoise
Derrière Peaches se cache Merrill Nisker, née à Toronto en 1966, qui commence dans les années 90 au sein du trio folk Mermaid Cafe avant de muter vers un rock abrasif avec The Shit. C’est à cette période qu’elle adopte le nom Peaches, emprunté à un cri de Nina Simone dans Four Women, et qu’elle pose les bases de ce mélange d’électro, de punk et de performance queer qui marquera définitivement l’électroclash du début des années 2000. Depuis, chaque album, de The Teaches of Peaches à Rub, l’a installée comme figure féministe radicale et prête à transformer le corps en arme politique autant qu’en terrain de jeu.
Plus de dix ans après son dernier long format, No Lube So Rude est apparu le mois dernier comme un manifeste tardif mais nécessaire. C’est aussi sa première sortie sur le label indépendant Kill Rock Stars et le fruit d’un enregistrement à Berlin avec le producteur The Squirt Deluxe : ville et cadre idéals pour laisser monter les pulsions, la sueur et la colère par le biais de la musique. En onze morceaux, l’album condense électronique, dance, punk, industriel et pop dans une forme qui ne laisse aucun répit et ne cherche jamais à arrondir les angles, au contraire.
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Entre corps, sexe et politique
Comme à son habitude, Peaches continue à parler de sexe frontalement, mais avec la conscience d’une icône queer de 59 ans, que certains aimeraient voir disparaître du paysage artistique. Ici, son corps devient à la fois réceptacle du désir, lieu de spiritualité et première ligne d’une bataille pour des droits fondamentaux face aux offensives réactionnaires. Les paroles restent crues, teintées d’une bonne dose de sarcasme et de jeux de mots, mais laissent aussi naitre une vulnérabilité nouvelle : comme si chaque phrase masquait aussi la peur, l’usure et la fatigue d’être en guerre permanente.
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Un album manifeste
Le premier morceau, Hanging Titties, annonce directement la couleur : entre humour ravageur et revendication d’un corps qui change et refuse d’être maîtrisé par des standards. Fuck Your Face enchaîne avec une énergie dance‑punk et transforme insulte en cri de liberté, pendant que le morceau‑titre No Lube So Rude pousse l’analogie sexuelle jusqu’à la charge politique et rappelle qu’un système qui refuse le lubrifiant est, métaphoriquement comme littéralement voué à blesser.
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La chanson Whatcha Gonna Do About It sonne comme un défi lancé aux pouvoirs en place, une question crachée au visage de celles et ceux qui veulent rogner les droits queer. On enchaine avec Panna Cotta Delight, qui propose un jeu sur le contraste entre douceur culinaire et salissures explicites, comme un dessert servi au milieu d’un champ de bataille intime. Plus loin, Fuck How You Wanna Fuck érige le plaisir consenti en mot d’ordre, tandis que Not In Your Mouth None Of Your Business reprend l’obsession pour les frontières du corps et du désir.
Sur la fin, des titres comme You’re Alright et Be Love relâchent légèrement la tension et troquent le pur choc pour une forme de tendresse rude, où l’affirmation de soi passe par l’acceptation de ses blessures. En fait, l’ensemble tient moins de la provocation gratuite que d’un relâchement émotionnel : prendre la frustration, la violence sociale, le dégoût de l’époque, et les retourner en une joie libératrice.
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L’affirmation d’une carrière grande
No Lube So Rude n’est ni un simple comeback ni un exercice de style d’ancienne gloire : c’est un rappel brutal que la sexualité, l’âge et le genre restent des terrains de lutte, et que Peaches refuse catégoriquement de se taire. Pour mesurer pleinement cette déflagration, il faudra la voir défendre ces nouveaux morceaux sur scène : Peaches sera en concert à l’Élysée Montmartre à Paris le 22 avril 2026.
No Lube So Rude est disponible via Kill Rock Stars. En concert à Paris (Élysée Montmartre) le 22 avril 2026 (Complet).
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Texte Tiphaine Riant
Image de couverture The Squirt Deluxe
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