/
Lorsque les musiciens de Jéroboam se déplacent, ils le font en nombre. Quatre des onze membres du groupe de funk parisien nous rejoignent dans les locaux de Modzik. Chapeau jaune sur le côté pour le bassiste Carel, lunettes de soleil pour le batteur Jeeb’s, longue barbe pour Eli le claviériste et longues dreadlocks pour Kevin le guitariste, les musiciens semblent éclectiques. Tous portent en revanche la chemise ouverte, à l’image de leur groupe, qui fait briller chaque individualité autour d’une couleur commune. Leur premier album éponyme est un véritable hommage à la funk de la fin des années 1970 et du début des années 1980.
/
/
Créer son propre son, enfin
Après plus de dix années de live et de reprises de Prince, de Marvin Gaye ou d’Evelyn King sous le nom d’Echoes Of et plusieurs maxis en tant que Jéroboam, composer soi-même un album commençait à titiller les musiciens, en attestent les mots de Jeeb’s : « On a changé de label, on est désormais chez Favorite Records. Notre musique a une couleur différente depuis, donc c’était le moment », « le début d’une nouvelle aventure », rebondit Carel. Et cette aventure est avant tout collective. En huit titres principalement composés lors d’une résidence en Bourgogne, les franciliens livrent un récital plein de vie, aux chants puissants et aux solos impressionnants.
/
/
Chaque membre resplendit, sublimé par l’ensemble du groupe, et ce dès le départ selon Eli : « Pour composer, le processus est très collectif, mais c’est parfois compliqué d’être les onze ensemble en studio, alors on fonctionne en trois pôles : rythmique, chant et cuivre. On essaie de tous se retrouver au maximum, notamment lors des arrangements. On est une grande famille ». Leur expérience de live partout dans le monde se ressent dans l’album, qui sonne spontané comme une captation de concert. Lorsqu’on demande s’ils ont le rendu live en tête au moment de composer, Jeeb’s répond : « Il y a différents axes de compostions, pour certaines chansons, c’est pensé en amont en fonction des lives. Say Yeah, par exemple, est vraiment un morceau de jeu avec le public, réfléchi pour ça ».
/
En groupe, toujours
Il semble de toutes façons impensable pour des amoureux de la scène comme Jéroboam de ne pas garder en tête cet élément tout au long du processus, et ce disque en est la preuve, plus encore que les maxis précédents. « Nos premiers enregistrements étaient moins vocaux, plus voués à un aspect ‘transe’. Mais sur scène, on a toujours eu une vraie présence des chanteurs. On voulait donc que ce projet ressemble plus à ce qu’on peut proposer en live », explique Jeeb’s. Les compères expliquent avoir voulu aller à fond dans ce qui leur ressemble le plus musicalement, à savoir l’esthétique boogie funk. Logique donc que le batteur ait choisi une caisse claire très mate, « pour laisser de la place aux claps ». Lorsqu’on leur dit trouver des influences d’Earth Wind and Fire, notamment dans les cuivres, les musiciens sont ravis et peu étonnés, confiant avoir énormément écouté le groupe de Chicago.
/
/
Grande fierté, Jéroboam a effectué le 5 juin dernier sa première release party au mythique Jazz Cafe de Londres où des légendes comme Jamiroquai, Amy Winehouse ou Evelyn King se sont produites par le passé. Heureux d’avoir séduit le public britannique, qui n’est pourtant pas leur auditoire d’origine, les parisiens ont ensuite effectué leur deuxième release party le 18 juin à domicile, au New Morning. « C’est une salle qu’on connaît bien. On y a eu une résidence mensuelle. On y a rencontré notre manager, notre ingénieur son… Et à Paris, je pense que c’est la salle la plus adaptée à une formation comme la nôtre », raconte Carel. Et pour cause. Il faut de la place sur scène pour accueillir les chanteurs Indy, Agyei et Wolfgang, le guitariste Émilien, le percussionniste Sébastien et les cuivres Roman et Paul, en plus des quatre compères présents pour l’interview. « On défendra toujours l’idée de groupe, c’est important pour nous », continue Carel. « Pour faire la musique qu’on fait, il faut être nombreux. On aime la puissance que cela apporte », rebondit Jeeb’s. Même le nom Jéroboam a été choisi car c’est une bouteille de grande taille, à l’image du groupe.
/
Se tourner vers l’avenir
Modzik ne pouvait pas laisser partir Jéroboam sans leur parler de mode. Carel nous explique les rituels du groupe : « Dès qu’on va quelque part en tournée, on fait les fripes. On joue beaucoup avec l’attitude, la sape. On est souvent en noir et blanc avec quelques petits accessoires ». Derrière, chacun y va de sa remarque. Eli explique : « La manière dont on s’habille sur scène est assez symptomatique de la manière dont on fonctionne en général. C’est assez collectif mais chacun peut s’y retrouver. C’est ça l’esprit, ce n’est pas un uniforme, c’est un ensemble ». Kevin rebondit : « Personnellement, je m’habille en fripe tout le temps. J’aime la possibilité de s’exprimer à travers les vêtements », avant que Jeeb’s ne plaisante : « On a trop de chemises ».
/

/
Avant de partir, les membres de Jéroboam tiennent à rendre hommage à Bidou, leur ami trompettiste, ancien membre du groupe, décédé il y a deux ans. Jeeb’s raconte avec tendresse : « On a vraiment évolué ensemble, il nous manque terriblement. Tous les albums lui sont et lui seront toujours dédiés. Je suis sûr qu’il doit danser dessus de là-haut ». Tournés vers l’avenir, les musiciens répondent à ce qu’on peut leur souhaiter : « Un disque de platine ! », s’amuse Carel, avant que Jeeb’s ne reprenne plus sérieusement : « Vivre longtemps, et beaucoup de concerts ! On sera à Jazz à Vienne le 3 juillet en tant que Jéroboam mais aussi pour accompagner Kyoto Jazz Machine, groupe fondé par Shuya Okino, qui est un musicien génial et qui nous a beaucoup poussé ». Rendez-vous en Isère donc, mais aussi au Jazz des 5 Continents à Marseille ou encore au Paris Jazz Festival pour répondre aux Say Yeah des onze membres de Jéroboam.
/
Jeroboam est disponible via Favorite Records. En tournée.
/
/
Texte Erwan Cler
Image de couverture cover Jéroboam
/
/
