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La sélection Modzik pour sonoriser ton weekend.

 

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ZUUKOU MAYZIE – PI PATEL

Il a toujours été un artiste à part au sein du 667, le collectif de rappeurs qui regroupe notamment Freeze Corleone, Osirus Jack et anciennement Lala &ce. Si Zuukou Mayzie partage le goût du mystère et du mystique avec ses confrères, il a toujours eu un attrait pour des esthétiques musicales éloignées de la trap et de la drill chéries par son entourage. Il s’est essayé à la musique lofi, R&B, ou cinématographique comme à des musiques électroniques ou hyperpop. Il a même collaboré avec Oklou, référence de la pop-électro expérimentale. Avec Pi Patel, Zuukou démontre qu’il maîtrise un rap-pop lumineux à la musicalité organique : une guitare électrique rêveuse jouée du bout des doigts et des claquements de mains en guise de rythmique. Zuukou a fait des études de cinéma et a travaillé dans la prod audiovisuelle. Sa passion cinéphile se mêle à sa musique : dans son dernier album Le film : le commencement (2022) chacun des 25 titres portait un nom de film. On reste dans le thème ici : Pi Patel est le protagoniste de L’Odyssée de Pi (film adapté d’un roman philosophique). Le clip est, lui, une référence totale à The Truman Show. Des œuvres qui nous invitent à questionner notre réalité, à revoir notre interprétation de notre existence absurde et souvent difficile. Mais chez Modzik, nous sommes d’accord avec Zuukou pour dire qu’elle est un peu plus agréable avec « des sons cool et des habits cool ». Le nouvel album de Zuukou, 19h19, sortira le 10 avril. On y retrouvera des invités prestigieux comme Yamê et Oxmo Puccino. (AC-Le Rapporteur)

Pi Patel est disponible via Zuukou Mayzie Empire/Jeune à Jamais.

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VIOLET INDIGO – ONE STEP

Ça file vite, très vite. Après Like Who, single électro pop sorti le mois dernier, Violet Indigo choisit de ralentir de l’intérieur. One Step repose tout entier sur cette tension : un flux tendu que la voix vient contenir et organiser. Longtemps, Laïla a fait de ses tiraillements une matière première, entre néo-soul habitée et échappées club plus libres et imprévisibles. Ici, quelque chose se décale : il s’agit plus de structurer. Les mots deviennent consignes, respirer, avancer, tenir le cap, comme un mode d’emploi face à la saturation ambiante. Un changement d’état d’esprit, où l’urgence n’est plus subie mais maîtrisée. Passée par le conservatoire, nourrie autant par Erykah Badu que par Rage Against the Machine, elle n’abandonne rien de ses frictions d’origine et continue de brouiller les pistes. Dans le sillage de PinkPantheress ou Nia Archives, elle s’inscrit dans une esthétique rapide et contemporaine. One Step adopte une écriture plus directe, sans perdre sa singularité. Ce nouveau single tient dans ce geste simple : ne pas ralentir le monde, mais apprendre à ne pas s’y perdre. (LFC)

One Step est disponible via Mood Indigo (autoproduit).

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JJEROME87 – BRUSH ME LIKE A HORSE

Sur Brush Me Like A Horse, Joe Newman, leader d’Alt-J, s’émancipe de son groupe en signant sous le pseudonyme Jjerome87, comme pour marquer une rupture nette avec son identité passée. Le morceau avance tel un conte halluciné, racontant la transformation progressive d’un homme en cheval, jusqu’à ce que le regard des autres l’efface totalement en tant qu’humain. Fidèle à son écriture singulière, Newman détourne une expérience bien réelle pour en faire une parabole sur la perception et la chute sociale. Finies les architectures cérébrales de ses débuts : place à une texture plus organique, imprégnée de blues et de soul, comme un road trip poussiéreux loin de Leeds, quelque part entre désert californien et mirage western. Il opte ici pour une matière sonore plus terrienne. Enregistré à Los Angeles avec Carlos De La Garza (Paramore, Cold War Kids…) , entouré de musiciens aguerris et de voix féminines en soutien, le titre respire une chaleur presque charnelle. Et comme pour prolonger cette mue artistique, la vidéo signée Alex Takács dépasse le simple habillage visuel pour s’imposer comme un court-métrage dense, transformant le morceau en véritable objet cinématographique, troublant et immersif. (LFC)

Brush Me Like A Horse est disponible via Mushroom Music/Virgin Music.

