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Depuis plusieurs saisons, les personnages de dessins animés quittent les écrans pour envahir les garde-robes. De Mickey Mouse chez les géants du luxe aux collaborations inspirées des mangas japonais, en passant par l’explosion des figurines de collection et des mascottes devenues objets de désir, l’esthétique cartoon s’impose comme l’un des langages visuels les plus puissants de la mode contemporaine.
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Pourtant, réduire ce phénomène à une simple vague nostalgique serait une erreur. Derrière ces silhouettes aux proportions exagérées, ces personnages imaginaires et ces références à l’enfance se cache une transformation plus profonde de la création contemporaine. Dans un monde marqué par l’hyperconnexion, la performance permanente et la peur de l’échec, les créatifs semblent chercher dans les univers animés un espace de liberté où tout redevient possible.
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Les cartoons ne sont plus seulement des souvenirs d’enfance : ils deviennent des outils de narration, des extensions d’identité et parfois même de véritables philosophies créatives.
Cette évolution se retrouve particulièrement chez une nouvelle génération de marques indépendantes qui ne cherchent plus uniquement à vendre des vêtements, mais à construire des univers complets. Parmi elles, These Young Boys Never Miss développe depuis 2021 un personnage baptisé YB, pensé comme l’incarnation de cet imaginaire sans limites hérité de l’adolescence et de la pop culture.
Pour mieux comprendre ce que les cartoons racontent de notre époque, nous avons rencontré les créateurs de TYBNM.
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Interview – These Young Boys Never Miss
Comment est né These Young Boys Never Miss ?
Yann : La marque est née en 2021 avec Ulysse, qui est l’un de mes meilleurs amis. À l’époque, on jouait encore au basket ensemble. C’était juste après le confinement. Moi, j’étais à Paris mais je rentrais souvent à Châteauroux. Pendant l’été, en dehors des entraînements, on passait nos soirées dans une petite dépendance au fond de son jardin. On s’y retrouvait pour imaginer des projets. Ça faisait déjà des années que j’avais envie de créer quelque chose. À la base, j’étais surtout passionné par l’image, les films et la publicité. J’étais complètement fasciné par l’univers visuel. Je lui ai dit : « Le meilleur moyen de retranscrire tout ça, c’est de créer une marque ». Lui dessinait déjà beaucoup, alors on s’est lancés. C’est vraiment parti de là. À ce moment-là, le personnage de YB n’existait pas encore. Aujourd’hui, nous sommes trois : Lorenzo, Camille et moi. Ulysse a quitté l’aventure pour poursuivre sa carrière dans le basket.
Pourquoi ce nom ?
Y : À l’époque, on écoutait énormément Young Boy Never Broke Again. On trouvait ça cool d’avoir un nom très long. Au moment où des marques comme Corteiz commençaient à exploser avec des noms très courts, on a eu envie de prendre le contre-pied. Le mot « Never » vient aussi de notre histoire. Avec Ulysse, on se considérait un peu comme deux outsiders. On n’était pas les plus talentueux au départ, mais on travaillait énormément. On passait notre temps à nous entraîner.
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Aujourd’hui, ce mot a pris un autre sens. Pour nous, quelqu’un qui essaie, qui ose, qui entreprend quelque chose ne peut pas échouer. Le simple fait de tenter est déjà une réussite. Je tenais aussi à ce que le nom soit long. Je me disais que si les gens prenaient le temps de le retenir ou de chercher sa signification, c’est qu’on les avait réellement marqués.
Qui est YB ?
Y : YB est un personnage indéfinissable. Il n’est associé à aucune couleur de peau, à aucun profil particulier. Il représente tout le monde. Je voulais qu’il soit adolescent parce que l’adolescence est le moment où l’on ose encore rêver. C’est l’âge des grandes aspirations. C’est aussi le moment où l’on a le droit de se tromper. En grandissant, on perd souvent cette liberté. On devient plus sérieux, plus prudent. YB représente justement cette capacité à continuer d’essayer, à rester rêveur et à ne pas avoir peur de l’échec.
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C’est une forme d’enfant intérieur que nous possédons tous.
Vous définissez-vous comme une marque de mode, un projet créatif ou un univers ?
Y : Un univers, sans hésiter. Le textile est presque une excuse. Nous avons déjà produit une figurine, et demain cela pourrait être une bande dessinée, un film ou autre chose.
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La marque nous permet de mélanger tout ce qui nous passionne : la vidéo, la photographie, le dessin, la musique ou encore le storytelling. Je n’ai jamais rêvé de devenir uniquement designer de vêtements. Ce qui m’intéresse, c’est la construction d’un univers global.
Pourquoi cette esthétique inspirée des figurines et des toys ?
Lorenzo : Depuis l’enfance, on a été nourris par la pop culture : les mangas, les dessins animés, les films, les super-héros. Ces personnages existaient réellement dans notre imagination. Quand j’étais enfant, je me prenais pour Son Gohan. Je courais dans le jardin de ma grand-mère en m’inventant des aventures.
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Quand YB a été dessiné pour la première fois, j’ai immédiatement pensé qu’il deviendrait un jour une figurine. C’était une évidence.
Qu’apporte Paris à votre vision ?
L : Paris est une ville où tout se mélange. Il y a tellement de cultures, de profils et de sensibilités différentes. On peut simplement observer les gens dans la rue, discuter avec eux, comprendre leur manière de penser. C’est une source d’inspiration permanente. Pour moi, toutes les formes d’art sont liées. Développer sa sensibilité dans un domaine nourrit automatiquement tous les autres. Paris est un terrain idéal pour cela.
Selon vous, une marque doit-elle vendre des vêtements ou une identité ?
Y & L : Pour nous, une marque vend avant tout une identité. Les vêtements seuls ne suffisent pas. Ce qui crée l’attachement, c’est l’univers, les valeurs et l’histoire racontée derrière les produits.
Quelle est votre ambition pour These Young Boys Never Miss ?
L : Notre ambition est de toucher toutes les générations et d’explorer tous les domaines qui nous passionnent.
Y : Je veux que YB devienne une véritable icône de la pop culture. Pas une icône vide de sens, mais un personnage qui a toujours une raison d’être là. Qu’il apparaisse dans une publicité, un clip, un jeu vidéo ou une exposition, il faut que sa présence raconte quelque chose.
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes créatifs ?
L : Faire. Simplement faire. Lorsqu’on a une idée, il faut lui donner vie. La création est un besoin vital, un moyen d’expression essentiel.
Y : Je dirais la même chose : faire, sans avoir peur. On réfléchit trop, on se compare trop aux autres. Pourtant, la création naît souvent de l’instinct. Il faut cultiver ses inspirations, rester curieux et apprendre à être bienveillant envers soi-même. Les gens sont souvent beaucoup trop durs avec eux-mêmes. Et surtout, il faut savoir reconnaître la valeur de ce que l’on crée.
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Derrière les figurines, les personnages imaginaires et les références aux dessins animés, il n’est finalement pas question d’enfance mais de liberté. Celle de créer sans s’excuser, de rêver sans se limiter et de continuer à croire qu’une idée griffonnée sur un coin de table peut devenir un univers entier.
À travers YB, These Young Boys Never Miss rappelle que grandir ne devrait jamais signifier renoncer à imaginer. Une leçon que la mode contemporaine semble aujourd’hui plus que jamais prête à entendre.
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Texte Hanaé Mamoum
Image de couverture Droits réservés
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