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Un petit club au cœur de Pigalle, ce jeudi 19 février 2026, lumière tamisée, chaleur humaine immédiate. Juste des visages connus, des proches, des collaborateurs, des amis d’enfance, des gens de l’équipe, et Cēzange, 25 ans, jeune artiste qui vient de publier un premier EP Enchanté, aboutissement d’un chemin entamé dès 2020. Ici, deux familles sont réunies.

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La première, celle du sang. La seconde, celle qu’il s’est construite autour de la musique avec Mathis Kolinka, ses producteurs, et ceux qui l’accompagnent depuis ses débuts, notamment Zaho et Tefa.

Ce soir-là, on comprenait concrètement ce qu’il veut dire quand il parle d’équipe comme d’une famille. Pas de show-off. Un micro, une bande orchestrale et cette manière très sincère d’habiter ses textes.

Il chantera presque l’intégralité d’Enchanté, son premier EP. Nostalgique, Début juillet, Make Up… Les morceaux prennent une autre texture en live : plus fragiles et plus incarnés.

Et puis Level Up, l’un de ses singles précédents, comme un pont entre l’avant et l’après. Une manière de rappeler le chemin parcouru. Ce titre-là, plus énergique, vient casser la tension intime des morceaux les plus personnels, mais sans jamais trahir l’atmosphère de la soirée, bienveillante et chaleureuse. Une release party à son image : vraie et profondément habitée par l’amour et l’amitié.

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Cēzange 2026 ©LFC

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Enchanté est avant tout une histoire de vie

Là où beaucoup de premiers projets parlent d’amour, lui parle famille dans ce premier EP. « Je trouvais ça important d’expliquer pourquoi je suis ce que je suis aujourd’hui. Et ça passe forcément par le début de ma vie, par la famille, par les proches, les expériences. »

Avant l’EP, il y a eu des morceaux lâchés un à un, comme autant de balises. Le premier jalon fort arrive en décembre 2024 avec Comme de l’encens, jusqu’à Néons Rouges en décembre 2025. Une montée progressive. Une manière de tester, d’affiner, d’affirmer son univers pas à pas. « On a fait une année de singles », explique-t-il. « Mais je trouvais ça important de créer une entité, un projet qui me définit. »

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L’EP s’ouvre par Enchanté. Un choix fondateur. « Cette intro a pour but de me dévoiler d’emblée. Mon changement de nom, le passage de THR à Cēzange, ma volonté de me montrer au mieux. »

Le morceau agit comme une carte de visite. Il résume le parcours : l’enfant au piano, l’ado qui rappe en cachette, le jeune adulte qui assume enfin sa voix.

La nostalgie est partout. « Je peux être nostalgique de la veille. » Mais il nuance : « Ce n’est pas vivre dans le passé. C’est avoir conscience que le passé c’était génial et que ça m’a amené là où je suis aujourd’hui ».

Le morceau le plus intime reste Début juillet. « C’est le titre où je suis le plus vulnérable quand je le chante. » Il y raconte l’accident de voiture vécu à l’âge de quatre ans. « Quand tu roules à 90 sur une nationale et que tu te manges un arbre, tu n’es pas censé t’en sortir. »

Pourtant, il refuse d’en faire un drame figé. « Je ne considère pas ça comme un traumatisme péjoratif. Ça a soudé notre famille à un point pas possible. Les épreuves, aussi terribles soient-elles, sont ce qui nous permet de nous forger. Après, il t’appartient de décider si tu t’effondres ou si tu te relèves. »

Quand il l’a sortie, il avait peur. « Je trouvais que ça faisait un peu voyeuriste. Regardez, je suis malheureux. Alors que ce n’est pas du tout le propos. » Les retours l’ont rassuré. « Je reçois énormément de messages de gens qui ont vécu des accidents. Si t’as pleuré ou si t’as souri devant mon titre, j’ai réussi ma mission. »

Son premier EP Enchanté est l’aboutissement d’un chemin entamé dès 2020, année où il écrit son tout premier titre. « J’ai toujours senti que j’avais une appétence pour la musique et que c’est ce qui allait m’épanouir au mieux. Je pense que c’est là qu’est ma place. Donc go, il faut foncer. »

 

Enchanté cover

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« Mes parents m’ont donné les clés » 

La musique arrive presque par accident. « Mes parents ont toujours voulu nous faire faire de la musique. Je suis le dernier de la famille. Une sœur faisait de la guitare, l’autre du violoncelle. » Lui a trois ou quatre ans quand il monte dans la chambre pendant un cours. « Elle apprenait L’Hymne à la joie. J’ai commencé à le jouer sur son petit clavier. Le prof a dit à ma mère : il faut l’inscrire au piano. »

Conservatoire un an. Échec. « J’ai détesté l’ambiance. Tout ce qui est trop scolaire, trop exigeant, ça me donne tout sauf envie de travailler. » Puis des cours particuliers, avant l’autodidaxie. « Je dirais que c’est comme ça que j’ai le plus avancé. J’aime travailler à l’oreille. »

Sa culture musicale est familiale. « Ça, il faut remercier mes parents en vrai. C’est eux qui m’ont éduqué à la musique. J’ai grandi avec du rock français, du rock anglais, de la variété française, un peu de rap américain. » Puis vient son époque. « Je suis né en 2000. Tous les enfants nés en 2000, on a grandi avec le rap. »

Sur TikTok, cette diversité explose. Il peut reprendre Josman, Charles Aznavour un jour, Booba le lendemain, puis Michel Fugain, Damso, The Beatles, Iliona, Ben Mazué, ou Amy Winehouse.