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BOY CALYPSOJE ME REVEILLE

Chez Boy Calypso, alias Léo Barbenès, Je me réveille surgit comme un premier geste d’un renouveau intérieur. Formé au CNSMDP et passé par le groupe pop Yeast, il mêle précision d’écriture et intensité émotionnelle. Le morceau, co‑écrit avec ArtDéco, assemble nappes électroniques et riffs dans une montée quasi cinématographique. Né après une période difficile, il incarne ce moment où tout bascule, porté par ses « propres sentiments qui souvent s’entrechoquent dans une mélancolie optimiste ». Cette tension irrigue l’EP : la charge sombre de L’Orage avec son gimmik à la Forbidden Colors de Ruichy Sakamoto, l’élan lumineux d’Amour la vie où apparaissent les cordes, ou encore Beauty is a Miracle, co‑écrit avec Rodolphe Aubin, qui ouvre une respiration en anglais. Partout, « les frontières entre électronique, orchestration et pop s’effacent ». Ce premier EP trace ainsi ce chemin où Boy Calypso reconstruit, morceau après morceau, son paysage intérieur. (LFC)

Je me réveille est disponible via Leo Barbenes.

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TAYC – GIRLFRIEND

Ce morceau de Tayc ramène une vibe très particulière : celle de la séduction nocturne où tout repose sur une tension entre contrôle et lâcher-prise. Dès les premières lignes, on comprend que c’est une fascination. Il y a cette perte de maîtrise, ce moment où l’attirance dépasse la raison. Mais ce qui rend le morceau encore plus intéressant, c’est le contraste. D’un côté, il y a l’admiration, presque la vulnérabilité. De l’autre, une lucidité « tu connais le monde, tu connais son vice ». Il a conscience des jeux, des masques, des intentions. Et pourtant… il plonge quand même. Là où les couplets sont dans l’observation et le contrôle, le refrain lui est une demande sincère : « parle-moi de toi ». C’est là que le morceau touche juste dans ce mélange entre désir physique et envie d’authenticité. Et puis il y a cette référence assumée à You Rock My World de Michael Jackson. Non pas une reprise, mais un souvenir musical transformé. You Rock My World est un morceau iconique, presque intouchable, mais ici, l’influence est absorbée avec finesse : une évocation qui conserve l’élégance de l’original tout en y insufflant une énergie nouvelle. Finalement, ce titre raconte quelque chose de simple mais universel le moment où quelqu’un capte toute ton attention, où tu vois clair dans le jeu… mais tu choisis quand même de t’y perdre. (CHOE)

Girlfriend est disponible via H24/Play Two. En concert à Paris (La Seine Musicale) le 15 mai 2026.

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JAYMEE – JUNGLE

On imagine facilement Jaymee comme le petit blond à lunettes dans notre classe au collège qui se faisait remarquer par ses blagues hilarantes et sa connaissance pointue des tendances rap. Un personnage étonnant avec une very good vibe. Dans la réalité, à cet âge-là Jaymee faisait déjà quelques euros en réalisant des covers (pochettes) pour des petits artistes et il s’essayait au micro, quitte à sécher les cours pour ça. Une poignée d’années et une pandémie plus tard, ce touche-à-tout autodidacte s’est formé au beatmaking, au mix, au clip vidéo et il a inondé SoundCloud et YouTube de morceaux. Aujourd’hui, il est l’un de nos rappeurs préférés de la scène lilloise avec Nobodylikesbirdie, qu’il connaît depuis des années et qu’il a invité sur PRINCES DE LA VILLE en 2024, faisant leur le titre du classique du 113. Après un gros run de sorties en 2023 et 2024, Jaymee a été plus discret en 2025 et a balancé le 20 mars dernier son projet le plus abouti : Nerf de la guerre. Jungle en est extrait. Sur ce morceau, comme dans le reste du disque, il prouve encore qu’il est à la fois un sérieux découpeur d’instrus et un mélodiste qui sait habilement utiliser sa voix de plusieurs façons. Si Jungle est un banger trap efficace, produit par Skeyo et Meysi, le rappeur, qui s’est fait connaître en rappant sur le style niche de la new jazz, est à l’aise sur différentes couleurs musicales. En plus, il a un registre de textes diversifié, sachant faire preuve d’humour ou d’arrogance comme de sensibilité et de vulnérabilité. Jaymee a de belles cordes à son arc et est un travailleur acharné. C’est pourquoi on n’a pas peur de parier sur ce passionné qui a « les dents qui frottent le macadam ». (AC-Le Rapporteur)

Jungle et Nerf de la guerre sont disponibles via Jaymee / Athletic Discs. En concert à Paris (La Maroquinerie) le 19 avril et à Lille (Flow) le 30 avril 2026.

