La rencontre avec le groupe Heavenly se fait entre les rives de la Seine, dans les bas-étages du Petit Bain. A l’occasion de leur nouvel album Highway To Heavenly, ils se confient, spécialement Amélia Fletcher ,au retour d’émotion avec le public ; leurs doutes et leur façon optimiste de décrire une société en mouvement. Cathy Rogers accompagne ses confidences.
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Heavenly est un groupe d’Indie rock formé en 1989, en Angleterre. Au fil de leurs albums, entre 1991 et 1996, on traverse avec eux toute l’histoire de la société ; l’optimisme de ces années tout en déchiffrant les émotions déprimantes de ceux qui y vivent. Heavenly, c’est une manière de chanter avec le cœur, les choses inavouables, c’est mettre de l’amour dans des récits dénonciateurs de violence et d’oligarchie.
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La nostalgie portée les photographies
Après Operation Heavenly, le groupe cesse de jouer pendant trois décennies. La disparition de Matthew Fletcher (ancien batteur) trace une cicatrice sur laquelle il est difficile de réécrire des mots, de vouloir revivre et retranscrire des choses «Quand nous avons arrêté Heavenly, nous pensions que c’était la fin. Avant le Covid-19, nous avons sorti un album de singles, et nous avons tous fouillé dans nos cartons. Nous avons retrouvé de vieilles photos et écouter de vieilles chansons. Et puis, pendant la pandémie, Rob (Rob Pursey) et moi avons créé un label Skep Wax. Nous avons pensé que nous pourrions sortir tous les anciens albums. » A titre expérimental, Heavenly se reproduit sur scène et ravive des émotions tant à leur public fidèle qu’à une nouvelle génération plus jeune, traversée par d’autres questionnements, de nouveaux débats de société à qui il faut savoir aussi parler.
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Entre féminisme et mutation idéologique
Dans les années 90, l’on parle négativement du machisme et du monde patriarcal, sa brutalité. Leur musique est le reflet d’une époque qui est en perpétuel mouvement «On a réalisé que l’atmosphère qui régnait dans le monde dans les années 1990 était beaucoup plus optimiste en général. Aujourd’hui, ce n’est clairement plus le cas ». Au fil du temps, leurs chansons deviennent plus agressives, notamment So ? qui est un coup brut pour tous les hommes abusifs des femmes. La parole sans la musique devient violente dans ce qu’elle décrit : «Tout cela était vu du point de vue des filles, mais les chansons étaient aussi moins genrées, de sorte qu’il n’était plus évident de déterminer le genre des personnes dans les chansons». La volonté du groupe se voulait indépendant de toute idéologie propre à une partie de la société «Je ne sais plus comment écrire des chansons, car si j’écris des chansons d’un point de vue féminin, est-ce que cela va sembler transphobe ? Je me suis mise dans une situation confuse. En fait, beaucoup de ces chansons traitent de l’importance de la diversité sous toutes ses formes. Comme l’a dit Cath, ces questions sont actuellement attaquées. Nous sommes arrivés à un stade plus progressiste et maintenant, j’ai l’impression que nous faisons marche arrière, que nous nous éloignons de cela, et cela me rend très malheureuse .»
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La mélodie portée par deux inspirations
Ian Button, dans l’ombre du frère décédé d’Amélia, tragédie à l’origine de l’arrêt du groupe était la suite de son inspiration «Plus tard, dans l’album, d’autres personnes ont parfois écrit des paroles. En particulier mon frère. Il a écrit certaines des meilleures paroles, et il avait beaucoup de choses en tête, donc c’était bien pour lui de pouvoir écrire des chansons ». Plusieurs des nouvelles chansons, bercées par la solitude des pertes familiales donne une richesse qui peut être interprétée de plusieurs façons «The Last Day parle de ma mère. Elle ne pouvait plus vivre seule avant de nous quitter. J’ai donc eu l’occasion de la voir souvent, et elle était plutôt drôle. J’ai pensé que ce serait sympa d’écrire une chanson légère sur la mort». De ces moments de solitude familiale, She Is The One, nous laisse apprivoiser l’indépendance émotionnelle de plusieurs manières « C’est en quelque sorte une chanson d’amour pour les personnes âgées qui sont heureuses de ne pas être en couple, mais qui sont aussi heureuses d’être en couple. Tu sais, parfois on a le droit d’être tendre».
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« Pink is the new black »
Fidèles à leurs habitudes, Heavenly traverse l’autoroute vers le paradis avec leur van rose, comme pour souligner l’optimisme derrière ces routes, qu’il ne meurt pas simplement en interprétant leur dernière chanson de scène. Des fans viennent trouver le t-shirt de l’EP Atta Girl ou même l’emblème de leur moyen de transport « Pour plusieurs raisons, notre album comporte beaucoup de rose et nous avons pensé que ce serait une bonne idée de porter du rose. C’est donc plus difficile pour les garçons que pour les filles. Mais ils ont accepté cette idée. Ce n’est pas comme une tenue assortie. C’est plutôt subtil, si on ne vous l’avait pas dit, vous ne l’auriez peut-être pas remarqué ».
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Highway To Heavenly est disponible via Skep Wax Records.
Texte Andréa Martins
Image de couverture Alison Wonderland
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