« Je suis un amoureux de la musique. Il y a du bon à prendre de partout. Ça me plaît de casser les cases. J’ai envie d’apporter ce que je sais faire. Et si ça plaît, tant mieux. Et je n’ai pas envie de me conformer. En fait, on peut tout faire. C’est ça qui est beau avec la musique. »

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De THR à Cēzange : « Thomas, tu es un chanteur »

Avant Cēzange, il y avait THR. « J’ai commencé en faisant du rap parce que c’était ce qui se faisait. Quand tu grandis dans les années 2010, au collège, au lycée, tu écris des textes, tu fais des freestyles. Moi, je ne les faisais pas parce que j’avais honte. Mais j’écrivais énormément. »

Longtemps, il refuse de chanter devant les autres. « Mes potes me poussaient à chanter, je refusais catégoriquement. J’avais du mal à assumer que je chantais et que je faisais de la musique. »

Puis le déclic. « J’ai vu la lumière un jour et je me suis dit : Thomas, tu es un chanteur. Tu as une voix de chanteur. » Il comprend qu’il peut garder la densité du rap. « Je trouve que dans le rap, tu peux dire le plus de choses. Le débit permet d’approfondir. J’ai des textes qui peuvent être  débités pour donner l’impression que c’est du rap, mais avec un timbre très pop variété. »

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Études de com’, artiste connecté

Entre-temps, il a étudié l’Information-Communication à l’ICP. « C’était des super années. » Il arrête en Master 1. « Je me suis lancé pour tenter de me professionnaliser dans la musique. »

Son rapport aux réseaux est lucide. « Je suis très Twitter, désormais X. Ce n’est pas une bonne chose parce que c’est très toxique, mais j’adore l’énergie qui s’en dégage. En tant qu’artiste, tu n’as plus trop le choix. Il faut t’y mettre. »

 

© Cēzange Instagram

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De la solitude à la constitution d’une nouvelle famille

Depuis cinq ans, il travaille avec Mathis Kolinka. « On a une approche musicale vraiment similaire. On se connaît, on se comprend. On adore expérimenter ensemble. » Il sourit : « Parfois on part un peu dans tous les sens parce qu’on est des amoureux de la musique. » Cette complicité n’est pas seulement technique. Elle est affective. « Le gros du projet est fait avec Mathis. C’est quelqu’un d’essentiel. »

Autour d’eux gravite une équipe fidèle : Sane prod, Steven Rodriguez, Ambitious prod et le fidèle Tom, son manager. Et surtout, la rencontre déterminante avec Zaho, qui l’accompagne dans son développement, aux côtés de Tefa. Il en parle avec reconnaissance : « C’est une chance immense. Ce sont des gens qui ont de l’expérience, qui ont vécu la musique à très haut niveau ». Mais au-delà du mentorat, il parle d’un lien humain. « Ce ne sont pas juste des collaborations. C’est une vraie équipe. » À l’écouter, on comprend que cette structure professionnelle est devenue un cocon. Une deuxième famille. « Quand tu fais ce métier, tu as besoin d’être entouré par des gens qui croient en toi autant que toi. »

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Du studio à la scène

Longtemps, il s’est pensé « artiste studio ». « Je composais énormément chez moi, piano-voix. Je me demandais si j’allais être un artiste de scène. » Puis un premier concert a lieu le 21 juin 2024 au Digital Village à Paris. Puis arrivent les premières grandes salles, notamment en première partie à La Cigale, Pleyel ou à l’Olympia, pour Zaho ou Marine.

La révélation est immédiate. « Je me rends compte que j’adore la scène et que ça marche. » Même avec des textes très intimes : « Je parle français, je raconte ma vraie vie. Ce n’est pas facile de chanter ça devant autant de gens. Mais c’est un bon sentiment. J’aime faire ça. »

Sur scène, il assume. « J’ai toujours senti que c’était le destin. »

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Les six titres d’Enchanté reposent sur des mélodies imparables, immédiates. Des lignes qui tournent et s’installent avec une efficacité sensible. Une écriture directe, très orale. Comme une pensée captée sur le moment. Cēzange privilégie la spontanéité émotionnelle, la musicalité du phrasé. Au fond, Enchanté dresse le portrait d’un jeune artiste qui pense, aime et doute à voix haute. Et si tout n’est pas poli, c’est peut-être précisément là que réside sa force.

La suite ? Elle reste à écrire. Mais avec des mélodies aussi accrocheuses et une voix aussi assumée, Cēzange semble avoir trouvé, sinon des certitudes, au moins un langage qui lui appartient.

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Enchanté est disponible via W.A.T. En Tournée avec Zaho.

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Texte Lionel-Fabrice Chassaing

Image de couverture © Cēzange Instagram

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