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ZAHO – AMOUR PROPRE

On entre dans l’originalité la plus totale de l’artiste. Celle que l’on connaissait telle une mélodiste de l’amour et du repli sur soi, explorant des sensations féminines jusque-là presque taboues ; aujourd’hui, elle chante pour elle-même et pour toutes celles qui l’entendent : c’est l’amour que l’on porte à soi-même. Zaho, suivie par nombre de célébrités musicales dont les paroles ont bercé l’adolescence des années 2000 : Soprano, La Fouine, Indila, MC Solaar et d’autres. Elle signe une hérédité assumée sur les sujets du R&B actuel et rends une identité nouvelle aux thématiques contemporaines liées aux femmes. Elle réinvente, dans son ensemble, toute la singularité de l’individualisme en prônant le sentiment d’Amour propre pour mieux aimer et surtout s’adapter au monde qui nous entoure. À travers ses confessions, au fil de ses derniers albums, on entre dans une réelle introspection au sein du rôle de la femme et de la manière d’aimer. Ses origines apparaissent comme un mélange : celui d’une femme algérienne au sein d’un monde occidental qui tente de s’y faire une place ; avec les mêmes valeurs portées au sein d’un univers complétement discordant, notamment sur le plan culturel. On perçoit, dans ce même vouloir d’adaptation, « le couloir » d’une ouverture vers ces origines avec des inspirations latines, notamment lorsque l’on se surprend à écouter Cœur de pirate et Comme Caroline. Toute l’émancipation moderne d’une artiste est là, sans différence ni jugement. On s’en va, fugaces, dans ces lignes éphémères que l’on trace dans l’espoir d’y écrire une nouvelle histoire. (AM)

Versatile est disponible via Sony Music Entertainment France. En tournée, à Paris (Solidays) le 27 juin au Zénith le 14 novembre 2026.

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TURZI GAGE – HOLIDAY

Oliver Gage, vétéran de la scène britannique, et Romain Turzi, pilier du rock psychédélique français, unissent leurs forces après plus de vingt ans d’amitié pour donner naissance à Drop!. Tout commence avec un cadeau inattendu : un château du Sud-Ouest légué à Gage par une tante passionnée de musique, transformé en résidence artistique et sanctuaire sonore. C’est dans ce contexte que Gage plonge au plus profond de lui-même : paralysé par l’anxiété et la dépression, il trouve dans les compositions envoyées par Turzi un fil pour remonter la pente. À travers la présence constante de son ami, la musique devient un fil de vie : des mélodies envoyées à distance, des idées griffonnées, un échange qui transforme l’isolement en création. Chevauchée ouvre la porte d’un univers nocturne et magnétique, Tripping explore un décor cinématographique rétro-futuriste, et Summer of Love fait éclore une chaleur inattendue. Même les morceaux plus légers, tels que Maybe, dégagent une élégance cruelle, qui force le corps à bouger tout en éveillant l’esprit. Il y a dans Drop! un parfum d’extase artisanale. Le duo y réinvente ses propres règles : les formes pop et les refrains se mêlent aux textures rugueuses et aux rythmes insoumis, donnant naissance à un album qui se parcourt comme un voyage intérieur galvanisant. (LFC)

Drop! est disponible via Record Makers. En concert à Paris (Point Ephémère) le 23 avril 2026.

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DORIAN ELECTRA – YOUNG FOLKS

Dorian Electra ne fait pas que bousculer les codes : il en crée de nouveaux. Figure phare de l’hyperpop et de l’avant-garde queer, l’artiste américain mêle performance et réflexion dans une œuvre où provocation et intelligence pop se rencontrent. Après avoir redéfini les contours de la masculinité avec Flamboyant en 2019 et exploré les fractures numériques de la culture dans My Agenda en 2020 puis dans Fanfare trois ans après, Dorian Electra revient cette année avec un double coup d’éclat : la réinterprétation explosive de Feel Good Inc. et, tout juste une semaine plus tard, le single Young Folks. Ce dernier s’inscrit dans la lignée de sa fascination pour la mutation du son pop. C’est en puisant dans la fraîcheur indé du hit éponyme de Peter Bjorn and John sorti en 2006 que le jeune chanteur en fabrique une banderole pour parler de jeunesse, de rébellion et d’aliénation en ligne : thèmes récurrents chez eux. La production signée Bleacc et Sparr0w, mi-glitch mi-bubblegum, superpose influences Y2K et dance expérimentale. Alors, après Feel Good Inc., qui revisitait Gorillaz sous une esthétique cyberpunk saturée, Young Folks marque une continuité directe dans cette série d’interpolations pop où Electra convoque des classiques pour en extraire une énergie neuve. Et si certains y voient un exercice de pastiche, le chanteur semble en faire une réflexion sur la mémoire collective du son pop et sur la façon dont l’Internet la recompose à l’infini. Dorian Electra, l’album, est prévu pour le 22 avril prochain. À suivre. (TR)

Young Folks est disponible via Dorian Electra. En concert à Paris (Hasard Ludique) le 26 mai 2026.

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QUENTIN SAUVÉ – DRAWING THE LINE

La ligne est franchie avec ce titre. Quentin Savé ouvre la voie à des sentiments qui marquent un adieu au passé et à toute l’inspiration qu’il a pu puiser dans sa peine et ses émotions sombres, telles qu’on les lui connaissait. Il trace la ligne avec sa pelle : c’est l’abandon de la mélancolie, des « sentiments dépressifs » qu’il tentait de décrire et de libérer par ses chansons qui semblaient sans salut, à toute fin de questionnement vers une guérison profonde. Le son qui émane de sa guitare est plus assumé, plus vivant. Sa voix est plus ferme et moins criarde : elle est soutenue, contrastant avec ces aigus passés qui laissaient transparaître une tristesse nous rendant inertes. On déterre nos fantômes, nos paysages, ceux qu’il chante, spécialement dans son dernier album Enjoy The View. Ce nouveau single signe un renouveau où chacun peut s’identifier dans cette reconstruction personnelle et émotionnelle : on le suit dans une chronologie émotive. Qu’il ferraille au sein du trio Birds In Row, dont le punk-hardcore rageur rencontre une audience internationale, ou bien qu’il délivre en solo son indie folk hypersensible, Quentin Sauvé n’a jamais cessé d’éprouver ce besoin vital de transformer ses idées noires en beauté salvatrice. Magnifique exutoire de ses tourments, son nouveau single est un tournant. Jamais sa musique n’a semblé si accessible, lumineuse et apaisée. Ici chaque phrase est un sommet, où éclate le talent de mélodiste et de songwriter de ce guitariste. Nous sommes à l’intérieur « d’une immense pile de ressentiments et d’une courte vie de désillusions ». (AM)

Drawing The Line est disponible via Hummus Records.

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THUNDERCAT – THUNDERWAVE (FEAT. WILLOW)

Candlelight, pièce de jazz fusion ramassée, ouvre le cinquième album Distracted de Thundercat, où sa basse impose d’emblée une narration souterraine. Le disque avance ensuite en équilibre, funambule entre funk et pop vaporeuse. Les jalons sont connus : No More Lies avec Tame Impala, Funny Friends avec A$AP Rocky, ou I Did This To Myself avec Lil Yachty, rejoints par Channel Tres et Willow et puis surtout She Knows Too Much, qui marque durablement, porté par une ligne de basse à la Stevie Wonder et le couplet posthume de Mac Miller. Mais Distracted vaut surtout pour ce qu’il raconte en creux : un musicien en reconstruction. Bruner le reconnaît lui‑même : « Tout en moi est différent… j’essaie de trouver comment mieux apparaître », une mue qui passe autant par l’abandon de l’alcool que par la discipline de la boxe, devenue salvatrice, et un refuge assumé dans le gaming comme outil de survie mentale. What Is Left To Say ouvre une parenthèse lumineuse, aux réminiscences croisées de Steely Dan et des Bee Gees, tandis que Anakin Learns His Fate injecte une dimension quasi cinématographique, portée par la voix de l’acteur américain, Haley Joel Osment. La fin s’étire avec retenue : Walking on the Moon installe une mélancolie diffuse avant que Pozole et You Left Without Saying Goodbye ne referment l’ensemble sur des harmonies délicates, très The Beach Boys dans l’esprit. Coproduit par Greg Kurstin, Flying Lotus, Kenny Beats et The Lemon Twigs, Distracted est un album de contrôle et de lâcher-prise mêlés, celui d’un artiste qui accepte d’être « distrait » pour mieux rester debout, convaincu que « la lutte est réelle et change de forme, mais il faut continuer à avancer ». (LFC)

ThunderWave est disponible via Brainfeeder/Secretly Group.

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